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Surproduction d’olives : l’urgence de finir la récolte pour protéger la campagne suivante

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Surproduction d’olives

La campagne oléicole 2025-2026 au Maroc se distingue par un paradoxe rarement vécu à cette échelle : des volumes annoncés comme historiques, une détente nette des prix à la production et au détail, mais une récolte qui s’étire anormalement dans le temps, freinée par des contraintes très concrètes (pluies, accessibilité des parcelles, tension sur la main-d’œuvre, saturation des circuits de trituration et de collecte). Dans ce type d’« année on » (forte charge), le principal risque n’est pas seulement économique, il est aussi agronomique : laisser les fruits sur l’arbre trop tard, et retarder les opérations de taille et de remise en état physiologique, compromet la différenciation florale et donc la production de la campagne suivante. Autrement dit, l’excès de cette année peut fabriquer le manque de demain.

1) Une surproduction qui déstabilise

En oléiculture, la variable « temps » est déterminante : si la récolte se prolonge au-delà de la fenêtre optimale, la surproduction devient un stress prolongé pour l’arbre (charge maintenue, export de carbone vers le fruit, retard de reconstitution des réserves), et une source de pertes de qualité (oxydation, chocs, surmaturité, fruits au sol) et de valeur (déclassement, acidité/paramètres sensoriels moins favorables, rendement industriel moins régulier).

Le cœur du problème 2025/2026 tient donc moins au volume qu’à la difficulté à clôturer la campagne dans les délais physiologiquement favorables pour l’olivier. Des observations relayées par des acteurs de terrain indiquent que, début février, une partie significative des vergers était encore en cueillette, alors qu’habituellement la récolte se termine fin janvier dans de nombreuses zones. 

2) Menace pour la prochaine production

L’olivier est un arbre qui arbitre en permanence entre trois priorités :

  • finir la maturation et le remplissage des fruits en place,
  • constituer des réserves (glucides, azote organique) dans le bois et les racines,
  • initier et différencier les structures florales de l’année suivante.

Quand la récolte est tardive, l’arbre reste longtemps en mode « soutien du fruit », ce qui retarde la bascule vers la reconstitution des réserves et la préparation de la floraison suivante. Cette réalité est au cœur du phénomène d’alternance : après une année de forte charge, les réserves et la signalisation hormonale associée à la présence de fruits conduisent souvent à une réduction de la floraison l’année suivante, surtout si aucun moyen de régulation n’est appliqué (taille équilibrée, gestion de la charge, nutrition raisonnée, irrigation maîtrisée, parfois éclaircissage dans certains systèmes).

Le point clé, confirmé par la littérature scientifique, est que la date de récolte agit sur la « floraison de retour ». En termes simples : plus on récolte tard, plus on pénalise la floraison et donc le potentiel de récolte de l’année suivante.

Dans le contexte marocain 2025/2026, le résultat probable, si rien n’est fait, est une « double peine » :

  • une partie de la récolte actuelle sera valorisée tardivement et parfois moins bien,
  • la campagne suivante présentera un déficit de floraison, donc une baisse de production. 

3) Le rôle du repos végétatif et de la taille

Les pluies (bénéfiques pour les ressources hydriques et la productivité globale) ont aussi rendu certains vergers temporairement impraticables, retardant la cueillette et toute la séquence post-récolte. Or, le repos végétatif de l’olivier est une phase de rééquilibrage physiologique qui permet :

  • la reconstitution des réserves après l’effort reproductif,
  • la préparation des tissus porteurs de la floraison,
  • la gestion de la structure de la frondaison (lumière, aération, renouvellement du bois fructifère),
  • la réduction de l’inoculum et de certains foyers (bois morts, rameaux cassés, zones de stagnation d’humidité).

La taille, dans ce cadre, est un outil de pilotage de la relation source/puits :

  • trop peu de taille en année on, et l’arbre entretient une frondaison dense qui ombre les zones productives, favorise certains problèmes sanitaires et rend la récolte encore plus difficile,
  • trop de taille sévère, surtout au mauvais moment, et on déclenche une réponse végétative excessive (gourmands), on déséquilibre la charge, et on accentue l’alternance.

La sévérité et le timing de la taille influencent la vigueur, le développement de gourmands, la gestion de l’alternance et, plus largement, l’équilibre entre croissance et reproduction. Dans une année de surproduction où l’on a déjà « tiré » sur l’arbre, le pire scénario est de cumuler :

  • récolte tardive,
  • absence de taille structurante,
  • reprise non maîtrisée au printemps (explosion de gourmands, ombrage, baisse de différenciation florale utile).

4) Clôturer la récolte sans sacrifier 2026/2027

L’objectif n’est pas théorique : il faut sortir d’une logique « on finira quand on pourra » et entrer dans une logique « on finit vite, et on protège le potentiel de floraison ». Les leviers suivants sont pragmatiques et applicables, même tard dans la saison. 

4.1 Prioriser les parcelles à risque physiologique élevé

Toutes les parcelles ne sont pas égales face au risque de baisse l’année suivante. Priorités de récolte (dans l’ordre) :

  • vergers très chargés, surtout ceux connus pour forte alternance,
  • jeunes vergers intensifs/super-intensifs où le pilotage de la régularité est stratégique,
  • parcelles irrigables (car elles ont le potentiel de rebond si on libère l’arbre rapidement),
  • parcelles tardives ou en zones froides où la récolte tardive « mange » la fenêtre utile avant la reprise printanière. 

4.2 Passer en mode « récolte de finition »

Quand la récolte est déjà tardive, il faut limiter les pertes de qualité :

  • éviter les fruits au sol et les mélanges (sol + arbre),
  • réduire les temps d’attente avant trituration (les lots tardifs sont plus sensibles à l’élévation d’acidité et aux défauts),
  • trier plus strictement les lots abîmés pour éviter la contamination sensorielle,
  • organiser des rotations rapides vers les moulins disponibles. 

4.3 Mobiliser la mécanisation là où elle est possible

Même si tous les vergers ne sont pas mécanisables, des solutions intermédiaires existent :

  • peignes/vibreurs portatifs, filets mieux dimensionnés, mini-vibreurs de tronc sur parcelles adaptées,
  • sous-traitance de récolte mécanisée par équipes itinérantes dans les zones modernes,
  • regroupements entre producteurs pour amortir le coût de la prestation.

Le gain recherché n’est pas seulement une baisse de coût, mais une réduction du temps de maintien des fruits sur l’arbre. 

4.4 Une taille de rattrapage intelligente

Si la taille « normale » n’a pas été faite à la période habituelle, la réponse n’est pas de « rattraper en sévère ». Il faut viser :

  • une taille légère à modérée, orientée vers l’aération, la lumière et le renouvellement du bois fructifère,
  • l’élimination ciblée du bois mort, rameaux cassés, et zones trop denses,
  • la limitation de la stimulation excessive de gourmands (éviter les coupes trop grosses et trop nombreuses d’un coup).

Une stratégie efficace en année on tardive est souvent de fractionner la conduite : une intervention d’assainissement et de mise en lumière juste après récolte, puis une finition plus fine plus tard, plutôt qu’un seul chantier agressif. 

4.5 Restaurer l’arbre avant la floraison

Après une forte charge, l’arbre a besoin de retrouver une capacité photosynthétique efficace :

  • maintenir un feuillage fonctionnel (protéger la feuille de fin d’hiver/début printemps),
  • éviter les stress hydriques inutiles dans les systèmes irrigués,
  • raisonner la nutrition pour soutenir la reconstitution des réserves sans pousser une végétation anarchique.

L’idée est de reconstituer des réserves et stabiliser la vigueur. 

5) Mesures collectives

Dans une campagne de surproduction, les réponses individuelles ne suffisent pas. Trois chantiers collectifs ont un impact direct : 

Coordination récolte–trituration

Un dispositif local (coopératives, associations, interprofession, opérateurs) peut :

  • cartographier les capacités de trituration disponibles,
  • étaler les flux,
  • organiser des créneaux dédiés aux lots tardifs pour réduire l’attente,
  • limiter les refus tardifs qui renvoient les producteurs vers des circuits informels dégradant la qualité. 

Récolte prestée et mutualisée

Face à la rareté de main-d’œuvre, la mutualisation (équipes partagées, prestations groupées, mécanisation partagée) peut réduire le temps global de récolte. 

Valorisation différenciée et traçabilité

Quand le prix matière s’effondre, la seule protection durable est la segmentation :

  • lots premium (cueillette soignée, délais courts, paramètres maîtrisés),
  • lots standards,
  • lots de rattrapage (à orienter vers des usages adaptés, sans contaminer le premium).

Ce tri protège la valeur et incite à finir la récolte rapidement au lieu de laisser « traîner » en espérant un meilleur prix.

 

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