
Les nématodes à galles (Meloidogyne spp.) comptent parmi les bioagresseurs les plus destructeurs des cultures de tomate en zones chaudes, particulièrement en maraîchage de contre-saison sous serre. Leurs attaques entraînent des pertes de rendement significatives, des stress hydriques et nutritifs chroniques, et réduisent la qualité commerciale des fruits.
Dans un contexte de restriction progressive de l’usage des nématicides chimiques, les producteurs doivent désormais s’appuyer sur une approche intégrée, combinant prévention, pratiques culturales, variétés résistantes, nématicides chimiques et biocontrôle pour contenir durablement les populations de nématodes.
La maîtrise du cycle (de l’œuf à la larve infectieuse) permet de cibler les interventions à des moments stratégiques, notamment en interculture ou aux stades sensibles de la culture.
Prévention culturale
Des leviers préventifs peuvent être privilégiés pour réduire la charge initiale en nématodes, notamment en interculture :
- Solarisation du sol en été, combinée ou non avec des apports de matière organique, pour réduire la viabilité des œufs et larves de nématodes ;
- Biofumigation par incorporation de résidus de plantes riches en composés soufrés (moutarde, radis fourrager) ou sous forme de poudres déshydratées ;
- Faux-semis destinés à stimuler les éclosions, suivis d’une destruction mécanique ou thermique de la végétation ;
- Hygiène stricte de la serre et des outils : élimination des racines après arrachage, désinfection des canalisations et structures, limitation des plantes-hôtes adventices.
Ces pratiques permettent de préparer le sol avant plantation, de réduire la pression initiale et d’optimiser l’efficacité des interventions curatives ou de biocontrôle en cours de culture.








Choix variétal : première ligne de défense
Plusieurs variétés de tomate présentent une résistance partielle ou totale à certains pathotypes de Meloidogyne. Le gène Mi-1 confère une protection contre M. incognita, M. javanica et M. arenaria, mais peut être contourné en conditions de forte pression ou à des températures élevées. Il est donc conseillé:
– de choisir des variétés résistantes testées localement, en fonction des souches dominantes ;
– d’alterner ou associer avec d’autres leviers pour éviter l’érosion de la résistance génétique.
Suivi, cartographie et gestion parcellaire
Une stratégie efficace repose sur une observation continue des cultures et du sol :
- Analyses nématologiques en laboratoire pour identifier les espèces présentes et estimer les seuils d’infestation. Par exemple, une étude récente de l’INRA a montré qu’au-delà d’un seuil de nuisibilité établi à 37,3 nématodes Meloidogyne javanica pour 100 grammes de sol, les pertes de rendement deviennent significatives
- Cartographie intra-parcellaire pour cibler les traitements ou les interventions mécaniques (profils nématodés) ;
- Suivi visuel des plantes sentinelles ou de zones témoins pour ajuster les actions.
Cette approche fine permet une gestion différenciée, plus économique et moins impactante.
La lutte chimique
Divers types de nématicides fumigants appliqués en pré-plantation ont longtemps été utilisés pour éliminer ou contrôler les populations de nématodes. Toutefois, ces produits ont été progressivement retirés du marché en raison de leur toxicité et de leur impact environnemental. Aujourd’hui, seules quelques molécules restent homologuées pour des usages bien spécifiques (cf. index phytosanitaire), ce qui pourrait fragiliser certaines filières en l’absence d’alternatives viables.
Le recours à ces traitements doit être justifié par la présence avérée des agents pathogènes ciblés (nématodes, champignons, bactéries) dans la parcelle concernée. En raison de leur forte toxicité, les fumigants doivent être appliqués avec précaution, généralement 2 à 4 semaines avant la plantation, pour permettre la dissipation des résidus dans le sol.
En cours de culture, si les analyses nématologiques révèlent une densité de nématodes supérieure au seuil de nuisibilité, un traitement à base de nématicides non fumigants devient indispensable pour limiter la prolifération des larves, avant l’apparition de symptômes visibles tels que les galles racinaires. Ces produits agissent principalement dans la couche superficielle du sol (30 à 40 cm de profondeur), ce qui justifie la nécessité d’interventions ciblées et répétées.
Enfin, pour préserver l’efficacité des traitements et prévenir l’apparition de résistances, il est essentiel d’alterner les substances actives. Cette rotation contribue également à réduire l’impact environnemental des applications et à préserver la biodiversité du sol, composante clé d’un agroécosystème résilient.
Le biocontrôle : une approche complémentaire
Au Maroc, plusieurs nématicides d’origine biologique sont aujourd’hui disponibles, en particulier en post-plantation. Ils offrent aux maraîchers un éventail élargi de solutions, à condition de bien maîtriser leur mode d’application. Leur efficacité dépend en effet fortement des conditions pédoclimatiques, de la qualité de préparation du sol, du bon positionnement technique et de la compatibilité avec d’autres intrants (fertilisants, fongicides, etc.).
Basés sur des micro-organismes ou des extraits végétaux, ils visent à perturber le cycle biologique des nématodes, à induire des mécanismes de défense chez la plante, ou à rééquilibrer le microbiome du sol.
Parmi les agents les plus étudiés et commercialisés figurent des champignons comme Purpureocillium lilacinum (ex-Paecilomyces lilacinus) et Trichoderma spp., capables de parasiter les œufs de nématodes ou d’activer la résistance systémique des plantes. D’autres solutions s’appuient sur des bactéries rhizosphériques telles que Bacillus firmus ou Pasteuria penetrans, qui inhibent le développement larvaire ou modifient l’environnement microbien autour des racines.
Les extraits végétaux constituent un autre levier intéressant : ail, neem, ricin ou sésame ont montré des propriétés nématicides tout en présentant l’avantage de délais de réentrée très courts, de l’absence de résidus et d’un faible niveau de toxicité pour l’applicateur.
Des techniques comme la biofumigation – reposant sur l’incorporation au sol de plantes riches en glucosinolates, notamment des brassicacées – permettent également de libérer des composés volatils toxiques (isothiocyanates) lors de la décomposition, contribuant à réduire la pression nématode de manière naturelle.




