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Sésame marocain : situation actuelle et défis

Le sésame (Sesamum indicum L.) de la famille des Pedaliaceae est l’une des plus anciennes espèces oléagineuses au monde. D’origine tropicale et subtropicale, cette culture s’est étendue aux régions arides et semi-arides. Bien que la superficie et la production mondiale du sésame soient en développement, ce n’est pas le cas au Maroc où cette culture reste mineure, avec une superficie globale qui n’a jamais dépassé 2000 ha, principalement dans la zone du Tadla. Dans ce contexte, la stratégie du Plan Maroc Vert avait pour objectif d’atteindre en 2020, une augmentation de 200% de la superficie de cette culture ainsi qu’une augmentation de 400% de la production de semences. Or, au cours de cette période, la superficie a chuté de 43% et la production a diminué de 55%.

Par Mohamed Kouighat1,2, Meriem El Harfi2, Mohamed El Fechtali1, Abdelghani Nabloussi1*

Malgré sa faible productivité, le sésame génère annuellement un chiffre d’affaires de 28 millions de dirhams et assure 70.000 journées de travail, ce qui contribue au développement socio-économique de la population locale. Cependant, son potentiel de production n’a jamais été atteint en raison de plusieurs défis qui ont affecté sa production et sa commercialisation au cours de la dernière décennie. Cet article se veut une revue de synthèse sur la situation actuelle et les perspectives de développement de la culture du sésame au Maroc.

Aperçu sur le sésame au Maroc

Au Maroc, la culture du sésame est connue depuis bien longtemps, particulièrement dans la zone du Tadla. Cependant, cette culture mineure souffre de plusieurs défis. La sécheresse a toujours été présente comme un élément structurel du climat marocain, avec une fréquence croissante au cours des dernières décennies, en raison du changement climatique. Ce stress abiotique affecte très significativement le sésame qui est cultivé en dérobé, généralement planté entre juin et octobre. Par conséquent, c’est une culture qui reste entièrement dépendante de l’irrigation pour satisfaire ses besoins hydriques. De plus, la performance du système d’irrigation (gravitaire) utilisé reste très faible en raison des pertes importantes d’eau qu’il génère, du manque d’uniformité de l’irrigation et de son coût élevé.

La productivité du sésame marocain reste également faible en raison du manque de fertilisation et de l’entretien rudimentaire qui se limite au désherbage (rare), qui se fait manuellement ou par pâturage. Outre ces considérations, les traitements phytosanitaires ne se font qu’après l’apparition des attaques et de l’infestation de la culture, ce qui rend la lutte contre les ravageurs plus difficile et inefficace. Pendant la maturité, la récolte et les traitements post-récolte se font manuellement, ce qui requiert beaucoup de main d’œuvre et génère un coût de production élevé.

Les cultivars de sésame à faible potentiel de rendement pourraient également être l’une des raisons majeures de la faible productivité de cette culture au Maroc. En effet, les cultivars ou populations locales de sésame se caractérisent par des traits sauvages dont un cycle cultural long, une faible rétention des graines et un manque de résistance/tolérance aux stress abiotiques et biotiques. Par ailleurs, ces populations sont génétiquement très proches, ce qui limite la diversité génétique existante et, par conséquent, ne permet aucune sélection de matériel génétique performant à même d’améliorer la productivité de la culture.

Du point de vue économique, la consommation du sésame reste faible et saisonnière du fait de la méconnaissance de la population marocaine des bienfaits des graines et huile du sésame. Il est à signaler aussi que les intermédiaires commerciaux sont les plus grands bénéficiaires du marché du sésame au royaume, ce qui affecte négativement la rentabilité de cette culture pour les petits producteurs. De même, la quasi-totalité des agriculteurs de la région ne stockent pas leurs récoltes. Cela peut être dû au manque de moyens financiers pour créer des unités de stockage et des centres de commercialisation. Aussi, l’absence de coopératives et d’associations d’agriculteurs visant à valoriser les produits du sésame pousse les petits agriculteurs à vendre leurs récoltes à des prix sacrifiés.

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Actions pour surmonter les défis

Comme déjà souligné, la culture du sésame fait face à de nombreuses contraintes dont les plus importantes sont liées à l’inadéquation des techniques culturales et à l’absence de variétés performantes. L’optimisation de la densité de plantation, l’apport adéquat en éléments fertilisants et l’adaptation de la conduite technique, sont très importants pour améliorer le rendement et la qualité des graines de sésame dans les environnements marocains de production. De même, le perfectionnement de l’irrigation permettra de réduire à la fois les pertes d’eau et d’énergie, et de maintenir des niveaux de rendements élevés.

Par ailleurs, l’amélioration génétique des cultivars de sésame est impérative pour relever divers défis agronomiques et socio-économiques dans le contexte actuel du changement climatique. La sélection conventionnelle peut échouer en raison du manque de diversité génétique existante. Dans ce cas, d’autres nouvelles techniques telles que la mutagénèse peuvent être adoptées comme alternative à l’hybridation conventionnelle. Dans ce contexte, des travaux de mutagenèse sur le sésame au Maroc ont été entrepris et ont abouti à des lignées mutantes intéressantes. Par ailleurs, davantage de travaux de recherche, principalement liés à la gestion des cultures, sont encore nécessaires pour atteindre le potentiel de production du sésame au Maroc.

Coté commercialisation, pour limiter le champ d’intervention des intermédiaires, les agriculteurs devraient s’organiser en associations ou coopératives à même de faciliter la vente de leur production aux grossistes ou même directement aux consommateurs finaux à des prix raisonnables. Ces organisations pourraient également établir des accords avec des entreprises nationales et étrangères pour avoir accès à des marchés plus intéressants et plus rémunérateurs. Cela apportera certainement une importante valeur ajoutée à la production nationale de sésame, en plus d’améliorer les revenus des agriculteurs et de créer des emplois dans les régions concernées.

Enfin, pour réduire les importations des graines de sésame et satisfaire les besoins de consommation croissants, il est nécessaire de concevoir et de mettre en œuvre un plan d’extension des superficies de sésame dans le pays. Cela peut être fait dans le cadre d’un contrat-programme à convenir entre le gouvernement et l’interprofession pour la mise à niveau et le développement de la filière du sésame. En effet, au Maroc, de nombreuses régions autres que Tadla sont propices à la culture du sésame, notamment celles situées dans certains périmètres irrigués comme le Souss-Massa, le Haouz, le Doukkala, la Chaouia et la Moulouya.  

1 INRA, Centre Régional de la Recherche Agronomique de Meknès

2 USMS, FST de Béni-Mellal

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