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L’œil de paon, maladie à surveiller !

Si le nom de cette maladie, l’œil de paon, semble plutôt sympathique au premier abord, il est pourtant loin de l’être. Elle doit son nom à la trace circulaire et brune laissée sur les feuilles infectées qui rappelle l’œil des plumes de paon. Elle est causée par un champignon pouvant se développer rapidement et affaiblir économiquement une exploitation. En effet, si elle est négligée, elle peut aboutir progressivement à de sévères défoliations, qui auront un effet sur la photosynthèse, la croissance et finalement le nombre de fleurs et leur nouaison. Au Maroc, la maladie est présente dans toutes les régions oléicoles, pouvant causer des dégâts importants selon les conditions de la campagne.

De nombreux facteurs favorisent le développement de l’œil de paon, à savoir :

  • le choix variétal : les variétés d’olivier n’ont pas toutes la même sensibilité à ce champignon. Malheureusement, le cultivar dominant au Maroc, la Picholine marocaine, est reconnue comme très sensible à cette maladie.
  • la situation du verger : les arbres situés à l’abri du vent (bas-fond, haie étanche au vent…) ou proches des cours d’eau restent humides plus longtemps.
  • les conditions culturales : un espacement insuffisant entre les arbres et un feuillage trop dense limitent la circulation de l’air. L’enherbement entretient également un micro-climat humide au sein du verger.

Les feuilles des oliviers sont les organes de la plante qui sont les plus affectées. C’est au printemps et en automne, lorsque le climat est chaud et particulièrement humide que le risque de la propagation du champignon est le plus élevé. La maladie s’installe en 3 étapes distinctes :

  • Infection :les spores du champignon vont germer et développer du mycélium qui va se proliférer de la face supérieure vers les tissus internes de la feuille en seulement quelques heures. La dispersion des spores se fait par les pluies, en général à partir de feuilles déjà infectées restant sur l’arbre.
  • Incubation :c’est la phase la plus visible de la maladie lorsque les tâches prennent des couleurs et jaunissent avant la possible chute des feuilles qui sont privées des effets de la photosynthèse (entre 12 et 15 jours).
  • Émissions de conidies :le mycélium se développe, perce la cuticule de la feuille et produit de nouvelles conidies infectieuses.

A noter que le champignon commence par s’en prendre aux branches basses avant d’envahir tout l’arbre. Plus rares sont les attaques sur le pédoncule des fruits (dessèchement de couleur brune) ou sur les olives (dépigmentations circulaires de l’épiderme).

Lutter contre l’œil du paon

Cette maladie phytopathogène n’est pas directement fatale pour les arbres infectés, mais quand elle est mal maitrisée, elle peut provoquer une chute plus ou moins massive de feuilles selon le niveau de contamination. Elle peut ainsi nuire à la production des olives, affaiblir l’arbre et diminuer sa résistance le rendant plus vulnérable aux autres parasites.

Méthodes culturales

La propagation du champignon peut être limitée par des méthodes culturales ou préventives :

  • Maîtriser les arrosages (zones irriguées) : Les mesures préventives visant à éviter l’excès d’humidité dans le sol et la maîtrise d’irrigation sont des facteurs très importants. Les spores du champignon se transmettent en partie par l’eau et par les éclaboussures qui entrent en contact avec le mycélium des feuilles infectées.
  • Ramasser les feuilles et les fruits malades et les brûler. Afin de freiner la propagation du champignon, il est conseillé de limiter sa prolifération par les parties mortes de l’arbre.
  • Assurer de bonnes conditions de culture : favoriser l’aération entre les arbres, borner l’enherbement sous les oliviers (favorisant l’humidité) et éviter de laisser des feuillages trop denses. La taille annuelle améliore la circulation de l’air au sein de la frondaison et favorise l’assèchement du feuillage. Elle permet également de contenir le volume de frondaison pour maintenir un espace suffisant entre les arbres. Sur les arbres fortement touchés, une taille sévère permettra de supprimer les parties les plus contaminées et viendra stimuler la production de nouvelles feuilles.

A noter par ailleurs que la lutte contre la maladie doit commencer avant la plantation. Il est ainsi recommandé de recourir aux plants des pépinières offrant les garanties appropriées, afin d’assurer la qualité sanitaire de la plante.

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Lutte : mieux vaut prévenir

Au-delà d’un seuil de nuisibilité estimé par les professionnels à 10 % de feuilles atteintes, une intervention peut être déclenchée. Les observations du verger doivent être réalisées tout au long de l’année, notamment au printemps et à l’automne, sur au moins 200 feuilles par verger, réparties sur une dizaine d’arbres. Ces feuilles peuvent être prélevées puis immergées durant 20 minutes dans une solution de soude dosée à 5 % pour révéler les taches en incubation. Cette manipulation est indiquée en sortie d’hiver et en fin d’été pour estimer l’inoculum avant les périodes à risque.

La lutte consiste à appliquer une solution cuprique sur les arbres pour éviter de nouvelles contaminations. Les ions cuivre libérés au contact de l’eau créent une barrière protectrice à la surface des feuilles et inhibent la germination des spores. Cependant, pour être efficace, le cuivre doit être appliqué avant les pluies contaminatrices qui ont lieu généralement au printemps et à l’automne. Une application précoce dès la sortie d’hiver permet de réduire l’inoculum sur l’olivier et de mieux maîtriser la maladie au printemps.

Deux à trois traitements annuels suffisent généralement à protéger efficacement les variétés résistantes, alors que 4 à 5 passages sont parfois nécessaires sur les variétés plus sensibles. Si la contamination reste minime, un traitement à demi-dose est suffisant pour assurer une protection efficace. Si l’infection approche le seuil de 10% de feuilles atteintes, un traitement à la dose homologuée est préférable. De plus, le cuivre fait chuter prématurément les feuilles infectées, ce qui a pour avantage de réduire l’inoculum sur l’arbre.

Quant aux produits à base de dodine, en raison de la diffusion de cette matière active par voie translaminaire, ils résistent bien au lessivage et offrent une action préventive (durée de l’ordre de 15 jours) et curative y compris sur les taches. Cependant, le risque de résistance n’est pas négligeable et son utilisation est également à réserver aux situations critiques.

Par ailleurs, la meilleure approche pour limiter le développement de parasites est de renforcer les défenses immunitaires des arbres en offrant un environnement sain pour les cultures.

Optimiser le traitement

Pour assurer une bonne couverture, le pulvérisateur doit être réglé de manière à obtenir une pulvérisation fine et régulière sur toute la frondaison, y compris à l’intérieur de l’arbre et sur les rameaux bas. Du fait de la libération des ions cuivre, les pluies lessivent progressivement le cuivre appliqué sur les feuilles. La moitié du cuivre est ainsi lessivée au bout de 20 mm de pluies. L’ajout d’un mouillant au moment de l’application permet d’améliorer la fixation du cuivre sur la feuille. Dans la pratique, il est recommandé de renouveler l’application tous les 40 mm de pluies, voire 60 mm en cas d’ajout d’un mouillant.

Lutte biologique

Des travaux de recherche ont été orientés dans le but de développer des agents de lutte biologique capables de réduire ou de stopper le développement du champignon responsable de la maladie. Les agents antagonistes utilisés pour lutter contre l’agent causal de l’œil de paon de l’olivier appartiennent à plusieurs groupes taxonomiques, notamment les bactéries telles que Pseudomonas sp et Bacillus sp. Ces microorganismes produisent des métabolites secondaires antifongiques qui inhibent la croissance et le métabolisme des agents pathogènes.

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