Le marché des fruits rouges connaît aujourd’hui des mutations rapides et diversifiées, portées par l’innovation, les nouvelles pratiques agricoles et l’évolution des habitudes de consommation. Des fraises hollandaises à la production sous abri aux myrtilles sud-africaines qui repensent leur positionnement sur le marché mondial, en passant par la croissance spectaculaire de la consommation britannique et les expérimentations technologiques pour améliorer goût et rendement, la filière se transforme en profondeur. Ces évolutions illustrent l’importance de la qualité, de la traçabilité et de l’adaptation aux attentes des consommateurs, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour producteurs et distributeurs.
Fraises hollandaises : la production double, malgré la contraction des surfaces
Aux Pays-Bas, la production de fraises montre une dynamique surprenante : en quinze ans, elle a doublé, aboutissant à plus de 86.000 tonnes en 2024, et ce malgré une réduction de la surface cultivée totale de l’ordre de 15 %, désormais estimée à 1 400 hectares.
Cette évolution s’explique principalement par le développement rapide de la culture sous serre ou sous tunnels plastiques, qui représente désormais environ 75 % de toute la production, contre seulement 50% en 2010. L’espace couvert, sous serre ou tunnel, a plus que doublé depuis 2010 pour atteindre 602 hectares, et la production issue de ces systèmes a été multipliée par trois, culminant à 66.000 t.
Par contraste, les cultures de fraises en plein champ ont vu leur superficie reculer de 44 % pour se concentrer autour de 758 ha en 2024. Pourtant, la production en champ ne diminue que légèrement, de l’ordre de 4,2 %, pour atteindre un peu plus de 20.000t. La faible baisse de rendement en champ, malgré la forte contraction des surfaces, souligne l’efficacité des méthodes mises en place.
En 2025, les surfaces en champ ont continué à décliner, à 724 ha, tandis que les structures protégées connaissent également une légère baisse, puisque les surfaces sous serre ou tunnel passent à 591 ha (–1,8 % par rapport à 2024).
Cette mutation vers la production sous abri reflète une stratégie orientée vers la qualité, la maîtrise des conditions environnementales et le rendement. Les fraisiers cultivés en environnement contrôlé permettent de limiter les pertes liées aux conditions climatiques adverses, d’étendre la période de production, et de mieux répondre à la demande de marchés exigeants en matière de constance et de fraîcheur.
Myrtilles sud-africaines : entre défis et opportunités sur le marché mondial
L’industrie sud-africaine de la myrtille retrouve un souffle nouveau après plusieurs campagnes difficiles marquées par la baisse des volumes et le retrait de nombreux petits producteurs. D’après l’association des producteurs, les perspectives pour la saison à venir apparaissent encourageantes, avec le Cap-Occidental qui reste le cœur de la production nationale.
En 2024, l’Afrique du Sud a exporté près de 22 000 tonnes de myrtilles, principalement à destination du Royaume-Uni et de l’Europe. Le pays mise sur l’introduction de variétés précoces dans les zones septentrionales, ce qui permet d’étendre la période de commercialisation et d’améliorer la réactivité face aux fluctuations de la demande. Cette stratégie vise à consolider une réputation de producteur haut de gamme, gage de différenciation dans un marché de plus en plus compétitif.
La concurrence reste toutefois vive, notamment avec le Pérou, devenu leader mondial. Les restrictions tarifaires récemment appliquées aux exportations péruviennes vers les États-Unis pourraient cependant rediriger une partie de leurs volumes vers l’Asie, libérant ainsi certaines fenêtres sur les marchés traditionnels. L’accès aux destinations asiatiques demeure néanmoins un défi pour l’Afrique du Sud, en raison de contraintes logistiques et de normes sanitaires strictes.
Dans ce contexte, le repositionnement sud-africain illustre plus largement la recomposition du marché mondial de la myrtille. Ces évolutions constituent une source d’enseignement : investir dans des variétés adaptées, renforcer la qualité et la traçabilité et optimiser la logistique demeurent des leviers essentiels pour capter de nouvelles opportunités et consolider les positions déjà acquises en Europe.
Royaume-Uni: un marché en forte croissance
Les myrtilles sont devenues l’un des fruits les plus populaires au Royaume-Uni, avec une consommation annuelle dépassant les 53 000 tonnes. Cette évolution rapide a transformé un produit importé en un secteur stratégique pour la production locale.
Introduites dans les supermarchés britanniques dans les années 1990, les myrtilles ont été commercialisées comme des « super-aliments », faciles à consommer, polyvalentes et riches en bienfaits pour la santé. Leur « snackabilité » – la possibilité de les manger à tout moment sans préparation – a été un facteur clé pour conquérir de nouveaux segments de consommateurs, des enfants aux plus de 55 ans, contribuant ainsi à instaurer une habitude de consommation bien établie.
Les chaînes de distribution telles que Marks & Spencer rapportent des revenus issus des myrtilles supérieurs à ceux générés par les pommes et les poires combinées. Chez Aldi, les paquets de myrtilles se vendent trois fois plus que les oranges. La croissance des ventes au cours des trois dernières années a dépassé 40 %, et les estimations indiquent que le secteur pourrait dépasser un milliard de livres sterling (environ 1,18 milliard d’euros) d’ici la fin de la décennie.
Face à la dépendance croissante aux importations, la production locale de myrtilles a pris de l’ampleur. L’exemple emblématique est celui de Hall Hunter Farms dans le Surrey, qui couvre à elle seule 43 % de l’approvisionnement britannique. L’entreprise est passée de 1 000 tonnes en 2008 à plus de 2 500 tonnes aujourd’hui, avec l’objectif d’atteindre 4 000 tonnes grâce à de nouvelles plantations et à des variétés mieux adaptées au climat local.
L’adoption de technologies avancées – telles que des machines de récolte automatisées d’une capacité de 600 kg/heure et des systèmes de sélection basés sur l’intelligence artificielle – représente une étape supplémentaire vers la compétitivité.
Les myrtilles plus fermes gagnent
La fermeté est l’un des critères les plus importants pour l’appréciation des myrtilles par les consommateurs. Les baies croquantes et bien fermes sont généralement préférées aux fruits mous ou pâteux. Mais cet atout ne concerne pas uniquement le goût : une texture ferme facilite aussi la récolte mécanique, ce qui permet de réduire la main-d’œuvre et de limiter les dégâts causés aux fruits.
À l’Université d’État de Caroline du Nord, des chercheurs étudient de nouvelles façons d’évaluer la fermeté des myrtilles. Plutôt que de se limiter à des mesures simples, ils utilisent des appareils capables d’analyser différents aspects de la texture : la résistance de la peau, celle de la pulpe et la capacité du fruit à retrouver sa forme après une pression. Ces mesures donnent une image plus complète du comportement du fruit et permettent de mieux comprendre pourquoi certaines baies plaisent davantage aux consommateurs.
Les chercheurs se concentrent sur plusieurs indicateurs :
- la pression nécessaire pour percer la peau, qui est directement liée au croustillant perçu,
- la résistance interne de la pulpe, qui joue sur la sensation en bouche,
- la souplesse de la peau, qui influence la manière dont le fruit évolue pendant le stockage.
Ces éléments aident à prévoir non seulement la qualité gustative, mais aussi la conservation des baies après récolte. Une peau résistante et souple, par exemple, permet de limiter le ramollissement au fil du temps.
Comme la texture des myrtilles dépend de nombreux facteurs génétiques complexes, il reste difficile de la relier à des marqueurs précis. Pour l’instant, la sélection se base donc surtout sur l’observation directe des fruits. En combinant ces nouveaux outils de mesure avec d’autres instruments pratiques, comme les balances ou les systèmes de suivi des fruits, les chercheurs espèrent accélérer la mise au point de variétés plus fermes, plus résistantes et mieux adaptées aux attentes du marché.
La mesure précise de plusieurs composantes de texture offre ainsi une compréhension fine de la qualité des myrtilles. Elle aide producteurs, sélectionneurs et détaillants à répondre aux attentes des consommateurs tout en optimisant les performances industrielles.
L’IA et les bourdons pour des fraises plus sucrées !
Marks & Spencer (M&S) expérimente une méthode révolutionnaire de pollinisation de précision, alliant intelligence artificielle et bourdons, pour améliorer la qualité et le rendement de ses fraises tout en favorisant la biodiversité.
En collaboration avec un groupe restreint de producteurs sur plusieurs exploitations, M&S teste un système innovant qui surveille en temps réel l’activité des bourdons dans les champs cultivés. Les données collectées permettent aux agriculteurs d’intervenir de manière ciblée, comme le déplacement des ruches ou l’introduction de plantes mellifères, pour attirer davantage de pollinisateurs là où c’est nécessaire.
L’activité des bourdons dans les zones testées a presque doublé, entraînant une distribution plus homogène des fruits et une meilleure uniformité de leur taille. Cette approche vise à produire des fraises plus sucrées, plus constantes et plus respectueuses de l’environnement.
Cette expérimentation s’inscrit dans la vision stratégique de M&S, qui prévoit de devenir neutre en carbone d’ici 2040. Grâce à son Plan A Accelerator Fund, l’enseigne investit chaque année dans des solutions innovantes et durables.
Si les résultats continuent de confirmer les premières observations, la pollinisation de précision pourrait ouvrir la voie à une culture plus durable et efficace d’autres fruits rouges tels que les myrtilles, les framboises et les mûres.
Une conférence européenne de référence pour les myrtilles
Milan s’apprête à accueillir la 2ᵉ European Blueberry Growing Conference, un événement technique et commercial important pour l’ensemble des professionnels de la filière myrtille. Organisée par Agroconsulenze – Sergio Panini et CASM Blueberries, cette rencontre confirme son rôle de plateforme d’échanges sur les défis actuels et futurs du secteur.
Au programme de l’édition 2026 figurent des présentations de haut niveau consacrées à la rentabilité des cultures intensives. La conférence mettra en avant les systèmes de production à haute efficacité, avec l’expertise internationale de plusieurs intervenants phares. Une session « Market Link » offrira par ailleurs une occasion unique de dialogue direct entre producteurs, acheteurs et distributeurs, avec la participation d’acteurs de premier plan et de grands distributeurs européens.
Sur trois jours, l’événement proposera un mélange de networking, d’exposition de solutions technologiques et commerciales, ainsi que de consultations techniques personnalisées. Ce format vise à permettre aux producteurs d’aligner leurs pratiques avec les attentes du marché, tant en termes de rendement que de qualité.
La conférence, volontairement sélective avec seulement 120 participants attendus, mettra en avant la valeur de la participation qualifiée. Pour les producteurs de myrtilles du Maghreb, il s’agira d’une opportunité de premier ordre pour appréhender les innovations, anticiper les mutations du marché et renforcer les liens avec les principaux acteurs européens.










