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Morocco Tomato Conference 2026: La tomate marocaine face à ses nouveaux choix

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Morocco Tomato Conference 2026: La tomate marocaine face à ses nouveaux choix

La Morocco Tomato Conference 2026, tenue le 21 mai au Palais des Congrès Les Dunes d’Or à Agadir, a réuni une large partie de l’écosystème marocain et international de la tomate autour d’une question centrale : comment maintenir la place de l’origine Maroc dans un marché mondial plus exigeant, plus instable et plus attentif aux conditions de production ?

Organisée par Green Smile, cette sixième édition s’est déroulée sous le thème « Façonner un avenir durable pour le commerce de la tomate ». Derrière cette formule, les échanges ont porté sur des sujets très concrets pour les producteurs et exportateurs marocains : évolution de la demande européenne, pression sur les coûts, exigences environnementales, risques sanitaires, ToBRFV, gestion des serres, adaptation au climat, main-d’œuvre et comparaison avec d’autres grands pays producteurs.

La présence d’environ 700 participants venus de 22 pays a donné à cette édition une dimension particulière. Producteurs, exportateurs, semenciers, pépiniéristes, fournisseurs d’intrants, spécialistes de l’irrigation, acteurs de la protection des cultures, experts du conditionnement, chercheurs, consultants et représentants institutionnels ont échangé autour d’une même réalité : la compétitivité de la tomate marocaine ne se jouera plus seulement sur les volumes. Elle dépendra aussi de la capacité des exploitations à produire plus régulièrement, à sécuriser leurs itinéraires techniques, à maîtriser leurs coûts et à maintenir la confiance des marchés.

L’événement a marqué un changement de ton. La filière n’a pas seulement rappelé ses performances à l’export. Elle a aussi regardé ses fragilités : dépendance au marché européen, pression sanitaire, stress hydrique, exigences de traçabilité, évolution du consommateur et besoin d’une meilleure organisation technique. C’est cette lecture plus lucide qui a donné de l’intérêt aux débats.

Un marché européen plus exigeant

La première session a replacé la tomate marocaine dans son principal environnement commercial : le marché européen. Les interventions ont abordé ce sujet sous trois angles complémentaires. Morocco Foodex a présenté les chiffres du commerce mondial et la place du Maroc parmi les grands exportateurs. Wilco van den Berg a analysé l’évolution des préférences des consommateurs européens. John Alistair Clarke a élargi le débat aux nouvelles règles politiques, commerciales et environnementales qui vont peser sur les échanges agricoles entre le Maroc et l’Union européenne.

Cette session a montré que la tomate marocaine conserve des atouts solides : proximité géographique, calendrier complémentaire, expérience export, coûts compétitifs, infrastructures logistiques et bonne connaissance des marchés européens. Mais ces atouts ne suffisent plus à eux seuls. La concurrence se renforce, les consommateurs changent, les normes deviennent plus strictes et l’accès au marché européen dépendra de plus en plus de la qualité, de la conformité, de la traçabilité et de la capacité à adapter l’offre aux usages réels des clients.

Le Maroc parmi les grands exportateurs

L’intervention d’Ali Rougui, représentant Morocco Foodex, a permis de situer la tomate marocaine dans le commerce mondial. En 2025, les importations mondiales de tomate fraîche ont représenté environ 7,2 millions de tonnes, pour une valeur de 11,6 milliards de dollars. L’Union européenne reste le premier marché de destination, devant l’Amérique du Nord, tandis que le Royaume-Uni constitue un débouché de grande valeur pour les fournisseurs capables de répondre aux attentes de sa distribution.

Dans ce paysage, le Maroc confirme son rang parmi les principaux exportateurs mondiaux. En 2025, il figure derrière le Mexique et les Pays-Bas dans le classement des exportateurs de tomate fraîche, avec une part estimée à 11,2 % du commerce mondial. Cette position traduit la progression réalisée ces dernières années par la filière marocaine, portée par le Souss-Massa, qui demeure le principal bassin exportateur.

Les données de la campagne 2025-2026 appellent toutefois une lecture plus nuancée. À fin avril, les exportations marocaines de tomates atteignaient 549 000 tonnes, contre 620 000 tonnes lors de la campagne précédente à la même date, soit une baisse de 11 %. Le recul ne touche pas tous les segments de la même manière. Les tomates de segmentation sont passées de 349 000 à 320 000 tonnes, soit une baisse de 8 %, tandis que les tomates rondes ont reculé de 270 000 à 230 000 tonnes, soit une baisse de 15 %. Cette différence montre que les produits différenciés résistent mieux que la tomate ronde classique.

La répartition par marché confirme le poids dominant de l’Europe. L’Union européenne, Royaume-Uni compris, absorbe environ 93 % des volumes marocains exportés. Cette concentration est à la fois une force et une fragilité. Elle donne au Maroc une bonne maîtrise des circuits, des calendriers et des exigences commerciales européennes, mais elle expose aussi la filière aux évolutions réglementaires, aux tensions protectionnistes, aux campagnes concurrentes et aux changements rapides de la demande.

L’intervention a aussi mis en avant des marges de progression. Les marchés français, britannique et allemand offrent les perspectives les plus importantes pour les tomates marocaines. L’Espagne présente également une demande additionnelle significative, suivie par d’autres destinations européennes. Le potentiel existe donc, mais il suppose une approche plus fine : choisir les bonnes fenêtres commerciales, les bons segments, les bons standards de qualité et les destinations où l’offre marocaine peut être mieux valorisée.

Sur le plan concurrentiel, le Maroc évolue dans un environnement très disputé. L’Espagne compense la baisse de sa production par une montée en gamme. Les Pays-Bas s’appuient sur des serres de haute précision et une offre premium. La Turquie avance avec des coûts compétitifs et des investissements dans les serres, notamment grâce à la géothermie. Le Mexique conserve une puissance exportatrice importante grâce à sa proximité avec le marché américain. Dans cette matrice, le Maroc conserve des avantages réels, mais il doit répondre à deux contraintes majeures : le stress hydrique et la pression sanitaire, en particulier le ToBRFV.

La baisse prévue de la production européenne peut soutenir la demande d’importation en provenance du bassin méditerranéen. Mais cette opportunité sera encadrée par des critères de sélection de plus en plus stricts : coût de revient, régularité de l’offre, proximité logistique, respect des limites maximales de résidus, traçabilité et capacité à livrer rapidement. Le marché européen reste ouvert, mais il devient plus sélectif.

Morocco Foodex a également abordé les nouvelles exigences environnementales. Les marchés importateurs veulent de plus en plus mesurer l’empreinte carbone et disposer de preuves de durabilité. Pour les exportateurs marocains, cela signifie davantage de collecte de données, de bilans carbone et de maîtrise des impacts liés à l’énergie, à la logistique, aux emballages, aux intrants et aux pertes post-récolte. Cette évolution peut représenter une contrainte, mais aussi un avantage si elle est anticipée et transformée en argument commercial crédible.

Le consommateur européen change

L’intervention de Wilco van den Berg, du Fresh Produce Centre, a complété l’analyse commerciale par une lecture centrée sur le consommateur. Son message principal est simple : pour défendre ses parts de marché en Europe, il ne suffit plus de produire et d’exporter. Il faut comprendre ce que le consommateur achète, pourquoi il l’achète, sous quelle forme il le préfère et à quel moment il le consomme.

La tomate reste l’un des légumes les plus consommés en Europe. Après le recul observé en 2022 et 2023, la consommation repart à la hausse dans plusieurs pays. En 2025, les volumes achetés ont progressé dans différents marchés étudiés, notamment en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède. Cette reprise montre que la tomate conserve une place importante dans les habitudes alimentaires, mais elle ne se consomme plus de manière uniforme.

Les préférences varient fortement d’un pays à l’autre. Certains marchés restent attachés aux tomates rondes ou aux tomates grappe. D’autres s’orientent davantage vers les petits fruits, les tomates cerises, les baby plum, les tomates cocktail ou les formats destinés au snacking. Cette fragmentation impose aux exportateurs de sortir d’une lecture globale du marché européen. Il faut savoir quel type de tomate chaque marché demande, pour quel usage et à quel niveau de prix.

Pour la filière marocaine, cette évolution confirme l’intérêt des produits différenciés. Le consommateur européen recherche du goût, de la fraîcheur, une bonne qualité visuelle, mais aussi une consommation plus simple. La tomate n’est plus seulement un ingrédient de cuisine. Elle devient aussi un produit de consommation rapide, un produit santé, un snack, un élément de lunch box ou une composante de solutions prêtes à cuisiner.

L’exemple des Pays-Bas montre le degré d’organisation atteint par certains concurrents. En 2025, la production néerlandaise de tomates a atteint 938 millions de kilos, tandis que les exportations ont dépassé le milliard de kilos. Cette performance repose sur des serres très techniques, une forte concentration des opérateurs et une capacité à répondre à des marchés exigeants. La présentation a aussi montré que des organisations néerlandaises cherchent à sécuriser une présence toute l’année à travers la production de tomates spéciales en Afrique du Nord. Pour le Maroc, cela représente à la fois une opportunité de coopération et une concurrence organisée autour de la régularité d’approvisionnement.

Les tendances alimentaires européennes reviennent à des attentes simples : manger plus sainement, retrouver du goût, cuisiner facilement, consommer moins mais mieux, choisir des légumes pratiques et tenir compte de la durabilité. Dans les critères d’achat, le goût arrive en tête, suivi par la fraîcheur et le prix. La qualité et les produits de saison comptent également, surtout chez les consommateurs plus âgés.

Pour les producteurs et exportateurs marocains, cette analyse conduit à une conclusion opérationnelle. Les choix variétaux, les formats, les calibres, la fermeté, la couleur, la durée de conservation, l’emballage et le positionnement commercial doivent être pensés à partir des usages réels des marchés ciblés. Une offre trop standardisée risque de perdre de la valeur. À l’inverse, une offre mieux segmentée, cohérente avec les attentes des consommateurs, peut permettre de préserver les marges et de renforcer la place de l’origine Maroc.

Des règles européennes plus strictes

L’intervention de John Alistair Clarke a replacé la filière tomate dans le cadre plus large des relations agricoles entre le Maroc et l’Union européenne. Son analyse a montré que l’Europe aura encore besoin d’importations marocaines, mais que cet accès au marché devra être défendu dans un environnement politique, commercial et réglementaire plus contraignant.

La réforme de la politique agricole commune après 2027 pourrait réduire les moyens financiers disponibles et réorienter les soutiens vers les petites exploitations, l’environnement, l’adaptation climatique, la résilience et la sécurité des approvisionnements. Selon l’intervenant, l’effet cumulé de ces évolutions pourrait freiner la production agricole européenne. Pour le Maroc, cette perspective confirme que la dépendance européenne vis-à-vis de certains fournisseurs extérieurs ne devrait pas disparaître.

Cette dépendance ne garantit pas pour autant un accès facile au marché. La politique commerciale européenne évolue dans un contexte international plus instable. Tensions géopolitiques, politiques tarifaires, mesures de rétorsion, recherche d’autonomie stratégique et volonté de diversifier les approvisionnements rendent le commerce agricole moins prévisible. L’Europe continuera à développer des accords commerciaux, mais elle cherchera aussi à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement et à limiter certaines dépendances jugées sensibles.

Pour la tomate marocaine, l’enjeu devient donc réglementaire autant que commercial. L’Union européenne applique de plus en plus ses règles environnementales, sociales et sanitaires aux produits importés. Ces exigences concernent notamment l’usage des pesticides, les limites maximales de résidus, l’étiquetage, les emballages, l’empreinte carbone, la gestion de l’eau, les conditions de travail et la responsabilité des entreprises. Même lorsque certaines règles ne visent pas directement la tomate, elles traduisent une tendance de fond : les produits importés devront apporter davantage de garanties.

L’intervenant a particulièrement attiré l’attention sur les clauses miroir et les LMR. Ces sujets peuvent devenir des facteurs d’accès au marché. Une mauvaise maîtrise des pesticides, de l’eau, de l’empreinte climatique, des conditions sociales ou de l’étiquetage peut donner prise à des restrictions, surtout dans un contexte où des pressions protectionnistes apparaissent régulièrement en Europe.

Cette situation n’est pas uniquement défensive. Le Maroc peut aussi renforcer sa position en se présentant comme un partenaire fiable, proche et capable de répondre aux nouvelles attentes européennes. Sa proximité géographique, son calendrier de production, son expérience export et le développement du partenariat Maroc–Union européenne constituent des atouts importants. Encore faut-il les consolider par des preuves concrètes de conformité, de traçabilité et de performance environnementale.

John Alistair Clarke a aussi insisté sur la nécessité de sécuriser les méthodes de production afin de ne donner aucun prétexte à des restrictions. Cela suppose une attention particulière aux conditions sociales, à l’usage des pesticides, à la gestion de l’eau, à l’empreinte carbone et à l’étiquetage. Il a également appelé le Maroc à agir avec d’autres pays producteurs pour demander que les décisions européennes, notamment sur les LMR, s’appuient sur des bases scientifiques et sur des études d’impact préalables.

Sur le plan productif, l’adaptation passera aussi par la modernisation des infrastructures. Des serres mieux équipées, plus performantes dans la gestion de l’eau et moins dépendantes d’une main-d’œuvre abondante peuvent améliorer la compétitivité de long terme. Le développement de variétés à plus forte valeur ajoutée, mieux adaptées aux goûts des consommateurs et à plus faible empreinte environnementale, s’inscrit dans la même logique.

La virologie au centre des défis de production

Après les échanges consacrés aux marchés, aux consommateurs européens et aux règles du commerce, la deuxième session a ramené le débat au cœur des exploitations. Pour les producteurs marocains de tomate, la compétitivité ne dépend plus seulement du prix, du rendement ou de la qualité commerciale. Elle dépend aussi de la capacité à prévenir, détecter et gérer des maladies virales de plus en plus complexes.

Cette session, consacrée à la virologie et aux solutions de rupture, a abordé l’un des sujets les plus sensibles pour la filière : la progression des virus émergents, leur capacité à contourner certaines résistances, leur circulation à travers les semences, les plants, les vecteurs, les outils, l’eau, les substrats et les flux de travail, ainsi que les limites des approches classiques fondées uniquement sur l’éradication ou la réaction tardive.

Des virus plus nombreux et plus difficiles à contenir

L’intervention de Rachid Tahzima a dressé un panorama large des menaces virales qui pèsent aujourd’hui sur la tomate. Le ToBRFV a naturellement occupé une place centrale, mais il n’est pas le seul virus préoccupant. D’autres groupes, comme les géminivirus, les orthotospovirus, les crinivirus, les alfamovirus ou les torradovirus, montrent que la tomate évolue dans un environnement sanitaire plus instable qu’auparavant.

Le message principal est que la pression virale n’est plus un phénomène ponctuel ou localisé. Elle résulte de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement : intensification des cultures, échanges internationaux de semences et de plants, changement climatique, allongement des périodes favorables aux vecteurs, développement des cultures sous serre toute l’année, pression sur les résistances variétales et difficulté à détecter certains agents pathogènes avant qu’ils ne s’installent dans les parcelles.

La présentation a insisté sur la nécessité de raisonner dans une logique globale. Les virus ne concernent pas seulement la plante. Ils mettent en jeu la semence, le plant, le vecteur, le climat, les pratiques culturales, les structures de serre, les flux de travailleurs, la désinfection, la station de conditionnement et les circuits commerciaux. Dans cette approche, la santé végétale devient une question d’organisation autant qu’une question de biologie.

Le ToBRFV comme exemple de rupture sanitaire

Le cas du ToBRFV illustre bien cette évolution. Ce virus a modifié la manière de gérer les risques sanitaires dans la tomate. Il se distingue par sa grande stabilité, sa capacité à survivre sur les outils, les surfaces, les débris végétaux ou certains supports de culture, et par sa transmission mécanique très efficace. Les mains, les vêtements, les outils, les opérations de taille, de palissage, de récolte ou de manipulation peuvent participer à sa diffusion dans les serres.

La transmission par semence, même lorsqu’elle reste faible en fréquence, peut aussi avoir un impact important. Un faible taux de contamination initial peut suffire à introduire le virus dans une exploitation, puis la dynamique de serre amplifie rapidement le problème par contact mécanique. C’est ce qui fait du contrôle des semences et des plants un point sensible dans la prévention.

Le ToBRFV met également en évidence les limites des réponses classiques. Les mesures de quarantaine, la destruction des plants infectés et la désinfection restent nécessaires, mais elles ne suffisent pas toujours à empêcher la diffusion lorsqu’un virus est déjà installé. La stratégie doit donc évoluer vers une gestion plus proactive, fondée sur le dépistage, la surveillance, l’hygiène rigoureuse, la certification, la traçabilité, les variétés résistantes et la discipline quotidienne des équipes.

Résistances, vecteurs et diagnostic

Un autre point important de l’intervention concerne la fragilité des résistances lorsqu’elles reposent sur un nombre limité de gènes. L’histoire récente du ToBRFV a montré que certaines résistances utilisées pendant des années peuvent être contournées. Cela ne signifie pas que la résistance variétale perd son intérêt. Au contraire, elle reste un pilier essentiel. Mais elle doit être combinée à d’autres leviers et intégrée dans une stratégie globale.

Les virus transmis par vecteurs restent eux aussi une menace majeure. Le TYLCV, associé à Bemisia tabaci, illustre la difficulté de gérer un virus lorsque le vecteur est présent, mobile et capable de se maintenir dans l’environnement. Le TSWV, transmis par les thrips, montre un autre type de complexité, avec des souches capables de contourner des résistances et de favoriser des épidémies plus difficiles à maîtriser. La virologie ne peut donc pas être séparée de l’entomologie. Dans les systèmes maraîchers intensifs, le virus, la plante et le vecteur forment un ensemble dynamique.

Rachid Tahzima a également identifié plusieurs freins qui limitent l’efficacité de la lutte contre les virus émergents : affaiblissement de certaines résistances, limites du contrôle des vecteurs, diagnostics encore trop coûteux ou trop lents, fragmentation réglementaire, différences entre pays dans l’application des règles et retards dans la généralisation des tests de semences. Ce constat est important pour le Maroc, où la tomate d’export dépend fortement de la qualité sanitaire des plants, de la rigueur des exploitations et de la confiance des marchés.

VIRTIGATION, de la recherche au terrain

L’intervention consacrée au projet VIRTIGATION a apporté un éclairage complémentaire sur les solutions développées à l’échelle euro-méditerranéenne. Ce projet a travaillé sur les maladies virales émergentes des tomates et cucurbitacées, avec une approche combinant recherche, terrain, surveillance, sélection variétale, diagnostic, lutte intégrée et collaboration entre acteurs.

Son intérêt pour la filière marocaine réside dans son approche pratique. Le projet ne traite pas les virus comme un problème isolé de laboratoire. Il cherche à relier la connaissance scientifique aux besoins des producteurs, des semenciers, des services d’appui et des acteurs de la protection des cultures. Cette logique est essentielle face à des virus comme le ToBRFV, le TYLCV et le ToLCNDV, dont la gestion nécessite des réponses combinées.

VIRTIGATION a notamment travaillé sur la surveillance génomique, le diagnostic, l’étude des interactions plante-virus-vecteur, l’identification de résistances naturelles, l’évaluation de solutions biologiques ou biorationnelles, la gestion des vecteurs et l’intégration de plusieurs leviers dans des stratégies applicables en conditions de production. Cette démarche confirme qu’il n’existe pas de solution unique, mais un ensemble de mesures à assembler selon le contexte.

Une discipline sanitaire d’entreprise

La table ronde consacrée au ToBRFV a prolongé ces interventions en croisant les points de vue de la recherche, des semenciers, des producteurs et des régulateurs. Le constat partagé est qu’il n’existe pas de solution simple ou définitive. La recherche progresse, les semenciers développent de nouvelles résistances, les méthodes de diagnostic s’améliorent, mais la réussite dépend largement de la qualité de mise en œuvre sur le terrain.

Les producteurs les plus performants sont ceux qui transforment la protection sanitaire en discipline d’entreprise. Cela commence par l’origine des semences et des plants, se poursuit par les règles d’entrée en serre, la gestion des visiteurs, la séparation des zones, la désinfection des outils, le nettoyage des mains, des chaussures et des vêtements, la formation des équipes, puis s’étend jusqu’à la récolte, au conditionnement et à la circulation du matériel.

Le principal enseignement de cette session est que les virus émergents obligent la filière tomate à changer de méthode. La réaction tardive ne suffit plus. La gestion doit devenir intégrée, préventive et collective. Elle doit associer contrôle des semences, surveillance des plants, diagnostic rapide, hygiène stricte, gestion des vecteurs, choix variétal, formation du personnel, collecte de données et coopération entre les différents acteurs de la filière.

Pour le Maroc, cette approche est d’autant plus importante que la tomate destinée à l’export repose sur des exigences élevées de régularité, de qualité et de confiance. Une crise virale ne se limite pas à une perte de rendement. Elle peut affecter la capacité à honorer les programmes, la perception des acheteurs, la stabilité des stations et l’image de toute l’origine.

Produire avec des outils mieux adaptés

La dernière session de la Morocco Tomato Conference 2026 a abordé la résilience de la filière sous un angle très opérationnel. Après les échanges consacrés au marché et aux virus émergents, les débats se sont concentrés sur la manière de produire mieux, plus régulièrement et avec moins de risques. Le fil conducteur était clair : les producteurs marocains doivent renforcer leur capacité d’adaptation, aussi bien face au climat qu’aux exigences sanitaires, aux coûts de production et à la disponibilité de la main-d’œuvre.

Cette session a croisé plusieurs expériences. Le modèle mexicain a été présenté comme un exemple utile pour réfléchir à l’évolution des serres et à l’organisation des filières exportatrices. La gestion des cultures sous conditions pluvieuses dans la région d’Agadir a ensuite montré combien le pilotage climatique devient déterminant. La question de la main-d’œuvre a rappelé que la performance technique dépend aussi de la formation, de la fidélisation et de l’organisation des équipes. Enfin, l’intervention de Michael Bledsoe a replacé l’hygiène ToBRFV au cœur de la compétitivité, depuis la semence jusqu’à la station de conditionnement.

Le modèle mexicain comme référence utile

L’intervention de Jorge Flores-Velazquez a présenté un panorama du modèle mexicain de production de tomates sous abri. Le Mexique occupe une place majeure dans le commerce mondial de la tomate, en grande partie grâce à sa proximité avec le marché nord-américain, à l’étendue de ses zones de production et à la diversité de ses systèmes de culture protégée.

Le premier enseignement tient à la diversité des conditions climatiques et des structures. Le Mexique ne repose pas sur un seul modèle de serre. On y retrouve des tunnels, des serres multichapelles, des structures zénithales, des abris de type papillon, des ombrières et des systèmes plus ou moins technologiques selon les régions, les investisseurs et les objectifs de production. Cette diversité montre que la modernisation ne signifie pas forcément copier un modèle unique, mais choisir la structure adaptée au climat, au marché visé, au niveau d’investissement possible et au degré de technicité disponible.

Le modèle mexicain est aussi marqué par une forte spécialisation régionale. Des zones comme Sinaloa bénéficient d’un calendrier favorable, notamment durant les mois où le marché américain a besoin d’un approvisionnement régulier. Cette capacité à produire au bon moment, pour un marché proche et bien structuré, explique une partie de la force du Mexique. Pour le Maroc, la comparaison est intéressante : le pays dispose lui aussi d’une proximité stratégique avec un grand marché importateur, l’Europe, mais il doit continuer à améliorer la régularité, la qualité et la maîtrise des calendriers.

L’autre point important concerne le caractère dual du modèle mexicain. D’un côté, de grandes sociétés disposent de serres plus modernes, d’outils de pilotage et d’une organisation export bien structurée. De l’autre, des producteurs et investisseurs locaux travaillent avec des systèmes plus simples, souvent adaptés progressivement aux contraintes régionales. Cette coexistence montre que la montée en technicité peut se faire par étapes, à condition que chaque investissement réponde à un besoin réel : mieux ventiler, mieux gérer l’eau, mieux contrôler le climat, améliorer la qualité, prolonger les cycles ou réduire les pertes.

Pour le Maroc, l’intérêt du benchmark mexicain ne réside donc pas dans l’imitation. Il réside dans la méthode. Le Mexique a appris à adapter ses structures, à organiser ses calendriers et à relier la production au marché. La filière marocaine peut tirer parti de cette expérience pour réfléchir à l’évolution de son propre parc de serres, en tenant compte du climat du Souss-Massa, de la pression hydrique, des coûts, de la main-d’œuvre, des maladies et des exigences de l’export.

La pluie et l’humidité changent la conduite des serres

L’intervention de Paolo Battistel a apporté un éclairage très pratique sur la gestion des cultures de tomate en conditions pluvieuses dans la région d’Agadir. Elle a rappelé que la pluie ne pose pas seulement un problème d’eau extérieure. Elle modifie l’équilibre climatique de la serre, augmente l’humidité relative, favorise la condensation et crée des conditions favorables à plusieurs maladies, notamment le mildiou, la pourriture grise, la cladosporiose et l’oïdium.

Le mildiou constitue un exemple parlant. Il est favorisé par une humidité élevée, une mouillure prolongée des feuilles et des températures modérées. Les éclaboussures, la pluie, le brouillard et les périodes où l’air est proche de la saturation peuvent accélérer son développement. La prévention repose donc sur la réduction de l’humidité excessive, l’amélioration de l’aération, l’évitement de la mouillure du feuillage et l’élimination des débris contaminés.

L’un des messages importants de cette intervention concerne le point de rosée. Lorsque la température de l’air se rapproche trop du point de rosée, la condensation apparaît. Si cette situation dure plusieurs heures, le risque de maladies augmente fortement. Dans les conditions d’Agadir, la période sensible peut s’étendre de septembre à mars, notamment lors des nuits fraîches et humides. Cela signifie que le producteur doit suivre le climat de la serre avec précision, et ne pas se limiter à une impression générale de température ou d’humidité.

Les capteurs climatiques deviennent alors de véritables outils de décision. Ils permettent de suivre la température, l’humidité relative, le point de rosée et la durée des périodes à risque. Cette information aide à décider quand ventiler, quand éviter certaines interventions, quand surveiller de près la culture et quand intervenir préventivement. Dans une serre moderne, la gestion du climat doit devenir aussi importante que la fertigation ou la protection phytosanitaire.

Paolo Battistel a également rappelé que les traitements contre certaines maladies, notamment le mildiou, ne doivent pas être utilisés de manière approximative. Les produits de contact sont surtout préventifs, tandis que les produits translaminaires, cytotropiques ou systémiques ont des comportements différents et doivent être utilisés avec discernement. Cela confirme l’importance de l’anticipation : lorsque la maladie est installée, la marge de manœuvre diminue.

La main-d’œuvre devient un facteur de résilience

La quatrième table ronde a élargi la réflexion à la main-d’œuvre agricole. Ce sujet a été présenté comme un enjeu aussi important que l’eau. Dans la tomate sous serre, la performance dépend fortement de gestes répétés, précis et bien coordonnés : plantation, palissage, effeuillage, taille, récolte, tri, hygiène, désinfection, circulation dans les rangs et manipulation des fruits.

La comparaison avec la filière fruits rouges a été utile. Cette filière a été confrontée très tôt à des besoins importants en main-d’œuvre, à des exigences de qualité élevées et à la nécessité de mieux organiser les équipes. La tomate peut s’inspirer de cette expérience, notamment en matière de recrutement, d’encadrement intermédiaire, de formation, de fidélisation et de conditions de travail.

La main-d’œuvre ne doit plus être considérée uniquement comme un coût. Elle est un facteur de qualité, de productivité et de sécurité sanitaire. Dans une serre où les gestes sont répétés des centaines de fois, une équipe mal formée peut favoriser les blessures, les contaminations, les pertes de qualité ou la diffusion mécanique de maladies comme le ToBRFV. À l’inverse, des ouvriers formés et stabilisés deviennent un atout technique.

L’hygiène ToBRFV de la semence à la station

L’intervention de Michael Bledsoe a apporté un retour d’expérience très concret sur la gestion du risque ToBRFV en serre. Son approche repose sur une idée simple : dans une culture intensive sous serre, l’hygiène ne peut pas être partielle. Elle doit couvrir toute la chaîne, depuis la semence jusqu’à la station de conditionnement.

La serre est particulièrement vulnérable aux maladies transmises mécaniquement. Chaque plant peut être touché plusieurs fois par semaine, et plus de cent fois au cours d’un cycle. Les opérations de palissage, d’effeuillage, de récolte, d’abaissement des plantes, de surveillance, de protection phytosanitaire, de mise en place d’auxiliaires ou de bourdons multiplient les contacts. Dans ces conditions, un virus comme le ToBRFV peut se diffuser rapidement si les procédures ne sont pas strictes.

Le premier point de vigilance est la semence. L’expérience présentée montre que les tests doivent commencer avant la propagation. Lorsqu’un lot est suspect, il ne doit pas être utilisé tant que les résultats ne sont pas confirmés. Le recours à un laboratoire principal, puis à un second laboratoire de confirmation, permet de réduire les risques d’erreur. Cette logique est essentielle : une fois le virus introduit dans la serre, il devient beaucoup plus difficile et coûteux à maîtriser.

La propagation et le greffage sont également des étapes sensibles. Si les plants ne sont pas sains dès le départ, tout le système de production est fragilisé. L’hygiène doit donc être pensée avant même l’entrée en serre de production. Les pépinières, les greffeurs, les producteurs et les fournisseurs de semences doivent fonctionner avec des protocoles alignés.

Dans la serre, la gestion du risque repose sur plusieurs mesures combinées : contrôle des visiteurs, limitation des accès, affectation des travailleurs par zones, désinfection des mains et des outils, changement régulier de gants, nettoyage du matériel, gestion des chariots, surveillance des rangs suspects et formation des équipes. Aucun de ces gestes n’est suffisant seul. C’est leur répétition rigoureuse qui réduit le risque.

L’intervention a aussi attiré l’attention sur l’eau recyclée, les biofilms et les zones de drainage, qui peuvent servir d’indicateurs ou de points de surveillance. Tester l’eau de drainage ou les biofilms à certains endroits peut aider à détecter précocement un problème dans les rangs suspects. Cette approche montre que l’hygiène moderne ne se limite pas à laver et désinfecter. Elle repose aussi sur la surveillance, la traçabilité et la capacité à identifier rapidement les signaux faibles.

Pour les producteurs marocains, cette intervention apporte un message direct. Le ToBRFV n’est pas seulement un problème phytosanitaire. C’est un risque commercial. Une exploitation qui maîtrise mieux l’hygiène protège ses rendements, mais elle protège aussi sa réputation, ses programmes d’exportation et la confiance des acheteurs.

 

 

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