Nouvelles avancées scientifiques et technologiques dans la filière tomate

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Nouvelles avancées scientifiques et technologiques dans la filière tomate

La filière tomate connaît une accélération remarquable de l’innovation, portée par les progrès en intelligence artificielle, en génétique, en biocontrôle et en systèmes de culture. Qu’il s’agisse de mieux anticiper les maladies, d’améliorer l’efficacité de l’eau, d’optimiser la production sous serre ou de développer de nouvelles variétés plus résistantes, les recherches menées à travers le monde ouvrent des perspectives concrètes pour les producteurs. Voici un tour d’horizon des avancées les plus marquantes de ces derniers mois, avec des applications directes pour les systèmes de production modernes.

Un système d’IA pour détecter précocement le stress

Le UK Agri-Tech Centre vient de présenter TomatoGuard, une technologie innovante combinant intelligence artificielle et capteurs chimiques de nouvelle génération. Le dispositif repose sur un “nez numérique” utilisant des matériaux à base de graphène capables d’identifier des composés volatils émis par les plantes bien avant l’apparition de symptômes visibles.

Cette détection ultraprécise permet d’anticiper des situations de stress liées aux maladies, aux ravageurs ou aux conditions climatiques, et offre ainsi aux producteurs la possibilité d’ajuster plus tôt leurs pratiques d’irrigation, de ventilation ou de protection phytosanitaire.

L’objectif est double : réduire le recours aux pesticides et améliorer la durabilité des systèmes de culture. Dans un contexte où la filière tomate cherche à optimiser ses performances, notamment sous serre et en environnement contrôlé, cette technologie ouvre la voie à une agriculture plus prédictive et moins dépendante des intrants.

Détecter tôt les parasites dans les cultures de tomate

Une étude récente (2025) a exploré l’utilisation de drones dotés de caméras multispectrales associées à des réseaux de deep learning (type LSTM) pour détecter la présence d’un parasite souterrain — le ravageur Phelipanche ramosa (broomrape) — dans des parcelles de tomates. L’approche a permis d’identifier le parasite avec une précision globale de 79 % dès un stade précoce, bien avant que les symptômes visibles n’apparaissent, et jusqu’à 88 % de précision lorsque les données sur plusieurs stades de croissance sont combinées. Cette méthode non destructive pourrait devenir un outil précieux de surveillance phytosanitaire, permettant aux producteurs d’intervenir rapidement, de limiter les pertes, et de réduire l’usage de traitements chimiques. Cela représente une avancée majeure pour l’agriculture de précision et la gestion durable des cultures.

Un robot pour détecter les maladies en temps réel

Des chercheurs ont mis au point un robot terrestre non habité (unmanned ground vehicle, UGV) combinant internet des objets (IoT) et intelligence artificielle (réseau de neurones convolutionnel, CNN) capable de détecter et classifier en temps réel une dizaine de maladies de la tomate à partir d’images de feuilles. Le système a été entraîné sur plus de 20 000 images et atteint une précision globale d’environ 83 %. Il constitue une solution prometteuse pour la surveillance automatique des cultures, réduisant le travail manuel, accélérant la détection des pathologies, et permettant une intervention rapide.

Une tomate optimisée pour la culture verticale

Une équipe du Institute of Genetics and Developmental Biology (IGDB) en Chine a développé une avancée majeure pour la culture de tomate en vertical farming. Les chercheurs ont modifié le génome de la plante en combinant des gènes associés à la révolution verte avec des gènes anti-florigen, ce qui a permis d’obtenir des plants compacts, à tiges courtes et à feuillage dense. Cette architecture végétale particulière favorise une canopée compacte, une floraison plus uniforme et une maturation synchronisée des fruits.

Cultivées en systèmes hydroponiques multilayer, ces tomates permettent d’économiser jusqu’à 75 % de l’espace occupé tout en augmentant le rendement par mètre carré de 38 à 69 %. Dans certaines combinaisons génétiques, la réduction d’espace atteint 85 %, avec un rendement effectif par cycle supérieur de 180 % par rapport aux variétés classiques. Cette optimisation de la densité et de la croissance ouvre de nouvelles perspectives pour les cultures urbaines ou hors sol, où la maîtrise du climat et l’usage efficace de l’espace sont essentiels.

À mesure que les contraintes foncières et les besoins de production locale augmentent, ces nouvelles variétés compactes pourraient transformer la manière de produire des tomates dans des environnements à haute technicité, offrant à la fois des gains en rendement et une meilleure adaptation aux systèmes de production moderne.

Tomates qui consomment moins d’eau

Des chercheurs ont confirmé qu’il est possible d’obtenir des tomates consommant moins d’eau sans perte de rendement, grâce à l’édition génétique. Cette découverte prend tout son sens dans les régions soumises à des contraintes hydriques comme le Maroc. Les plants modifiés affichent une meilleure efficacité d’usage de l’eau tout en conservant qualité, goût et productivité. Cette avancée pourrait permettre aux producteurs de mieux gérer leurs ressources en eau et d’atténuer les effets des sécheresses ou des restrictions d’irrigation, tout en maintenant des rendements satisfaisants.

Une nouvelle tomate résistante au fendillement

Après douze années de recherche et de sélection, les chercheurs de Rutgers University (États-Unis) ont dévoilé une nouvelle variété de tomate combinant saveur renforcée et résistance exceptionnelle au cracking. Ce trait, particulièrement recherché par les producteurs comme par les distributeurs, permet de réduire les pertes post-récolte et d’améliorer la qualité commerciale du fruit.

Le programme de sélection s’est concentré sur la texture, la fermeté et la stabilité de la peau tout en maintenant un haut niveau de sucre et d’arômes. Le résultat est une variété capable de supporter les fluctuations d’humidité ou les aléas climatiques qui provoquent habituellement des fissures.

Cette tomate pourrait intéresser les producteurs soucieux d’offrir un fruit savoureux, avec une durée de conservation améliorée et une meilleure résilience tout au long de la chaîne logistique.

Vers des tomates sans graines !

Des chercheurs de la Maharaja Sayajirao University (MSU) en Inde ont identifié une série de gènes responsables du développement des graines chez la tomate. Cette découverte ouvre la voie à la création de variétés totalement apyrènes, c’est-à-dire dépourvues de graines, répondant ainsi à une demande croissante du marché pour des fruits plus faciles à consommer et mieux adaptés à certaines transformations industrielles.

Au-delà de l’aspect pratique, ce progrès pourrait également permettre d’améliorer la densité de chair et la texture du fruit, tout en réduisant certains défauts liés à la présence des cavités internes. Les travaux se poursuivent pour intégrer ces gènes dans des variétés commerciales, avec l’ambition de proposer dans les prochaines années des tomates plus homogènes, plus charnues et adaptées aux exigences des consommateurs modernes.

Biocontrôle et amélioration de la productivité

Une étude récente publiée fin 2024 montre que l’inoculation des racines de plants de tomate avec certaines bactéries et champignons du sol bien caractérisés améliore la croissance, la productivité et la résistance au ravageur Tuta absoluta, l’un des principaux ennemis des cultures sous serre. Ce type de biocontrôle représente une alternative écologique aux pesticides chimiques, particulièrement intéressante dans les systèmes de production intensive ou dans les zones sensibles sur le plan environnemental.

Parmi les micro-organismes testés, les champignons mycorhiziens Funneliformis mosseae et Trichoderma afroharzianum se sont distingués par leurs effets positifs sur la biomasse des plants et le rendement total. Les plants inoculés ont produit jusqu’à 15 % de fruits en plus et présenté une meilleure qualité commerciale, sans compromettre la taille ou l’apparence des tomates. L’inoculation a également réduit l’incidence des attaques de Tuta absoluta jusqu’à 90 % selon les souches, offrant une protection naturelle efficace et compatible avec la lutte intégrée.

Des expériences combinant mycorhizes et bactéries rhizosphériques comme Pseudomonas putida ont montré des effets synergiques, stimulant la croissance, la nutrition et les mécanismes de défense de la plante. Les plants ainsi traités présentent une meilleure résistance aux ravageurs, retardant leur développement et limitant leur capacité à se reproduire, tout en maintenant un rendement élevé.

Ces résultats ouvrent des perspectives concrètes pour la production de tomate, notamment dans des pays comme le Maroc, où la culture sous serre est répandue et les pressions phytosanitaires fortes.