La campagne 2025 du melon Charentais au Maroc a été marquée par un contexte particulièrement exigeant, combinant incertitudes climatiques, tensions sur la main-d’œuvre, contraintes liées à l’eau et fluctuations du marché. Ce bilan, élaboré à partir des retours de producteurs et acteurs de la filière, met en lumière les principaux défis affrontés et les stratégies déployées pour y faire face.
Surfaces cultivées et contrainte hydrique
Comme déjà mentionné, le facteur limitant majeur de cette campagne reste la disponibilité en eau. Le manque de précipitations et la pression sur les ressources hydriques ont directement affecté les surfaces cultivées. En 2025, le Maroc a enregistré une réduction significative des superficies de melon charentais, qui s’établissent à 1 040 hectares, soit une baisse de 250 hectares par rapport à l’année précédente.
À Marrakech, les surfaces ont chuté à 760 ha, réparties équitablement entre le plein champ et la culture sous serre. Une interdiction temporaire de planter, imposée par les autorités fin 2024, suivie d’une fenêtre d’irrigation très courte (du 27 décembre au 31 janvier), a contraint de nombreux producteurs à renoncer à une partie de leurs semis.
À Agadir, la sécheresse chronique a aussi conduit à un recul des surfaces à 140 ha (contre 170 ha en 2024), malgré l’usage généralisé de systèmes de goutte-à-goutte. Dans la région de Dakhla, les cultures sont passées à 210 ha, en baisse d’environ 60 ha. Cette zone, bien que stratégique pour démarrer précocement la campagne, dépend de nappes fossiles peu renouvelables, d’où des limitations strictes imposées à l’expansion agricole. Seule la région du Gharb (Kénitra) a maintenu ses 120 ha, bénéficiant d’un accès plus favorable à l’eau via les barrages du bassin du Sebou.
Malgré la réduction des surfaces cultivées, le Maroc a su capitaliser sur son avance précoce et sur la qualité de ses fruits pour maintenir des prix solides à l’export. Cette performance est d’autant plus remarquable que plusieurs bassins concurrents ont vu leurs surfaces de production diminuer, dans un contexte de tensions sur les ressources en eau.
Pénurie de main d’œuvre
Dans les principales régions productrices de melon Charentais, notamment Marrakech, Agadir, Dakhla et Kénitra, la campagne 2025 a été fortement marquée par une disponibilité réduite de main-d’œuvre, impactant directement les travaux de récolte. Ce déficit de personnel saisonnier s’est fait particulièrement sentir en mars et avril, périodes critiques pour assurer les premières récoltes destinées à l’export.
Pour illustrer cette situation, à Dakhla, une ferme de 300 hectares n’a pu exploiter que 180 hectares, faute de personnel suffisant. À Marrakech, le manque de main-d’œuvre a entraîné l’apparition de mauvaises herbes et des retards de récolte notables. Même avec le recours à de la main-d’œuvre africaine, qui représente parfois jusqu’à 80 % des effectifs dans certaines exploitations, les producteurs peinent encore à répondre aux besoins de leurs cultures.
À ce manque de personnel s’est ajouté un autre facteur perturbant le calendrier : le retard des plantations. Celui-ci résulte principalement des restrictions d’eau mises en place fin 2024, en raison d’une sécheresse persistante, qui ont retardé les semis et, par conséquent, le démarrage des récoltes. Les températures plus fraîches que la normale au printemps ont également freiné le développement des plants. À Marrakech, par exemple, l’absence de chaleur suffisante au moment clé du développement végétatif a provoqué un retard d’environ dix jours dans le calendrier de production.
Pression parasitaire
La pression phytosanitaire est restée globalement modérée au cours de la campagne 2025. Cette situation s’explique à la fois par des conditions climatiques peu favorables au développement des ravageurs et par l’adoption progressive de variétés de melon Charentais résistantes aux pucerons, dotées du gène VAT. Ces souches ont permis de limiter les interventions chimiques tout en maintenant la qualité des récoltes.
La filière marocaine a clairement tiré les enseignements des attaques sévères survenues en 2024. Bien que les pucerons soient toujours présents, leur impact a été largement contenu cette année. Ces insectes sont en effet des vecteurs connus de virus comme le CABYV ou diverses mosaïques, qui provoquent jaunissement du feuillage et affaiblissement général des plants.
C’est dans cette perspective que les producteurs ont amorcé une transition variétale similaire à celle observée dans la filière tomate pour lutter contre le ToBRFV. Les variétés sensibles sont progressivement remplacées par des souches plus robustes, capables de mieux résister aux attaques parasitaires et de sécuriser la production tout en réduisant la dépendance aux traitements chimiques.





Prix à l’export et dynamique concurrentielle
La qualité des melons s’est révélée supérieure à celle de la campagne précédente, qui avait été fortement affectée par les attaques parasitaires. Par ailleurs, le climat doux observé dans plusieurs régions d’Europe, notamment en France, a soutenu la demande en début de campagne, contribuant à une valorisation optimale du produit marocain.
Le début de la campagne 2025 a été marqué par une forte demande sur les marchés européens, conjuguée à une offre encore limitée, ce qui a permis au produit marocain de bénéficier de prix élevés à l’export. En mars, les premiers volumes commercialisés depuis le Maroc ont été valorisés autour de 2,5 €/kg départ (FOB : prix à l’export départ Maroc, hors transport), un niveau favorable pour une entrée de saison. Cette tendance haussière s’est confirmée en avril, période au cours de laquelle les prix moyens FOB ont atteint entre 3,0 et 3,3 €/kg, soutenus par des conditions climatiques printanières douces en Europe et une faible concurrence espagnole.
Sur les marchés de gros français, les melons marocains se sont alors vendus autour de 3,5 à 3,8 €/kg, avec des pointes allant jusqu’à 3,8 €/kg à Rungis. En mai, bien que les prix aient légèrement fléchi avec l’arrivée progressive de l’Espagne, le melon marocain est resté compétitif, oscillant entre 2,5 et 3,3 €/kg selon les calibres. Cette résistance des prix traduit un bon positionnement du Maroc, capable de maintenir une valorisation correcte malgré la montée en puissance de ses concurrents.
En comparaison, le Sénégal, qui ouvre la saison plus tôt dès février, avait enregistré en mars des prix moyens de l’ordre de 5,3 €/kg sur le marché français, en raison de sa précocité exceptionnelle et du faible volume disponible. L’Espagne, quant à elle, n’a réellement impacté le marché qu’à partir de mi-mai, avec des niveaux similaires au Maroc (autour de 3,0 à 3,3 €/kg), mais sans le même avantage de calendrier. La France, de son côté, ne débute généralement qu’en juin, et n’a donc pas influencé la période mars–mai. Les premiers volumes français sont habituellement valorisés à des niveaux élevés, au-delà de 4 €/kg en marché de gros.




Un producteur-exportateur marocain de melon charentais explique : « La précocité est déterminante pour le succès de la saison. Plus nos fruits arrivent avant ceux d’Espagne et de France, plus le marché est favorable. Nous commençons à livrer dès fin mars, et parfois encore plus tôt pour les melons provenant de Dakhla. Ensuite, les récoltes autour de Marrakech débutent fin mars ou début avril. La saison marocaine se termine généralement à la mi-mai, juste avant que la récolte française ne commence. Il est donc crucial de vendre nos melons avant cette période, car les prix chutent rapidement à un niveau qui ne couvre même pas les frais d’emballage et de transport. »
Attentes des consommateurs
Les attentes des consommateurs vis-à-vis du melon charentais sont nombreuses et précises, et elles influencent fortement leur décision d’achat ainsi que la fidélisation. Le critère primordial reste le goût : un bon melon doit être sucré, parfumé et dégager un arôme reconnaissable dès qu’on le sent. Une expérience gustative décevante, qu’il s’agisse d’un melon trop fade, pas mûr, trop dur ou farineux, constitue un frein immédiat au renouvellement de l’achat. L’aspect visuel est également déterminant : les consommateurs attendent une couleur homogène, allant du vert au jaunissement léger, avec des sillons nets et une forme régulière qui inspire confiance. La chair doit être orange vif, fondante mais pas farineuse, juteuse tout en conservant une certaine fermeté, reflétant la maturité optimale du fruit. La praticité est un autre facteur clé : un melon qui se conserve quelques jours à domicile sans perdre de sa qualité, ainsi que des formats adaptés aux ménages d’une ou deux personnes, répondent aux besoins des segments urbains. L’origine joue un rôle majeur dans la perception de la qualité : les productions locales ou françaises sont perçues comme plus sûres et valorisantes, renforçant la confiance du consommateur. La régularité dans la qualité gustative et visuelle est essentielle pour encourager la fidélité : lorsqu’un consommateur retrouve plusieurs fois de suite un melon sucré, parfumé et visuellement irréprochable, il sera incité à renouveler ses achats tout au long de la saison. Le prix intervient également comme levier important : un tarif trop élevé en début de saison peut freiner l’achat impulsif, tandis qu’un prix trop bas peut donner l’impression d’un manque de qualité. Enfin, l’expérience en magasin et la communication autour du produit contribuent à dynamiser la consommation : les dégustations, la mise en avant d’associations culinaires et les campagnes rappelant le rôle convivial du melon dans les repas estivaux participent à renforcer son image et à stimuler la décision d’achat.
Perspectives pour la filière
Cette campagne laisse aux producteurs marocains plusieurs enseignements précieux. La gestion de la main-d’œuvre saisonnière reste un défi majeur, tout comme le renforcement de la résilience sanitaire par des choix variétaux adaptés et le perfectionnement du positionnement logistique. Pour la campagne 2026, avec l’espoir d’un climat favorable, les producteurs prévoient d’optimiser leurs stratégies de plantation et de mieux adapter la segmentation variétale à chaque zone agro-climatique. L’objectif reste de valoriser pleinement le melon charentais marocain et de maintenir sa compétitivité, malgré un environnement de production de plus en plus exigeant.




