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Nématodes à galles : Résoudre le problème à la racine !

Par Dr Fouad Mokrini, Ingénieur en chef principal INRA-Rabat 

Les Meloidogyne ou nématodes à galles sont un vrai fléau des cultures maraîchères sous-serre et en plein champ. La lutte contre ces parasites est très difficile à cause de leur polyphagie, leur résistance aux conditions environnementales adverses, la présence de différentes espèces en mélange et la diversité des sources de contamination. Une bonne connaissance de leur cycle de vie peut permettre d’adapter la stratégie de lutte et de trouver des alternatives intéressantes par rapport à la lutte chimique classique, conformément aux nouvelles règlementations et directives de plus en plus restrictives. 

[dropcap color=”#” bgcolor=”#” sradius=”0″]L[/dropcap]e genre Meloidogyne se subdivise en plusieurs espèces, toutes phytophages, dont les plus répandues dans la région de Souss-Massa, sont : M. javanica et M. incognita. Les symptômes typiques d’un dommage causé par les nématodes à galle sont une réduction du système racinaire, une distorsion de la structure racinaire ou l’augmentation du diamètre des racines et la présence de galles. Ces racines endommagées sont souvent moins efficaces pour absorber l’eau et les nutriments ce, qui peut entrainer un système racinaire faible et une sensibilité accrue au stress hydrique. La plante va alors jaunir, flétrir et une perte en rentabilité sera observée. Ces symptômes s’apparentent à des déficiences nutritionnelles d’une plante cultivée sur un sol « fatigué ». Les dégâts causés chaque année aux différentes espèces maraîchères cultivées (solanacées, cucurbitacées, légumineuses…) dans la région du Souss-Massa, particulièrement sous abri-serre, sont considérables.

Ecologie et cycle de vie

Les nématodes sont dotés d’un grand pouvoir de multiplication qui leur permet d’envahir rapidement les racines des plantes sensibles sur lesquelles ils provoquent des galles. Les masses d’œufs contiennent des larves Meloidogyne de stade J1 (Juvenile 1). Une fois écloses, les larves libres J2 (Juvénile 2) sont des parasites obligatoires qui ne peuvent continuer leur cycle au stade adulte qu’à l’intérieur des racines d’une plante-hôte. Pour cela, elles vont nager dans la pellicule d’eau entourant les particules du sol. Après avoir pénétrés (grâce à leurs stylets) dans les racines soit par l’apex, soit par des zones de pénétration antérieures, soit par des petites lésions sur des racines, les juvéniles se déplacent intra- et inter-cellulairement. Elles vont ainsi se mouvoir jusqu’au cylindre central le long duquel elles vont s’immobiliser et établir des sites nourriciers permanents dans la zone de différenciation des cellules de la racine. Chaque site est constitué de plusieurs cellules géantes. Cette formation des cellules géantes perturbe les vaisseaux du xylème.

Les juvéniles subissent trois autres mues avant de devenir des adultes sexués qui vont alors présenter un fort dimorphisme : les mâles vont rester vermiformes et libres tandis que les femelles vont devenir pyriformes et sédentaires, la tête logée dans les cellules géantes. Puis les femelles vont pondre des œufs (environ 500/masse) réunis par une substance gélatineuse en une masse à l’intérieur de laquelle on peut trouver des œufs à tous les stades de leur développement, depuis le stade unicellulaire jusqu’aux juvéniles prêts à éclore. 

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Stratégie de lutte contre les nématodes

Aucune méthode de lutte ne suffit à elle seule pour éradiquer les nématodes du genre Meloidogyne associées aux cultures maraichères. Cependant, quand elle est bien appliquée, la lutte chimique permet d’atteindre des résultats satisfaisants, dans le cadre d’un programme de lutte intégrée qui combine les différentes mesures permettant de réduire les densités de nématodes en dessous des niveaux dommageables pour une culture donnée.

Mesures prophylactiques

Ces mesures n’éliminent pas les nématodes, mais aident à limiter leur propagation. Il s’agit notamment d’assurer une conduite technique appropriée durant tout le cycle des cultures, depuis le semis jusqu’à l’arrachage des plantes, tout en contrôlant les déchets et les adventices aux abords et à l’intérieur des serres.

– L’indice de galle permet d’établir une cartographie de l’infestation du genre Meloidogyne en fin de culture. Il permet de mieux apprécier l’état d’infestation d’une parcelle par les nématodes à galle après l’arrachage. Cette méthode donne des informations très précises sur la distribution des foyers d’infestation, et sur l’efficacité des différentes mesures appliquées pour contrôler les niveaux des populations. Ces résultats permettent aux maraîchers de faire le bon choix des produits phytosanitaires, des doses et des outils de leur application sur les cultures.

– Réaliser des analyses nématologiques des parcelles avant d’entamer l’opération de plantation.

  • La solarisation des sols permet de soumettre les pathogènes à la dessiccation et également réduire la densité d’inoculum.

– Analyser le fumier d’élevage utilisé au début de la campagne car il ne doit pas contenir de nématodes phytoparasites.

– Qualité sanitaire des plants issus de pépinière : les spécialistes de la protection phytosanitaires insistent auprès de la profession pour s’assurer par des analyses supplémentaires, de l’absence de nématodes dans le substrat qui va être utilisé pour l’élevage et la production de plants certifiés.

– Réaliser des analyses nématologiques de l’eau d’irrigation pour s’assurer de l’absence des nématodes phytoparasites.

  • L’arrachage de chaque plant infecté, la destruction de sa racine après isolement. Une racine laissée au sol permet d’incuber l’inoculum et de préserver les populations de nématodes.

Désinfection chimique

La désinfection avant chaque campagne permet de repartir « de zéro » au niveau du sol. La lutte chimique est le moyen le plus pratique et qui donne immédiatement un excellent résultat sur les nématodes et en particulier les Meloidogyne. Le producteur à ainsi la possibilité d’intervenir avant plantation et après plantation.

Avant la plantation

Plusieurs nématicides fumigants sont disponibles sur le marché marocain comme le comme le 1,3- Dichloropropene seul ou en mélange avec la chloropicrine, le Disulfure de diméthyle et le Métam-Sodium. Le choix des produits doit être basé sur la présence effective des agents pathogènes dans une exploitation agricole donnée (nématodes, champignons, bactéries), mais aussi sur l’importance économique de la culture visée. Ces produits sont très toxiques et leur application pour désinfecter le sol, doit être faite 2 à 4 semaines avant la plantation.

En post-plantation

Afin d’adapter la méthode de lutte, il est fortement conseillé d’effectuer des analyses nématologiques deux mois après la plantation. Cette action permet de quantifier la densité des larves du deuxième stade de Meloidogyne bien avant qu’elles ne pénètrent dans les racines et forment des galles. Si la densité de nématodes détectés dépasse le seuil de nuisibilité, un traitement avec des nématicides non fumigants s’avère obligatoire afin de limiter la multiplication de ces larves. Malheureusement, dans la région du Souss Massa, la plupart des producteurs interviennent après la détection des galles sur racines, ce qui rend la lutte plus difficile, malgré le nombre élevé des traitements réalisés pendant le cycle de culture.

Les nématicides de post plantation homologués au Maroc sont généralement formulés en granulé ou en concentrés émulsifiables ou solubles dans l’eau pour passer via le système d’irrigation, et sont habituellement appliqués en les incorporant dans le sol. Comme ces produits n’affectent que la couche superficielle du sol, soit 30-40cm de profondeur, il est conseillé de procéder à des interventions répétitives et ciblées.  

Produits de biocontrôle

Le biocontrôle, fondé sur la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication, peut contribuer à la protection des plantes en privilégiant l’utilisation de mécanismes et d’interactions naturels avec des macro et micro-organismes, des substances naturelles et des médiateurs chimiques, tels que les phéromones.

Un certain nombre de micro-organismes prédateurs, parasites, nématicides des nématodes à galles ont été expérimentés sur diverses plantes (champignons, bactéries). De même, plusieurs extraits de plantes perturbent le développement des nématodes notamment à galles. Ces produits montrent leurs avantages avec des délais avant récolte souvent très courts, pas de résidus (et donc pas de LMR), un faible risque (notamment pour l’applicateur). En revanche, ils sont nouveaux et donc il faut apprendre à les utiliser (positionnement, efficacité, compatibilité avec d’autres spécialités). Ils sont vivants avec des conditions d’emploi parfois plus spécifiques. Au Maroc, plusieurs nématicides biologiques de post plantation à base des micro-organismes (Bacillus subtilis, Paecilomyces lilacinus strain 251) ou bien à base des extrais de plantes (extrait d’ail, Azadirachtine, Huile de sésame) sont actuellement disponibles sur le marché, offrant un plus grand choix aux maraichers.

Autres alternatives

A travers le monde, plusieurs méthodes de lutte alternatives ont été envisagées pour contrôler les nématodes comme la solarisation, les rotations, les variétés résistantes, des plantes à effet nématicide, des auxiliaires naturels, etc.

 

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