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Mais fourrage : Quelques clés pour la réussite

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Depuis un demi-siècle, le progrès génétique a permis l’arrivée continue sur le marché d’hybrides à haut potentiel. Ces avancées ont généré un gain de rendement moyen estimé à 1,5 % par an. Pour rester compétitifs, les éleveurs doivent donc adapter régulièrement leur assolement en intégrant des variétés plus performantes, sélectionnées selon leurs objectifs de production, leur système fourrager et leur environnement pédoclimatique.

Le choix variétal : levier majeur

Le choix variétal conditionne à la fois le potentiel de rendement et la qualité du maïs fourrage. Ce potentiel ne pourra toutefois s’exprimer pleinement que si les conditions pédoclimatiques de la parcelle sont favorables. L’ensemble des interventions culturales vise justement à préserver ce capital génétique en minimisant les effets contraignants du milieu, afin d’offrir à la plante des conditions de végétation optimales. Même si la culture du maïs reste globalement accessible, elle exige une rigueur technique pour maximiser les performances.

Au moment de sélectionner une variété, l’éleveur doit tenir compte de deux dimensions essentielles : les contraintes locales de production et ses propres objectifs fourragers. Chaque situation impose une hiérarchie spécifique des critères de choix.

La précocité reste le paramètre central. L’objectif est d’atteindre un taux de matière sèche de 30 à 35 % sur plante entière au moment de l’ensilage. En zone froide, ce critère devient stratégique : il faut pouvoir récolter au minimum à 28 % MS, y compris lors d’années défavorables, et idéalement avant le 15 octobre. À l’inverse, dans les zones plus chaudes ou mieux exposées, une variété trop précoce risquerait de sous-exploiter le potentiel climatique de fin de cycle.

Le rendement plante entière constitue le second critère majeur. Au-delà du niveau de production, la régularité interannuelle est recherchée pour garantir un approvisionnement fourrager constant, même en conditions difficiles. En zones pluvieuses, ventées ou sujettes à des récoltes tardives, la résistance à la verse devient un critère décisif pour sécuriser à la fois le rendement et la qualité du fourrage.

Enfin, la valeur énergétique, exprimée en UFL/kg MS, reste le principal critère zootechnique. Elle dépend à la fois du profil variétal et des conditions de végétation. D’où l’importance de réaliser une analyse à la récolte, indispensable pour construire une ration équilibrée et optimisée pour les performances laitières.

De nombreux producteurs choisissent d’implanter des bandes d’essai directement sur leur exploitation, afin de comparer les performances des nouveaux hybrides à haut potentiel avec celles de variétés déjà éprouvées. Cette approche pragmatique permet d’observer le comportement des plantes dans les conditions réelles de l’exploitation — sol, climat, itinéraire technique — et d’en tirer des enseignements concrets.

Toutefois, il est important de rappeler qu’un choix variétal raisonné ne peut se fonder sur un seul site ou une seule année. La performance d’un hybride doit être validée sur la base de résultats reproductibles, obtenus dans plusieurs contextes pédoclimatiques, et répétés sur au moins deux campagnes. Cela permet de s’assurer non seulement du niveau de rendement, mais aussi de la stabilité du comportement variétal face aux aléas.

Avant de décider la culture d’un hybride sur une surface significative, il est donc fortement recommandé de croiser les observations de terrain avec les résultats issus d’essais multi-sites, menés par des instituts techniques, des coopératives ou des réseaux de sélectionneurs. Ce croisement d’informations offre une meilleure garantie de performance agronomique et de sécurité économique.

Tenir compte des enjeux climatiques

Le maïs étant une culture estivale, une réduction de la disponibilité en eau affecte directement son cycle végétatif et la croissance de la plante. Pour favoriser son adaptation au changement climatique, les chercheurs explorent plusieurs pistes, dont l’une consiste à analyser les pratiques en vigueur dans des régions plus arides. En étudiant les variétés cultivées et les itinéraires techniques utilisés, ils cherchent à transposer certaines méthodes sous nos latitudes : ajustement des dates de semis, gestion des densités, stratégies d’irrigation. Les variétés sélectionnées devront supporter à la fois les fortes chaleurs estivales et les températures plus basses en début de cycle. La stratégie dite d’« évitement » vise justement à avancer les semis afin de décaler les stades sensibles de la culture hors des pics de chaleur.

Par ailleurs, l’évolution climatique s’accompagne d’une modification du contexte parasitaire, avec des risques accrus de maladies et d’insectes. Les variétés et les itinéraires techniques devront intégrer cette pression croissante, appelée à s’intensifier avec la hausse des températures.

Récolter au bon stade

La récolte est une étape décisive pour que la quantité et la qualité du maïs fourrage, construites au champ, soient préservées jusqu’à l’auge de l’animal. Le respect des bonnes pratiques en garantit le succès. Le stade de récolte conditionne le rendement, le taux de matière sèche et la composition chimique de la plante, avec un objectif situé entre 30 et 35 % de MS. Il représente un équilibre entre la proportion de grains et la qualité des tiges. Le maïs fourrage se récolte lorsque la plante est encore verte et que les grains ne sont pas entièrement mûrs. Il s’agit de trouver le bon compromis entre la digestibilité par les animaux, la qualité de conservation et le niveau d’amidon. La principale difficulté pour l’agriculteur est de définir la date optimale, en s’appuyant notamment sur le taux d’amidon et le suivi du cumul des températures.

L’amidon des grains existe sous trois formes : laiteux, pâteux et vitreux. Leur répartition renseigne sur le stade de maturité. Le moment idéal de récolte correspond à une répartition équilibrée en trois tiers dans les grains des couronnes centrales de l’épi.

Un fourrage trop sec compromet le tassage au silo, ce qui augmente la circulation d’air et peut entraîner une dégradation des sucres. À l’inverse, un fourrage trop humide provoque des écoulements riches en sucres, synonymes de pertes. Une fois la date arrêtée, la récolte se fait à l’aide d’une ensileuse qui hache la plante entière. La finesse du hachage doit permettre un bon tassement tout en conservant une longueur suffisante pour favoriser la mastication. Ainsi stabilisé, le fourrage peut être conservé plus de douze mois.

Conserver sans rien perdre

La finesse de hachage répond à un double objectif : assurer un bon tassement du silo tout en conservant une longueur de brins suffisante pour favoriser la mastication des vaches. Les fragments trop longs, supérieurs à 20 mm, sont indésirables et ne doivent pas dépasser 1 % du volume total. Leur présence signale un mauvais réglage de l’ensileuse, nuit au tassement et entraîne des refus à l’auge. À l’inverse, un hachage trop fin réduit l’efficacité de la ration. L’amidon vitreux, caractéristique des maïs récoltés à plus de 32 % de MS, nécessite d’être bien fragmenté pour optimiser sa digestibilité. C’est le rôle des éclateurs de grains présents sur la majorité des ensileuses actuelles.

Pour limiter la contamination du fourrage par la terre, il est recommandé d’utiliser des silos sur sol bétonné et d’aménager des voies d’accès stabilisées à proximité (empierrement, enrobé, béton…). Une bonne conservation repose sur l’absence d’oxygène dans le silo, condition indispensable à la réussite des fermentations. Le tassement doit donc être soigné.

La fermeture du silo vise à protéger le fourrage de l’air pendant toute la durée de stockage. Elle s’effectue le jour même de la récolte et doit être aussi hermétique que possible. Une bâche plastique bien appliquée et solidement maintenue remplit cette fonction. Les pertes les plus importantes surviennent à l’ouverture, au niveau du front d’attaque. Pour les limiter, il est essentiel d’avancer suffisamment vite dans le silo afin de rester en avance sur la reprise des fermentations. Les valeurs de progression recommandées sont d’environ 10 cm par jour en hiver et 20 cm par jour en été.

Des rations équilibrées pour les bovins

Le maïs fourrage est avant tout une source d’énergie pour les bovins. Dans une ration pour vache laitière, il peut apporter jusqu’à 80 % de l’énergie nécessaire à l’entretien et à la production. Le maïs fourrage n’est jamais distribué seul aux vaches laitières, parce qu’il est déficitaire en protéines, en minéraux et en vitamines. Pour être bien valorisé, il doit donc au minimum, être associé à un correcteur azoté, minéral et vitaminique de manière à couvrir les besoins de production et assurer un bon fonctionnement digestif. La ration des vaches laitières doit en même temps être appétante, pour que l’ingestion d’éléments nutritifs couvre les besoins, et assurer un bon fonctionnement digestif. Il faut donc veiller à la qualité « hygiénique » de la ration, c’est-à-dire à sa capacité à être bien digérée, sans perturber l’équilibre microbien du rumen. Autrement dit, la ration doit avoir une « fibrosité » suffisante. En pratique, il a été mis en évidence qu’une bonne ration pour vache laitière contient entre 22 et 28 % d’amidon. On devra donc éventuellement associer au maïs une source de fibres (fourrage ou concentré) de façon à respecter la teneur en amidon. 22 % d’amidon dans la ration permet une bonne digestion des fibres végétales dans le rumen. Mais l’ingestion peut être limitée par l’encombrement des fourrages. Ce type de ration convient pour les niveaux de production faibles et moyens. Au-delà de 28 % d’amidon dans la ration, des signes avant-coureurs de l’acidose peuvent apparaître.

Concernant les jeunes bovins, l’ensilage de maïs, associé à une céréale et à un correcteur azoté, a été la base du développement de l’engraissement depuis des décennies. On peut dire que la vitesse de croissance moyenne sur la période d’engraissement d’animaux de race à viande varie proportionnellement à la densité énergétique des rations. C’est pourquoi, une bonne ration pour bovins à l’engraissement peut contenir jusqu’à 38 % d’amidon.

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