
Par Rachid Azenzem, Chercheur en Protection des Plantes à l’INRA
La pourriture des racines et du collet de l’olivier est une maladie préoccupante qui affecte les oliviers cultivés et sauvages dans plusieurs régions oléicoles à travers le monde. Cette pathologie, causée par des oomycètes, provoque des symptômes tels que le jaunissement des feuilles, la défoliation et un dépérissement progressif des rameaux. Dans les cas les plus graves, elle peut provoquer la mort de l’arbre. Parmi les principaux agents pathogènes responsables, on retrouve des espèces de Phytophthora et de Pythium, qui se développent souvent dans des sols mal drainés et trop humides. L’évolution des pratiques agricoles, combinée aux changements climatiques, semble favoriser l’expansion de cette maladie. Elle a été observée dans de nombreux pays producteurs d’olives, notamment en Espagne, Italie, Grèce, Argentine, Turquie, États-Unis, Égypte, ainsi qu’au Maroc, au Brésil et en Tunisie.
Symptômes de la maladie
Les symptômes de la pourriture des racines et du collet sont bien distincts. L’infection commence généralement par un jaunissement des feuilles, suivi d’une défoliation sévère. Le système racinaire est affecté, avec une réduction de sa masse et des racines qui deviennent noires et friables. Les chancres se forment sur le collet des arbres, marquant une dégradation progressive de la plante. Au fur et à mesure de l’infection, l’arbre perd sa capacité à absorber l’eau et les nutriments, ce qui entraîne une dégradation généralisée de la canopée et, dans les cas extrêmes, la mort de l’arbre.
Agents pathogènes responsables
Les principaux responsables de la pourriture des racines et du collet de l’olivier sont des oomycètes, un groupe d’organismes eucaryotes aquatiques souvent confondus avec les champignons en raison de leur morphologie et de leur mode de reproduction, bien qu’ils appartiennent à un règne distinct. Ces pathogènes se distinguent par leur capacité à prospérer dans des milieux saturés d’eau, ce qui les rend particulièrement redoutables en contexte d’irrigation ou de drainage déficient. Les espèces les plus fréquemment isolées dans les cas de pourriture des racines et du collet chez l’olivier sont Phytophthora nicotianae, P. palmivora, P. megasperma, P. citricola, P. cryptogea, P. oleae, Pythium aphanidermatum, P. schmitthenneri ou encore P. irregulare.
Cycle de la maladie
Le cycle de vie des agents pathogènes responsables de la pourriture des racines et du collet chez l’olivier est étroitement dépendant de l’humidité du sol. Les sporanges des oomycètes produisent des zoospores biflagellées, capables de se déplacer activement dans les films d’eau présents autour des particules du sol. Attirées par les exsudats racinaires, ces zoospores pénètrent les tissus des racines et initient l’infection. Une fois établis, les pathogènes colonisent le système racinaire, entraînant une nécrose étendue et une pourriture de la couronne, ce qui empêche le transport de l’eau et des nutriments vers la canopée. L’arbre commence à dépérir au fur et à mesure que la maladie progresse et que la zone de pourriture des racines s’étend. Les oliviers atteints présentent une croissance réduite et un jaunissement des feuilles, ce qui conduit à un éclaircissement marqué de la canopée et, en fin de compte, à la mort de l’arbre.



Conditions favorables
Les conditions de culture modernes, notamment la plantation sur des sols argileux mal drainés et l’introduction de l’irrigation, peuvent accroître les risques de cette maladie. En effet, les jeunes oliveraies installées sur ces sols saturés d’eau sont particulièrement vulnérables. Les changements climatiques, qui augmentent la fréquence des épisodes de fortes précipitations, exacerbent également le problème, notamment dans les régions où les sols sont sujets à l’engorgement.
Dissémination de la maladie
La dispersion rapide des zoospores est souvent à l’origine de la propagation épidémique de l’inoculum secondaire des maladies à oomycètes d’un hôte à l’autre. La propagation locale se produit généralement après des périodes de fortes pluies, d’inondations ou d’irrigation excessive, en particulier dans les sols mal drainés. Les oomycètes pathogènes des racines libèrent leurs zoospores directement dans le sol où elles nagent dans les films d’eau entourant les particules du sol, attirées par des signaux chimiques provenant de l’hôte. En outre, le transport de sol contaminé par les animaux ou les humains peut propager les oomycètes sur de grandes distances.
Stratégies de gestion de la maladie
Pour lutter contre cette maladie, il est crucial de mettre en place une gestion intégrée, combinant des mesures préventives et curatives. Une bonne gestion de l’eau est essentielle, en particulier dans les vergers cultivés sur des sols susceptibles de s’engorger. Des techniques telles que l’irrigation raisonnée, l’amélioration du drainage des sols et l’utilisation de plates-formes surélevées pour les plantations peuvent réduire les risques de développement de la maladie.
Les mesures sanitaires telles que l’élimination des parties de plantes infectées et la décontamination des outils et équipements agricoles peuvent réduire la transmission de la maladie aux nouveaux oliviers. Pour les nouvelles plantations, il est recommandé d’utiliser des plants de haute qualité, certifiés et exempts de maladies, et d’éviter de les planter dans des sols infestés.
Par ailleurs, l’utilisation de cultivars tolérants ou résistants, ainsi que le greffage sur des porte-greffes résistants, offre une solution à long terme pour réduire la sensibilité des oliviers à cette pathologie. Cette approche génétique représente un axe de recherche prometteur pour la durabilité des systèmes oléicoles.
Certains fongicides systémiques, comme ceux à base de métalaxyl ou de fosétyl-aluminium sont connus pour réduire la nécrose racinaire et limiter la pression de l’inoculum de certains oomycètes chez une variété d’hôtes. Toutefois, il est important de vérifier leur autorisation et les conditions d’utilisation auprès des sources officielles comme l’index phytosanitaire de l’ONSSA. Ces traitements doivent s’inscrire dans une démarche raisonnée, en complément de bonnes pratiques culturales.
Enfin, la lutte biologique constitue une piste prometteuse pour renforcer la santé des oliviers face à ces menaces, notamment par l’utilisation de micro-organismes bénéfiques, tels que certains champignons ou bactéries antagonistes.













