La période de fin d’hiver constitue une étape clé dans la stratégie sanitaire du verger d’avocatier. L’objectif est de réduire au maximum la pression d’inoculum avant le redémarrage végétatif du printemps, sécuriser les plaies de taille et éviter la combinaison la plus destructrice pour l’avocatier, à savoir humidité persistante, blessures fraîches et arbres affaiblis. À ce stade de la saison, de nombreuses contaminations ne sont pas encore visibles sur la partie aérienne. Pourtant, les foyers sont déjà présents dans le bois ou dans le sol. Le travail réalisé en février permet souvent d’éviter des pertes importantes plusieurs mois plus tard.
Botryosphaeria et complexes de maladies de bois
Les Botryosphaeriaceae, responsables de chancres, de dépérissements de rameaux et de phénomènes de dieback, sont de plus en plus fréquemment observées dans différents bassins de production. Leur dynamique d’infection est étroitement liée à la présence de plaies, qu’elles soient dues à la taille, à la grêle, aux frottements mécaniques ou à divers stress physiologiques.
Le bois mort joue un rôle central dans ce processus. Il constitue à la fois un réservoir d’inoculum et une porte d’entrée privilégiée pour d’autres agents pathogènes. Les travaux récents montrent également que plusieurs espèces différentes peuvent être impliquées simultanément, ce qui explique la diversité des symptômes observés sur le terrain et la difficulté à raisonner une protection basée sur un seul mode d’action.
Sur le terrain, certains signes doivent alerter rapidement. Les rameaux peuvent sécher brutalement en “drapeau”, avec un dépérissement sectoriel bien visible. Des chancres et crevasses peuvent apparaître sur le bois, parfois accompagnés d’exsudats ou de brunissements sous l’écorce. La présence persistante de bois mort dans la canopée constitue un indicateur fort de risque sanitaire et un point de départ fréquent des contaminations secondaires.
Taille sanitaire raisonnée
La taille sanitaire doit être réalisée dans de bonnes conditions climatiques. Il est préférable d’intervenir par temps sec, sur un bois non gorgé d’eau, afin de limiter les risques de contamination des plaies fraîches.
Les coupes doivent être réalisées largement en dessous des zones nécrosées, jusqu’à retrouver un bois sain, de couleur normale. Multiplier les petites coupes superficielles est contre-productif, car cela augmente le nombre de plaies sans éliminer complètement les tissus infectés.
Le bois malade doit être sorti de la parcelle. Le broyage et le dépôt au pied des arbres peuvent maintenir une source active d’inoculum, en particulier lorsque l’agent pathogène est encore présent dans les tissus.

Organisation du chantier
La désinfection régulière des outils entre les zones suspectes permet de limiter la propagation mécanique des agents pathogènes. L’organisation du chantier de taille joue également un rôle important. Il est recommandé de commencer par les parcelles ou blocs les plus sains et de terminer par les zones présentant des symptômes, afin de réduire les risques de contamination croisée.
Gestion du stress
Un arbre soumis à un stress hydrique, salin ou racinaire cicatrise moins bien et devient plus réceptif aux infections. La lutte contre les maladies de bois ne se limite donc pas à des interventions de surface. Elle commence par la remise en état du système sol-racines, par une gestion équilibrée de l’eau et par la réduction des contraintes physiologiques qui affaiblissent les tissus.
Pourriture racinaire à phytophtora de l’avocatier
La forte dynamique de croissance de la filière avocat au Maroc s’est accompagnée d’une montée progressive des contraintes sanitaires, en particulier au niveau du système racinaire. Parmi les problèmes les plus redoutés figure la pourriture des racines causée par Phytophthora cinnamomi, aujourd’hui reconnue comme la principale maladie racinaire affectant l’avocatier dans les bassins de production marocains.
Présente dans plusieurs régions productrices, notamment le Loukkos, le Gharb, Larache, cette maladie compromet la longévité des vergers, réduit les rendements et entraîne, dans les cas sévères, la perte totale des arbres. Sa gestion impose une approche globale intégrant le sol, l’eau, le matériel végétal et les pratiques culturales.


Nature de l’agent pathogène
Phytophthora cinnamomi n’est pas un champignon au sens strict du terme. Il appartient au groupe des oomycètes, des micro-organismes proches des algues, dont le développement est fortement lié à la présence d’eau libre dans le sol. Cette particularité explique en grande partie son lien étroit avec les excès d’humidité, les sols mal drainés et les erreurs de pilotage de l’irrigation.
L’organisme vit dans le sol et colonise en priorité les racines fines, responsables de l’absorption de l’eau et des éléments minéraux. Il est capable de produire différentes structures de survie, notamment des chlamydospores et des oospores, qui lui permettent de persister plusieurs années dans le sol, même en l’absence de plante hôte. Lorsque les conditions redeviennent favorables, en présence d’humidité et de températures modérées, ces structures germent et donnent naissance à des formes mobiles capables de se déplacer dans les films d’eau du sol et de contaminer de nouvelles racines.
Dans les vergers irrigués en goutte-à-goutte, les zones humides permanentes situées autour des goutteurs constituent souvent des foyers privilégiés de développement du pathogène.
Conditions favorisant la maladie
Au Maroc, la pourriture racinaire de l’avocatier est rarement liée à une seule cause. Elle résulte généralement d’une combinaison de facteurs agronomiques et environnementaux. Les sols lourds, argileux ou compactés, mal structurés et à faible porosité favorisent l’asphyxie racinaire et créent des conditions propices à l’installation du pathogène. Les parcelles situées en bas-fonds, les zones recevant des ruissellements ou présentant des nappes superficielles sont particulièrement exposées.
La gestion de l’irrigation joue également un rôle déterminant. Les apports excessifs, les irrigations longues et fréquentes, l’absence de périodes de ressuyage du sol et les défauts de drainage aggravent fortement le risque. Dans certains vergers intensifs, la recherche de croissance rapide et de rendements élevés conduit à maintenir en permanence une humidité excessive autour du système racinaire, ce qui affaiblit l’arbre et favorise l’infection.



La salinité de l’eau et du sol constitue un facteur aggravant indirect. Le stress salin affaiblit les racines et réduit leur capacité de défense naturelle, rendant les arbres plus sensibles aux attaques de Phytophthora.
Enfin, l’introduction de plants contaminés en pépinière ou l’utilisation de matériel et de sols infectés lors des travaux agricoles contribuent à la dissémination de la maladie à l’échelle des exploitations.
Symptômes et évolution de la maladie
La pourriture racinaire se développe souvent de manière progressive, ce qui rend son diagnostic précoce difficile. Les premiers symptômes apparaissent généralement au niveau de la partie aérienne de l’arbre.
On observe une perte de vigueur, un ralentissement de la croissance, un jaunissement diffus du feuillage et une réduction de la surface foliaire. Les feuilles peuvent devenir plus petites, moins brillantes et présenter un aspect terne. Dans les stades plus avancés, une chute prématurée des feuilles se produit, parfois accompagnée d’un dessèchement partiel des rameaux.
Au niveau du système racinaire, les racines fines brunissent, se nécrosent et deviennent cassantes. Leur destruction entraîne une forte diminution de l’absorption hydrique et minérale. L’arbre entre alors dans un cercle vicieux de stress hydrique et nutritionnel.
En période estivale, lorsque les besoins en eau sont élevés, les arbres atteints présentent souvent un flétrissement brutal en pleine journée, même lorsque le sol semble humide. Ce phénomène est lié à l’incapacité du système racinaire dégradé à assurer l’alimentation hydrique de la frondaison. Dans les cas sévères, la mortalité peut survenir en quelques semaines.
Impact économique sur la filière
Les pertes liées à Phytophthora cinnamomi ne se limitent pas à la mortalité directe des arbres. La maladie provoque également une baisse progressive de productivité, une réduction du calibre des fruits et une diminution de la qualité commerciale.
Dans les vergers jeunes, une infection précoce peut compromettre l’installation des arbres et retarder fortement l’entrée en production. Dans les vergers adultes, elle entraîne une chute du rendement par arbre et une hétérogénéité de production au sein des parcelles.
À l’échelle de l’exploitation, les coûts indirects sont élevés : remplacement des plants morts, perte de production sur plusieurs campagnes, interventions correctives sur le sol, adaptation des systèmes d’irrigation et renforcement du suivi sanitaire.
Prévention et gestion
La lutte contre la pourriture racinaire repose avant tout sur la prévention. Une fois le pathogène installé dans le sol, son élimination complète devient très difficile. Le choix du terrain constitue la première ligne de défense. Les parcelles bien drainées, à structure aérée et à bonne infiltration de l’eau offrent des conditions moins favorables au développement de la maladie. Lorsque les sols sont lourds, la mise en place de billons, de drains ou de systèmes de surélévation des lignes de plantation permet d’améliorer l’aération du système racinaire.
La gestion de l’irrigation doit être raisonnée. Il est recommandé d’adapter les volumes et les fréquences d’arrosage aux besoins réels de la culture et aux caractéristiques du sol. Les cycles d’irrigation doivent permettre des phases de ressuyage entre deux apports afin d’éviter la saturation prolongée de la zone racinaire.
L’amélioration de la structure du sol par des apports réguliers de matière organique bien compostée contribue à augmenter la porosité, la stabilité des agrégats et l’activité biologique bénéfique. Il est toutefois important d’éviter l’accumulation excessive de matière organique fraîche au niveau du collet, qui peut maintenir une humidité excessive et favoriser d’autres pathogènes.
Les blessures mécaniques au collet et aux racines doivent être limitées lors des travaux culturaux. Les zones endommagées constituent des portes d’entrée privilégiées pour Phytophthora.
Le contrôle sanitaire du matériel végétal est également déterminant. L’utilisation de plants certifiés, produits dans des pépinières respectant des protocoles sanitaires stricts, réduit considérablement le risque d’introduction du pathogène dans de nouvelles plantations.
Porte-greffes tolérants
Dans les systèmes modernes de culture, le choix du porte-greffe constitue un outil important pour limiter l’impact de la maladie. Certains porte-greffes présentent une meilleure tolérance à Phytophthora cinnamomi grâce à une architecture racinaire plus vigoureuse et une capacité accrue de régénération des racines fines.
Même si aucun porte-greffe n’est totalement résistant, l’utilisation de matériel génétique tolérant permet de réduire la vitesse de progression de la maladie et d’améliorer la survie des arbres en conditions à risque.
Approches biologiques
Des solutions biologiques basées sur l’utilisation de micro-organismes antagonistes, comme certains Pythium bénéfiques ou bactéries du sol, sont actuellement testées dans différents pays producteurs, y compris dans le bassin méditerranéen. Ces approches visent à renforcer la compétition microbienne dans la rhizosphère et à stimuler les mécanismes de défense naturelle des plantes.
Toutefois, dans les conditions marocaines, leur efficacité reste variable et dépend fortement du type de sol, de la gestion de l’irrigation et de la pression initiale du pathogène. Elles doivent être considérées comme un complément aux pratiques agronomiques, et non comme une solution unique.
Verticillium : prévention et hygiène
Dans le cas du Verticillium, il n’existe pas de solution curative réellement fiable. Certains arbres peuvent montrer des capacités de récupération, mais la stratégie repose avant tout sur la prévention. L’historique parcellaire, les cultures précédentes et les rotations jouent un rôle important dans le niveau de risque.
Lorsque des symptômes apparaissent, l’élimination ou la taille du bois atteint peut limiter la progression, mais la vigilance doit aussi porter sur le transfert mécanique du pathogène par les outils, le sol ou les mouvements de matériel.

Sur avocatier, la gestion du Verticillium repose donc sur plusieurs axes :
– un diagnostic précis basé sur les symptômes de flétrissement sectoriel ou total et la présence de stries brunâtres dans les tissus vasculaires,
– une organisation sanitaire rigoureuse du chantier
– une conduite culturale visant à limiter les stress et à favoriser la capacité de reprise des arbres atteints lorsque cela reste possible.
Protocole “nettoyage fin d’hiver”
– Marcher la parcelle après un épisode pluvieux afin d’identifier les zones qui restent humides pendant 48 à 72 heures.
– Ouvrir des trous d’observation racinaire dans ces zones et vérifier l’état des racines fines.
– Prioriser les actions sur le drainage et la gestion de l’eau avant toute relance nutritionnelle.
– Programmer la taille sanitaire dans une fenêtre climatique sèche et organiser le chantier du bloc sain vers le bloc malade.
– Évacuer systématiquement le bois mort et les tissus nécrosés hors de la parcelle.
– Mettre en place un protocole d’hygiène pour les outils et la circulation du personnel.













