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Le kaolin face aux brûlures solaires

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Avec la multiplication des périodes très chaudes et fortement ensoleillées, les brûlures solaires deviennent une cause importante de déclassement des fruits. Le kaolin, appliqué sous forme de film minéral blanc, revient au centre de l’attention dans les vergers d’agrumes, d’avocatiers, de grenadiers et d’autres espèces fruitières. Son efficacité dépend toutefois davantage de la qualité de la couverture et de son maintien sur le végétal que d’une simple pulvérisation ponctuelle.

Un écran minéral réfléchissant

Les brûlures solaires apparaissent lorsque les tissus exposés reçoivent simultanément un rayonnement intense et une charge thermique excessive. Les fruits situés à l’extérieur de la frondaison, notamment sur les faces sud et ouest des arbres, sont généralement les plus vulnérables. Les dégâts peuvent aller d’une légère décoloration de l’épiderme à une nécrose profonde rendant le fruit impropre à la commercialisation.

Le kaolin utilisé en agriculture est une argile blanche finement transformée et formulée pour être dispersée dans l’eau. Après pulvérisation et séchage, ses particules forment un dépôt poreux qui augmente la réflexion d’une partie du rayonnement ultraviolet, visible et infrarouge. La quantité d’énergie absorbée par les feuilles et les fruits diminue, ce qui limite leur échauffement. Des travaux conduits sur pommier ont montré que la réduction de la température de surface et des brûlures augmentait avec la quantité de résidus réfléchissants effectivement déposée sur le fruit.

Contrairement à un revêtement continu et imperméable, un film correctement formé ne bouche pas totalement les stomates. La plante conserve ses échanges gazeux et sa capacité de transpiration. Dans des conditions de chaleur et de rayonnement élevés, le refroidissement obtenu peut même soutenir la photosynthèse en réduisant la photoinhibition et l’élévation du déficit de pression de vapeur entre la feuille et l’air. Les résultats peuvent néanmoins varier selon l’espèce, le climat, la concentration et l’épaisseur du dépôt.

Des résultats confirmés sur agrumes

Une publication de juillet 2026 de John M. Chater, chercheur à l’Université de Floride, rappelle l’intérêt ancien du kaolin dans les régions agrumicoles soumises à une forte radiation estivale. Elle souligne également que le produit ne peut rester efficace que si la pellicule blanche couvre réellement les organes exposés et demeure présente pendant toute la période à risque.

Des recherches menées sur des plants d’agrumes soumis simultanément à une température élevée et à un fort éclairement ont montré que l’application de kaolin réduisait les dommages et la chute des feuilles, tout en améliorant plusieurs paramètres liés à la photosynthèse, à la transpiration et à la protection des pigments. Le traitement a également limité la dégradation de la chlorophylle et des caroténoïdes provoquée par le stress thermique.

Une autre étude publiée en 2023 sur agrumes a constaté que les films de particules pouvaient améliorer la photosynthèse sous excès de rayonnement en réduisant la température foliaire. Des essais récents sur mandariniers cultivés en conditions arides confirment également une diminution des brûlures et des températures foliaires et superficielles des fruits après plusieurs applications de kaolin.

Les résultats disponibles sur d’autres espèces vont dans le même sens. Sur grenade, un essai avec un film à base de kaolin a réduit d’environ 47 % les brûlures et de 46 % l’éclatement des fruits. Sur manguier, des travaux publiés en 2025 ont rapporté une réduction pouvant atteindre 68 % de l’incidence des brûlures, avec toutefois des différences importantes entre variétés.

La couverture avant la concentration

Le kaolin doit être considéré comme une protection préventive. Une application réalisée après l’apparition des nécroses ne répare pas les tissus. Le premier passage doit donc précéder les périodes annoncées de forte chaleur et assurer une couverture homogène des fruits, des feuilles, des jeunes troncs et des branches exposées.

Dans la majorité des essais, plusieurs passages sont nécessaires pour construire progressivement le film protecteur. La végétation doit prendre une teinte blanche ou grisâtre régulière, sans amas excessifs. Une couverture trop légère laisse subsister des zones vulnérables, tandis qu’un dépôt très épais ou irrégulier peut augmenter le coût, compliquer le lavage et modifier la coloration de certains fruits.

Les concentrations étudiées se situent fréquemment entre 2 et 6 %, mais ces valeurs ne constituent pas une recommandation universelle. La dose, le volume d’eau, le nombre de passages et l’intervalle entre applications doivent être déterminés à partir de l’étiquette du produit autorisé, du volume de végétation et des capacités du pulvérisateur.

Les étiquettes de formulations agricoles insistent sur une pulvérisation proche du point de ruissellement, sans gaspillage, ainsi que sur la nécessité de maintenir l’agitation dans la cuve. Lorsque les conditions sont très chaudes et sèches, une augmentation du volume d’eau et de la taille des gouttelettes peut améliorer le dépôt en limitant l’évaporation avant que les particules n’atteignent la végétation.

Pluie, croissance et irrigation

La persistance du film constitue l’une des principales limites de la technique. Les pluies fortes, le vent, le frottement des feuilles et l’irrigation par aspersion peuvent retirer une partie du dépôt. Une nouvelle application devient nécessaire lorsque les surfaces perdent leur aspect blanchâtre ou que les fruits nouvellement formés ne sont plus protégés.

La croissance végétative doit également être prise en compte. Après une poussée de végétation, les nouvelles feuilles et les jeunes rameaux apparaissent sans couverture. Dans les régions humides comme la Floride, les pluies estivales peuvent imposer des renouvellements fréquents et renchérir fortement le programme. À l’inverse, dans les régions méditerranéennes à été sec, le film peut se maintenir plus longtemps, sous réserve de l’absence d’aspersion et de vents abrasifs.

Un effet partiel sur les ravageurs

Le changement de couleur, de texture et de réflectance de la plante peut perturber la reconnaissance de l’hôte par certains insectes. Les particules peuvent également gêner leurs déplacements, leur alimentation ou leur ponte. Des réductions d’activité ont été observées sur plusieurs pucerons, cicadelles, thrips, psylles, acariens et autres arthropodes.

Cet effet varie fortement selon le ravageur, la pression d’infestation et la qualité de la couverture. Le kaolin ne doit donc pas être présenté comme un insecticide généraliste ni remplacer la surveillance, les auxiliaires et les interventions autorisées dans le programme de protection intégrée.

Des précautions avant généralisation

Il convient d’utiliser exclusivement un kaolin formulé pour l’agriculture et autorisé sur la culture concernée. Une argile industrielle ou un produit dont la granulométrie et la teneur en silice cristalline ne sont pas maîtrisées ne présente pas les mêmes garanties de sécurité, de suspension et de lavage. La manipulation de la poudre impose également le respect des équipements de protection indiqués sur l’étiquette.

La compatibilité avec les huiles, les adjuvants, les engrais foliaires et les produits phytosanitaires doit être vérifiée avant tout mélange. Certaines associations peuvent provoquer une floculation dans la cuve, une mauvaise formation du film ou des résidus difficiles à retirer au conditionnement. Un essai préalable sur une petite surface et un test de compatibilité restent recommandés.

Les résidus sont généralement éliminés par le brossage et le lavage sur une ligne de conditionnement adaptée. Cette opération doit cependant être vérifiée avant les applications tardives, particulièrement sur les fruits peu ou pas lavés après récolte. Sur certaines variétés dont la coloration dépend fortement de la lumière, un dépôt excessif peut aussi ralentir la coloration ou modifier légèrement la maturité.

Une option adaptée aux vergers marocains

Dans les conditions marocaines, le kaolin peut présenter un intérêt particulier sur les agrumes, l’avocatier, le grenadier, le pommier et les jeunes plantations exposées à un fort rayonnement. Il peut également être envisagé après une taille sévère ou une perte de feuillage laissant brutalement les fruits et les charpentières sans protection.

Son utilisation doit toutefois compléter, et non remplacer, une irrigation régulière, une alimentation minérale équilibrée, une frondaison suffisamment protectrice et une conduite de taille évitant l’exposition brutale des fruits. Employé avant les épisodes de chaleur, avec une couverture homogène et des renouvellements décidés après contrôle du dépôt, le kaolin constitue une solution relativement simple pour réduire les pertes de qualité liées au soleil.

 

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