Le développement spectaculaire qu’a connu l’avocatier au Maroc ces dernières années place désormais la filière devant une nouvelle étape. L’enjeu n’est plus seulement d’accroître les superficies ou les volumes, mais de sécuriser durablement les rendements, d’améliorer l’efficience de l’eau et des intrants, de maîtriser la qualité et de répondre aux exigences de marchés internationaux où la concurrence se renforce rapidement. C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 30 septembre à Tanger, la première édition de la Morocco Avocado Conference.
Organisée par Green Smile autour du triptyque « Eau • Rendement • Marché », cette rencontre a réuni une forte assistance composée de producteurs, responsables d’exploitations, exportateurs, ingénieurs et techniciens, pépiniéristes, consultants, chercheurs, fournisseurs d’intrants, spécialistes de l’irrigation et de la fertigation, entreprises de protection des cultures, équipementiers et acteurs du conditionnement et de la commercialisation.
La formule retenue associait un programme dense de conférences à un espace d’exposition et de networking. Une organisation particulièrement adaptée à une filière dans laquelle les problèmes rencontrés au verger ne peuvent plus être dissociés des contraintes de conditionnement, de logistique ou de commercialisation. Les échanges se sont ainsi poursuivis tout au long de la journée entre les sessions, autour des stands des entreprises participantes et lors des pauses consacrées au networking.
Le programme a permis d’aborder successivement la performance et la résilience du verger, les marchés et le commerce international, puis la gestion et la protection des plantations. Au-delà de la diversité des sujets, plusieurs interventions se sont rejointes sur un constat commun : la performance de l’avocatier résulte d’un équilibre particulièrement fragile entre fonctionnement racinaire, disponibilité en eau, climat, nutrition, lumière, floraison, pollinisation, charge en fruits et état sanitaire de l’arbre.
Session 1 – Optimiser la performance et la résilience des vergers
Comprendre le stress avant de chercher à le corriger
La première intervention technique, assurée par Prometeo Sánchez García, a placé les stress abiotiques au centre de la rentabilité du verger. Une entrée en matière particulièrement pertinente pour l’avocatier, espèce dont le système racinaire et le fonctionnement physiologique réagissent rapidement aux déséquilibres du milieu.
Le consultant mexicain a passé en revue les principales contraintes susceptibles d’affecter les racines : sols compacts ou insuffisamment drainants, engorgement, faible profondeur utile, salinité, pH élevé, disponibilité réduite de certains éléments minéraux ou encore mauvaises conditions d’aération. Ces contraintes peuvent rapidement se traduire au niveau de la partie aérienne par une diminution de l’activité stomatique, de la photosynthèse et de la croissance.
L’un des aspects intéressants de l’exposé a concerné l’interaction entre température et humidité de l’air, exprimée à travers le déficit de pression de vapeur. À température identique, une chute de l’humidité relative augmente fortement la demande évaporative imposée à l’arbre. Lorsque cette demande devient excessive, l’avocatier réduit ses échanges gazeux pour limiter les pertes d’eau, avec des conséquences sur la croissance du fruit mais également sur le transport de certains éléments, notamment le calcium.
L’approche préconisée consiste donc à raisonner la correction à partir du diagnostic : structure et drainage du sol, pH, salinité, disponibilité en eau, activité racinaire et état physiologique de l’arbre. Gestion de la matière organique, amélioration de la structure, fractionnement de la fertigation, lessivage raisonné des sels lorsque cela est nécessaire, irrigation pilotée et recours à des porte-greffes adaptés font partie des leviers évoqués. Les biostimulants ont également été replacés dans cette logique : non comme une solution autonome, mais comme un outil pouvant contribuer à préparer l’arbre ou à accompagner sa réponse lorsqu’ils sont intégrés à une stratégie agronomique cohérente.








La lumière au cœur de la stratégie de taille
Avec Emilio Guirado Sánchez, de l’Institute of Subtropical and Mediterranean Horticulture en Espagne, le programme s’est ensuite intéressé à la taille et à la conduite de la frondaison.
Son message central peut se résumer simplement : une architecture de verger efficace doit permettre à la lumière de pénétrer suffisamment dans la frondaison tout en conservant la surface foliaire et le bois fructifère nécessaires à la production. Lorsque la canopée devient trop fermée, une partie croissante de l’arbre fonctionne dans de mauvaises conditions lumineuses et perd progressivement son potentiel productif.
La décision de tailler ne peut cependant pas être standardisée. Elle doit prendre en compte l’âge et la vigueur de l’arbre, son état végétatif, la charge en fleurs et en fruits ainsi que la production de la campagne précédente. L’induction florale elle-même dépend d’une combinaison de facteurs comprenant notamment lumière, température, stress hydrique, charge précédente et régulations hormonales.
Sur les jeunes plantations, Emilio Guirado a insisté sur une taille limitée. L’objectif prioritaire doit être de construire l’arbre et de favoriser son développement avant de chercher à multiplier les interventions. Une mise à fruit trop forte ou des suppressions excessives de branches peuvent compromettre la formation de la structure que l’on cherchera ensuite à exploiter pendant plusieurs années. La taille apparaît ainsi moins comme une opération ponctuelle que comme un outil de gestion progressive de la lumière, du volume de l’arbre et de l’équilibre entre croissance et production.
Pourquoi tant de fleurs donnent-elles si peu de fruits ?
L’intervention d’Iñaki Hormaza a constitué l’un des temps forts scientifiques de la matinée. L’avocatier produit une quantité considérable de fleurs mais n’en transforme qu’une fraction infime en fruits commercialisables. Comprendre cette apparente inefficacité suppose de regarder bien au-delà de la simple présence d’abeilles dans le verger.
Dans un essai présenté, la nouaison finale obtenue en pollinisation naturelle n’atteignait que 0,15 %, contre 2,8 % après pollinisation manuelle. L’écart montre qu’un déficit de pollinisation peut fortement limiter la nouaison, mais le fait que la pollinisation manuelle reste elle-même associée à une chute massive des jeunes fruits démontre que d’autres mécanismes interviennent ensuite.
La biologie particulière de la fleur d’avocat a été longuement détaillée. Celle-ci passe successivement par des phases femelle et mâle, et le bon fonctionnement du système dépend fortement des conditions climatiques. Les données présentées indiquaient notamment que des températures supérieures à 25 °C ou inférieures à 15 °C peuvent perturber pollinisation et fécondation, tandis qu’une humidité relative inférieure à 75 % réduit la réceptivité stigmatique. Des différences variétales existent également dans la capacité du pollen à germer selon la température.
Hormaza a cependant attiré l’attention sur un facteur moins visible : la qualité intrinsèque de la fleur. Deux fleurs apparemment semblables peuvent disposer de réserves carbonées très différentes. Des mesures réalisées notamment en Espagne et en Nouvelle-Zélande montrent que les fleurs ayant finalement donné un fruit contenaient davantage de glucides solubles que celles n’ayant pas noué. La pollinisation ne peut donc exprimer son potentiel que sur une fleur physiologiquement capable d’aller plus loin.
L’intérêt des pollinisateurs et des variétés pollinisatrices a ensuite été discuté. Les résultats de la littérature ne sont pas parfaitement uniformes, mais plusieurs essais montrent une diminution de la fécondation croisée et parfois de la productivité lorsque l’on s’éloigne des pollinisateurs. D’autres travaux montrent parallèlement que Hass peut largement s’autoféconder lorsque les phases sexuelles se chevauchent.
L’importance des insectes, en revanche, ressort nettement des essais présentés. Dans une expérimentation sous filet, les traitements permettant l’activité des abeilles ont produit beaucoup plus de fruits que ceux où seuls de petits insectes étaient présents ou dans lesquels les insectes avaient été éliminés. Le vent et les très petits insectes ne semblent donc pas pouvoir assurer seuls une pollinisation satisfaisante.
Une autre comparaison entre deux vergers était particulièrement parlante : le verger présentant la meilleure déposition de pollen sur les fleurs atteignait 61 kg par arbre, contre 21 kg pour le second. Dans un autre dispositif, le passage de 10 ruches par hectare placées à une extrémité du verger à 24 ruches réparties aux deux extrémités s’est accompagné d’une forte augmentation de la proportion de fleurs portant du pollen.
Pour Hormaza, il faut ainsi éviter de réduire le problème de la nouaison à une seule variable. Température, humidité, qualité des fleurs, réserves de l’arbre, disponibilité et disposition des pollinisateurs, activité des insectes et synchronisation des phases florales constituent autant de pièces d’un même puzzle, dont le fonctionnement doit être étudié localement dans chaque grande région productrice.








Lutter contre l’alternance en rééquilibrant le système
Le consultant chilien Gonzalo Vargas a abordé l’alternance de production sous un angle très global. Plutôt que de chercher une cause unique aux années « on » et « off », son intervention a replacé le phénomène dans le fonctionnement général du sol, de la nutrition et de l’arbre.
Une attention particulière a été accordée aux antagonismes entre cations. Calcium, magnésium, potassium, sodium ou ammonium peuvent interagir et limiter mutuellement leur absorption. La seule valeur absolue d’un élément dans une analyse ne suffit donc pas : il faut également considérer la capacité d’échange cationique, les taux de saturation, le pH, la conductivité électrique, la matière organique et les caractéristiques physiques du sol.
Cette approche est d’autant plus importante que la plante réagit en permanence à des facteurs environnementaux changeants : sécheresse, excès d’humidité dans le sol, forte ou faible humidité atmosphérique, salinité, températures élevées ou basses, gel, faible luminosité ou rayonnement important. Une forte charge en fruits venant s’ajouter à ces contraintes peut laisser l’arbre avec des réserves insuffisantes pour préparer correctement la floraison suivante.
Gonzalo Vargas a également insisté sur la période qui suit la pleine floraison. Une grande partie du potentiel futur de calibre est mise en place durant les premières phases de division cellulaire. Des essais présentés ont montré des différences de diamètre entre modalités de traitement, confirmant l’intérêt d’intervenir sur la physiologie du fruit suffisamment tôt plutôt que d’espérer corriger tardivement un calibre déjà déterminé.
Les acides fulviques, les acides aminés, l’activité microbienne et la biostimulation ont été évoqués comme outils d’accompagnement. Le paillage a pour sa part été présenté comme une pratique fondamentale : économie d’eau, limitation des variations de température du sol, réduction de la compaction, apport progressif de matière et de nutriments et maintien d’un sol biologiquement actif.
La réduction de l’alternance apparaît ainsi comme le résultat d’une gestion continue de l’équilibre de l’arbre : racines fonctionnelles, nutrition correctement proportionnée, limitation des stress, bonne gestion du sol et maintien de réserves suffisantes entre deux campagnes.
Session 2 – Marchés, commerce et perspectives mondiales
Un marché où l’offre avance très vite
Après la pause networking, la conférence a quitté le verger pour s’intéresser au marché mondial. L’analyse présentée par Ali Rougui, de Morocco Foodex, a permis de mesurer à la fois la progression du Maroc et l’ampleur de la concurrence qui se prépare.
Les importations mondiales d’avocats ont été évaluées pour 2025 à environ 3,7 millions de tonnes pour une valeur de 10,7 milliards de dollars. L’Union européenne à 27 représente à elle seule environ 1,5 million de tonnes et 5 milliards de dollars, devant les États-Unis avec quelque 1,3 million de tonnes et 3,8 milliards de dollars.
Sur le marché européen, le Maroc apparaît désormais parmi les fournisseurs significatifs. Dans les données en valeur présentées, il occupe le cinquième rang des fournisseurs de l’UE-27 avec environ 7 %, derrière le Pérou, les Pays-Bas, l’Espagne et la Colombie. Sur le Royaume-Uni, il apparaît au sixième rang avec environ 6 %.
L’évolution des exportations marocaines illustre toutefois la forte variabilité des campagnes : 46.000 tonnes en 2022-2023, 60.000 tonnes en 2023-2024, un bond à 114.000 tonnes en 2024-2025, puis 62.000 tonnes en 2025-2026, soit un recul de 46 % par rapport à la campagne exceptionnelle précédente. Cette dernière campagne reste néanmoins légèrement supérieure à 2023-2024 et environ 35 % au-dessus de 2022-2023.
La dépendance au marché européen demeure extrêmement élevée. Sur les 62.000 tonnes de la campagne 2025-2026 présentées dans l’exposé, environ 58.000 tonnes ont été dirigées vers l’Union européenne et le Royaume-Uni, soit près de 95 %.
Au-delà du cas marocain, les perspectives montrent une poursuite de la hausse des superficies et de la production mondiale. Les projections exposées font passer la production mondiale d’environ 11,68 millions de tonnes en 2025 à 12,41 millions en 2028. Le Mexique resterait sur une trajectoire ascendante, tandis que l’Espagne et plus globalement l’Union européenne augmenteraient également leur production.
Le point probablement le plus important pour les producteurs concerne le déséquilibre potentiel entre les nouveaux volumes exportables et la croissance de la demande. Dans le scénario présenté, l’accroissement annuel de l’offre exportable reste supérieur à l’accroissement de la demande tout au long de la période 2025-2028. Pour 2025, le potentiel supplémentaire d’offre est évalué à 279.000 tonnes contre 170.000 tonnes de demande additionnelle. Même en 2028, les valeurs présentées demeurent respectivement de 250.000 et 170.000 tonnes.
La croissance de la consommation ne garantit pas automatiquement le maintien des niveaux de prix. Avec l’entrée en production de nouvelles plantations au Pérou, en Colombie, au Maroc, au Kenya et dans d’autres origines, les fenêtres commerciales se chevauchent davantage et la concurrence porte de plus en plus sur la qualité, le calibre, la régularité, la chaîne du froid, la conformité sanitaire, la durabilité et la capacité logistique.
L’avantage marocain ne doit pas être recherché dans le prix le plus bas
Fernando Dupuis Grawe a poursuivi l’analyse en se concentrant sur la fenêtre hivernale européenne, domaine dans lequel le Maroc bénéficie d’un atout géographique majeur.
Le marché hivernal étudié représenterait environ 407.000 tonnes. Dans la structure présentée, le Chili pèse environ 25 %, la Colombie 23 %, le Maroc 17 %, l’Espagne 13 %… Ces origines n’arrivent cependant pas sur le marché avec les mêmes contraintes.
Le Chili conserve une solide réputation qualitative et une bonne régularité de matière sèche, mais doit supporter des transits de l’ordre de 29 à 33 jours. La Colombie, avec 12 à 15 jours de transit, dispose d’un accès plus rapide et d’un potentiel d’approvisionnement pratiquement annuel, mais reste confrontée à des problèmes d’homogénéité de qualité et de calibre.
La proximité constitue dans ce contexte l’un des grands avantages marocains. Selon l’intervenant, le transport camion-ferry permet d’atteindre l’Europe du Sud et une partie de l’Europe centrale en 24 à 72 heures. Cette souplesse offre surtout la possibilité d’ajuster rapidement les rythmes d’expédition à l’état réel du marché.
Fernando Dupuis Grawe a montré pourquoi cette agilité devient essentielle. Le commerce de l’avocat ne reçoit pas toujours des volumes réguliers : congestion portuaire, décalages de récolte et regroupement des départs provoquent des « vagues » d’arrivages. Là où un flux théorique d’environ 646 conteneurs par semaine permettrait de lisser le marché, la réalité peut être de 800 conteneurs une semaine puis 400 la suivante, générant des baisses artificielles de prix sur le spot.
Le calibre constitue l’autre enseignement majeur de son analyse 2022-2025. Les calibres moyens recherchés par le retail, notamment 14 à 18/20, montrent une remarquable capacité de résistance, avec des niveaux généralement situés autour de 11 à 15 euros par carton selon les campagnes et les périodes. Les petits calibres 22-24 connaissent au contraire une dégradation structurelle. Sur les quatre campagnes étudiées, leur décote par rapport au calibre 16 a fréquemment atteint 30 à plus de 40 %.
Il ne suffit donc pas de produire des tonnes : il faut produire les tonnes que le marché est capable d’absorber avec une valeur satisfaisante. D’où l’intérêt, selon l’exposé, de raisonner les passages de récolte afin de privilégier les calibres recherchés et de limiter l’exposition au spot des petits fruits.
Le marché de détail européen ajoute par ailleurs ses propres contraintes. Les seules certifications de base ne suffisent plus toujours. Certains programmes exigent des référentiels éthiques complémentaires et appliquent des politiques résidus plus sévères que la réglementation européenne, pouvant limiter le nombre de matières actives détectées et retenir seulement 30 à 50 % des LMR légales comme seuil interne.
La conclusion de Fernando Dupuis Grawe était donc autant commerciale que logistique : l’avenir du Maroc sur le marché européen passe par davantage de programmes structurés avec la distribution, une meilleure coordination des volumes et des récoltes et la valorisation de l’origine Maroc comme fournisseur proche, rapide et régulier, plutôt que par une concurrence fondée essentiellement sur le prix.
Session 3 – Conduite et protection des vergers
La diversité génétique les porte-greffes de demain
La troisième session a débuté par une intervention particulièrement scientifique de Patricia Manosalva, de l’University of California, Riverside, consacrée à l’exploitation des ressources génétiques et génomiques de l’avocatier pour développer de nouveaux porte-greffes.
L’objectif du programme de sélection présenté est ambitieux : ne plus sélectionner seulement sur un critère de résistance, mais rechercher des porte-greffes capables de supporter simultanément plusieurs contraintes rencontrées dans les vergers. Résistance à Phytophthora cinnamomi, tolérance à d’autres maladies racinaires ou vasculaires, salinité, chaleur, alcalinité et pH élevé, excès d’eau, froid, sécheresse ou encore certains métaux font partie des caractères étudiés.
Patricia Manosalva a rappelé la différence fondamentale entre porte-greffes issus de semis et porte-greffes clonaux. Les premiers sont moins coûteux mais introduisent une importante variabilité génétique et phénotypique entre arbres. Les seconds sont plus chers à produire, mais permettent de reproduire un génotype sélectionné et donc de disposer d’un matériel beaucoup plus uniforme.
Cette variabilité constitue néanmoins une ressource précieuse pour la sélection. Les descendants du génotype PP35 présentés durant la conférence montraient par exemple de grandes différences de comportement vis-à-vis de la pourriture racinaire à Phytophthora et de la salinité.
Le programme UCR dispose aujourd’hui d’un germplasm comprenant environ 650 accessions uniques issues des trois grands groupes génétiques de l’avocatier – mexicain, guatémaltèque et antillais – ainsi que de nombreux hybrides. Chacun apporte des caractéristiques différentes en termes d’adaptation climatique, de résistance au froid, de salinité ou de sensibilité à Phytophthora. La génomique permet progressivement de mieux identifier et exploiter cette diversité.
Plusieurs sélections avancées ont été présentées : PP35, PP40, PP80, PP42 et PP45. Leur commercialisation en Californie est envisagée à partir de 2027-2028. Toutes ont été sélectionnées pour leur comportement face à la pourriture racinaire, certaines combinant également une meilleure tolérance à la salinité, à la chaleur ou aux sols alcalins.
PP40 a notamment fait l’objet d’essais montrant une meilleure tolérance au stress salin que le témoin Thomas, associée à une limitation de l’accumulation de sodium et de chlorure dans les feuilles. Des expérimentations à petite et grande échelle sont actuellement conduites dans différents sites californiens soumis à des combinaisons de Phytophthora, salinité, chlorures, alcalinité ou températures plus basses.
Le message final dépassait toutefois la recherche du « porte-greffe miracle ». Patricia Manosalva a insisté sur la nécessité de disposer d’une plus grande diversité de porte-greffes, de greffons et de combinaisons porte-greffe × variété. Diversifier le matériel végétal d’un verger permet également de ne pas exposer l’ensemble de la plantation au même risque biologique ou environnemental.
Observer avant de traiter
Avec l’intervention de Schalk Schoeman sur les acariens et les thrips, la conférence est revenue à une problématique immédiatement opérationnelle pour les producteurs marocains.
Les conditions chaudes, sèches et poussiéreuses rencontrées dans certaines zones de production peuvent favoriser les pullulations d’acariens. Leurs dégâts sont essentiellement foliaires : nécroses, défoliation et ouverture de la frondaison, avec pour conséquences possibles brûlures des branches et des fruits, diminution du calibre et impact sur le potentiel productif.
Les thrips provoquent un préjudice différent. Leur attaque des jeunes fruits et des pousses tendres peut entraîner des cicatrices superficielles suffisamment importantes pour déclasser un fruit pourtant parfaitement consommable. Dans une production orientée vers l’exportation, la conséquence est donc directement commerciale.
L’un des grands messages de Schoeman a été l’importance d’identifier correctement l’organisme présent avant toute intervention. Tous les thrips observés sur un avocatier ne sont pas nuisibles. Le western flower thrips, par exemple, peut être rencontré sur les arbres sans provoquer les dommages caractéristiques sur les fruits. D’autres thrips sont même prédateurs d’acariens et d’autres thrips. Il en va de même pour plusieurs acariens prédateurs naturellement présents dans les vergers.
Le calendrier de surveillance doit suivre celui des ravageurs. Les thrips représentent surtout un risque au moment de la poussée printanière et de la nouaison, lorsque les larves colonisent les jeunes fruits. Les populations d’acariens commencent généralement à progresser avec l’installation de la chaleur et peuvent culminer en fin d’été.
Pour les acariens, Schoeman a proposé une surveillance hebdomadaire basée sur un prélèvement réparti dans la parcelle, avec observation de la face inférieure des feuilles et comptage parallèle des prédateurs. La proportion de surface foliaire nécrosée doit également être suivie. Dans les références exposées, une atteinte de l’ordre de 7,5 à 10 % de la surface foliaire constitue une zone à partir de laquelle le risque de chute de feuilles augmente fortement.
Pour les thrips, le suivi doit commencer dès la floraison et porter en priorité sur les larves présentes sur jeunes fruits et pousses tendres. L’intervenant a insisté sur une fenêtre de protection relativement courte, depuis la nouaison jusqu’à ce que les fruits atteignent environ 20 mm.
Mais la stratégie proposée ne commence pas avec un pulvérisateur. Elle consiste d’abord à favoriser les auxiliaires présents naturellement dans le verger. Acariens prédateurs, Stethorus, thrips prédateurs et larves de chrysopes constituent une « main-d’œuvre gratuite » qu’il faut préserver. Couvert végétal, biodiversité dans les inter-rangs, paillage organique grossier sous la frondaison et réduction de la poussière sur les chemins contribuent à leur maintien. À l’inverse, l’utilisation non raisonnée d’insecticides à large spectre peut éliminer ces populations et provoquer secondairement une recrudescence d’acariens.
Lorsque le traitement devient nécessaire, la rotation doit porter sur les modes d’action et non sur les seuls noms commerciaux. L’usage répété d’une même famille accélère la sélection de résistances. Schoeman a notamment cité l’abamectine comme exemple de substance très utilisée à l’échelle mondiale et pour laquelle des résistances sont déjà documentées. La qualité de couverture est tout aussi déterminante, en particulier pour les acariens qui occupent la face inférieure des feuilles.
Enfin, la protection phytosanitaire doit être construite à rebours depuis le marché de destination. Pour les exportations vers l’Union européenne, les LMR, les délais avant récolte et les cahiers des charges privés doivent être intégrés dès l’élaboration du programme. Certaines enseignes appliquent des exigences plus sévères que les limites réglementaires. D’où le résumé proposé en fin d’intervention : surveiller chaque semaine, protéger les auxiliaires, traiter à partir de seuils, alterner les groupes IRAC et vérifier avant toute intervention la compatibilité du programme avec le marché auquel les fruits sont destinés.
L’eau, déterminant de la santé et de la productivité
La dernière intervention de la journée a été assurée en ligne par Ben A. Faber, de l’University of California Agriculture and Natural Resources, sous le titre « Effects of water on avocado health and productivity ».
Ce choix constituait une conclusion logique au programme. L’eau avait traversé pratiquement toutes les sessions précédentes : stress hydrique et salinité chez Prometeo Sánchez García, physiologie de la floraison chez Iñaki Hormaza, équilibre du sol et paillage chez Gonzalo Vargas, sélection de porte-greffes tolérants chez Patricia Manosalva et, enfin, compétitivité de la production marocaine face à une ressource hydrique de plus en plus stratégique.
La présentation de Faber a ainsi refermé la journée sur la relation fondamentale entre gestion de l’eau, santé de l’arbre et expression du potentiel productif. Un rappel d’autant plus pertinent pour l’avocatier que la filière marocaine devra désormais raisonner ses performances non seulement en tonnes produites par hectare, mais aussi en régularité, en qualité et en efficacité d’utilisation des ressources.
Cette journée de conférence doit par ailleurs être prolongée les 1er et 2 octobre à Larache par l’Avocado Advanced Fertigation Training. La première journée, organisée au Lixus Beach Resort, sera consacrée à la fertigation de précision et aux problématiques sol-eau-nutrition, avant une seconde journée de mise en pratique dans un verger de la région.




