L’oignon est l’une des cultures maraîchères majeures au Maroc, principalement destinée à la consommation locale. Si sa rentabilité repose d’abord sur le rendement et la qualité à la récolte, la réussite de la campagne dépend également de la capacité à maintenir des bulbes sains durant le stockage. Or, les maladies cryptogamiques – en particulier le botrytis – sont une menace sérieuse, d’autant plus si la protection phytosanitaire en cours de culture a été insuffisante ou mal positionnée.
Conditions favorables aux botrytis
Deux espèces fongiques sont principalement responsables des dégâts sur oignon :
– Botrytis allii, agent de la pourriture du collet, se développe en fin de cycle, pénètre par les tissus blessés ou mal cicatrisés, et évolue silencieusement durant le stockage.
– Botrytis cinerea, pathogène plus généraliste, peut également provoquer des pourritures, notamment en conditions humides.
Ces champignons sont favorisés par :
- une maturité physiologique insuffisante au moment de l’arrachage ;
- des conditions humides en fin de cycle ;
- des blessures lors de la récolte ou du tri ;
- une cicatrisation incomplète avant le stockage ;
- une protection phytosanitaire lacunaire ou inadaptée.








Anticiper dès la phase culturale
La maîtrise du botrytis ne peut se limiter à l’entrepôt. Elle commence dès la culture, avec une stratégie de protection raisonnée, construite autour de plusieurs piliers :
1. Hygiène de la parcelle et gestion de l’irrigation
- éviter les rotations trop courtes avec d’autres alliacées ;
- favoriser un dessèchement homogène du feuillage en fin de cycle ;
- réduire l’humidité excessive par une gestion rigoureuse de l’irrigation (surtout en aspersion).
2. Équilibre nutritionnel et robustesse physiologique
Une nutrition bien équilibrée tout au long du cycle est indispensable pour renforcer la tolérance naturelle des plantes au botrytis. Les excès d’azote, notamment en fin de cycle, favorisent les tissus tendres et humides, plus sensibles à l’attaque du champignon. À l’inverse, une fertilisation trop faible ou déséquilibrée peut affaiblir la plante et retarder la sénescence. Il est donc crucial d’ajuster les apports d’azote, de potassium, de calcium et d’oligo-éléments en fonction des besoins réels de la culture et de son stade de développement. Une plante bien nourrie développe une structure tissulaire plus résistante, un feuillage plus sain, et un collet moins vulnérable aux agressions.
3. Positionnement optimal des fongicides
- Des traitements curatifs trop tardifs sont inefficaces contre le botrytis du collet. L’efficacité dépend de leur bon positionnement préventif, lors des stades sensibles : fermeture du collet, début de sénescence.
- Les matières actives les plus utilisées incluent des fongicides à mode d’action pénétrant et translaminaire, en alternance pour éviter les résistances.
Face à la demande croissante de fruits et légumes plus sains, les stratégies phytosanitaires doivent conjuguer efficacité technique et respect des normes. Cela implique :
– un calendrier de traitements rigoureusement planifié, en respectant les délais avant récolte (DAR) ;
– une traçabilité des matières actives utilisées ;
– l’usage raisonné de solutions alternatives : extraits végétaux, micro-organismes antagonistes, stimulateurs de défenses naturelles…
Certaines exploitations font déjà appel à des solutions à base de Bacillus subtilis, Trichoderma, ou d’huiles essentielles antifongiques, avec des résultats prometteurs si les conditions sont bien gérées.
4. protection intégrée
En complément des fongicides, l’intégration de biostimulants ou de produits renforçant les défenses naturelles peut améliorer la résistance du plant en fin de cycle, particulièrement en contexte de stress.
Sécuriser la récolte et la conservation
Même une culture bien conduite peut aboutir à un échec si les opérations post-récolte ne sont pas maîtrisées. Les précautions suivantes sont essentielles pour prévenir le développement du botrytis durant le stockage :
– arrachage au bon stade : attendre un dessèchement naturel du feuillage, garant d’une maturité physiologique correcte, sans prolonger inutilement la culture pour éviter les surmaturations ou les risques climatiques.
– éviter les blessures : les blessures mécaniques sont la porte d’entrée principale pour le botrytis. Il faut limiter les chocs lors de l’arrachage, du tri et du conditionnement.
– pré-séchage et cicatrisation : un séchage actif, à l’abri de l’humidité, permet de cicatriser les collets. Cette étape est nécessaire pour freiner toute pénétration fongique.
– stockage en conditions contrôlées : maintenir une température stable (idéalement 0 à 2 °C pour l’oignon blanc, autour de 5 °C pour l’oignon jaune), avec une humidité relative < 70 %. De même, il faut assurer une ventilation régulière pour évacuer l’humidité résiduelle.
Maîtriser le botrytis et plus largement les maladies fongiques de conservation, ce n’est pas seulement protéger une culture, c’est garantir une commercialisation réussie des lots pendant plusieurs mois.




