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Conservation traditionnelle de l’oignon dans la province d’El Hajeb

Conservation traditionnelle de l’oignon dans la province d’El Hajeb

Conservation traditionnelle de l’oignon dans la province d’El Hajeb : Les pertes engendrées et les moyens de les limiter

SERRAR Mohamed, Ingénieur en chef                   

 

La production massive de l’oignon dans la province d’El Hajeb incite les maraîchers à conserver l’excès de production (au lieu de les vendre à des prix dérisoires) et assurer un approvisionnement régulier du marché. Cependant, l’absence d’une infrastructure adéquate pour le stockage, oblige les producteurs à conserver leur récolte dans des silos traditionnels, ce qui engendre des pertes importantes.

 

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Avec une superficie variant entre 18.000 et 20.000 Ha, la culture de l’oignon (Alluim cepa L.) figure parmi les principales cultures maraichères au Maroc. Quant à la production totale de l’oignon en bulbe, elle oscille entre 300.000 et 400.000 tonnes/an.

A l’échelle de la province d’El Hajeb, cette culture occupe une place de choix, avec près de 38% des superficies consacrées aux cultures maraichères et contribue à plus de 50% de la production nationale. Au cours de la campagne précédente la superficie consacrée à l’oignon a atteint 4300 Ha et la production 211.600 tonnes.

 

La méthode traditionnelle de conservation de l’oignon

La méthode traditionnelle de conservation de l’oignon en bulbe adoptée dans la province d’El Hajeb repose sur la confection de silos traditionnels composés de deux murs parallèle en pierres d’une hauteur de 100 cm chacun et espacés de 80 à 90 cm. La longueur du silo est déterminée en fonction de la quantité d’oignons à stocker et de la géométrie du terrain disponible. L’espacement entre deux silos est généralement de 3 mètres. Les oignons secs sont déposés entre les deux murs sur une couche de paille de 20 à 30 cm d’épaisseur. La hauteur du tas de bulbe peut atteindre 100 cm à la périphérie et 130 cm au centre du silo de façon à former une pente vers l’extérieur et éviter la stagnation des eaux de pluies. Les bulbes sont ensuite couverts par une autre couche de 10 à 20 cm de paille et un film en plastique souvent de couleur jaune et bien attaché au mur par une ficelle plastique rigide. L’orientation des silos est généralement parallèle à la direction Est-Ouest qui est celle des vents dominants.

La gestion du silo de stockage de l’oignon consiste à enlever le film plastique pour aérer les bulbes lorsque la température ambiante est élevée et le remettre quand il fait froid ou bien quand il pleut. Le coût de la conservation traditionnelle des oignons est de l’ordre de 0,40 DH/Kg de bulbes sans comptabiliser les pertes et il augmente à 0,55 DH/Kg si on en tient compte.

 

Les pertes et leurs causes

D’après une étude réalisée en 2009 dans la province d’El Hajeb, il s’est avéré que les pertes pendant la conservation traditionnelle de l’oignon dépendent des agriculteurs et de la durée du stockage. Ainsi 20% des agriculteurs stockent leur récolte sur une durée comprise entre 2 et 4 mois et perdent en moyenne 20% de leur production. Les 80% d’agriculteurs restant stockent leurs oignons pendant 4 à 6 mois et sont divisés en deux groupes : Le premier (60%) perd 10 à 30% et le deuxième (20%) perd 30 à 50% de la récolte.

Les principales causes de ces pertes sont la germination et la pourriture. Ces problèmes dépendent certes des conditions de stockage, mais sont également liés à la conduite de la culture. La germination a lieu lorsque les conditions deviennent favorables à la levée de la dormance, à savoir des températures de 10 à 20°C. Le dispositif traditionnel n’assure qu’une étanchéité relative et permet un échange continu avec le milieu extérieur. Ainsi la température ambiante atteint des seuils critiques favorisant la germination qui se manifeste par le développement du bourgeon végétatif et l’émission de racines, favorisée par des humidités relatives supérieures à 80%.

La pourriture est due aux attaques des agents de détérioration biologique qui augmentent les taux de pertes observés au cours du stockage de l’oignon en bulbes. Trois champignons sont les plus rencontrés à savoir :

– Sclerotium cepivorum : agent de la pourriture blanche,

– Botrytis sp : agent de la pourriture grise

– Penicillium Sp : agent de la pourriture verte.

Les deux premières attaques sont primaires et s’observent surtout en début de la période de conservation, alors que la troisième est secondaire et son apparition est plus tardive que les autres. Certaines bactéries du genre Erwinia et Pseudomonas sont aussi responsable de la pourriture des bulbes.

Il faut savoir que l’origine de ces attaques provient essentiellement du champ et accompagne la production jusqu’au lieu de conservation, notamment à cause de l’absence d’un programme raisonné de traitements phytosanitaires. Par ailleurs, l’utilisation excessive des fertilisants et surtout l’azote favorise la pourriture des oignons. De même, l’irrigation juste avant l’arrachage accentue également les risques d’attaques par les agents de pourriture.

D’autres causes de pertes lors de la conservation des oignons peuvent être citées. Il s’agit notamment de la perte en poids des bulbes par respiration et par transpiration et le verdissement qui résulte de la formation de la chlorophylle au niveau des cellules des tuniques charnues après la germination.

 

MOYENS DE LIMITATION DES PERTES DE CONSERVATION

 

1-AU COURS DE LA PERIODE DE VEGETATION

 

Le choix variétal :

La culture des oignons destinés à la conservation nécessite l’utilisation de variétés résistantes à la germination et à la pourriture. Ces variétés ont généralement des teneurs en matières sèches de l’ordre de 11 à 15 % et sont de ce fait plus fermes et plus résistantes aux différentes manipulations. Ainsi, l’oignon rouge présente une excellente aptitude à la conservation vu sa teneur élevée en matière sèche. Cependant, la liste des variétés destinées au stockage, utilisées dans la province d’El Hajeb est très limitée, étant donnés les besoins en photopériode pour la bulbaison. Les deux variétés rouges de jour court qui sont utilisées sont : la rouge de Doukkala et la rouge d’Amposta.

 

Limitation de la germination :

L’utilisation d’un régulateur de croissance du groupe des diazines qui est l’hydrazide maléique permet d’inhiber la germination des bulbes et prolonger leur durée de conservation sans affecter leur qualité commerciale. Cependant, la dose et le moment d’application de ce produit sont très critiques. Les études menées dans ce sens ont prouvé que l’application de l’hydrazide maléique à la dose de 2,24 Kg/Ha, 2 à 3 semaines avant la récolte, (stade correspondant à 50% de feuillage fané) permet de réduire significativement le taux de germination des bulbes. Ce régulateur de croissance diminue également l’émission des racines et la respiration des oignons.

 

Lutte chimique contre les agents de pourriture :

En cours de végétation le respect des traitements phytosanitaires contre les agents de pourriture permet de réduire les pertes d’oignions en conservation. Les fongicides homologués pour cette fin sont à base de carbendazime, manébe et mancozébe.

 

Autres précautions de conduite de la culture :

Eviter l’excès d’azote et inclure le soufre dans la fertilisation étant donné que cet élément aide à la bonne conservation des bulbes. Arrêter l’irrigation un mois avant l’arrachage pour faciliter le séchage des bulbes.

 

2- EN POST RECOLTE

Les agriculteurs de la province d’El Hajeb pratiquent le séchage sur place sous forme de rangées. L’oignon est placé de telle sorte que les fanes soient exposées vers le haut afin de protéger les bulbes des coups de soleil. La durée recommandée pour le séchage est de 1 à 2 mois. Un tri minutieux lors de la récolte et au moment du dépôt des bulbes dans les silos, en évitant les blessures, peut diminuer les pertes notamment dus à la pourriture.

 

3- AU COURS DE LA CONSERVATION

 

Dispositif traditionnel

L’amélioration du dispositif traditionnel peut réduire les pertes occasionnées lors de la conservation, d’abord par le traitement chimique de l’emplacement des silos notamment s’il est utilisé pendant plusieurs années. La diminution de la hauteur du tas de bulbes de 100cm à 50cm pour éviter le tassement avec la possibilité de superposer 2 à 3 strates de 50cm, en séparant ces couches par des isolants.

 

Dispositif moderne

La conservation moderne de l’oignon consiste à la conception d’enceintes qui permettent d’agir sur la température et l’humidité relative à l’intérieur. Ces dispositif sont couteux et ne sont pas à la portée de la majorité des agriculteurs ayant des superficies de 5 Ha et moins, d’où la nécessité d’une organisation professionnelle et de la participation de l’Etat, du conseil régional et de la chambre d’agriculture pour permettre à ce genre d’infrastructures de voir le jour. A noter que ces dispositifs modernes peuvent utiliser la ventilation ou le froid avec ou sans contrôle de l’atmosphère.

 

Conservation à la température ambiante avec système de ventilation

La ventilation consiste à faire circuler de l’air conditionné autour et entre les bulbes pour éliminer la chaleur, maintenir des conditions uniformes et limiter l’humidité et la condensation.

Ce dispositif de stockage peut être fait en vrac et dans ce cas des systèmes de ventilation sont conçus pour ventiler l’entrepôt à partir de la partie inferieure à un débit de 2 m3/min, par m3 d’oignon. Pour le stockage en cartons ou en bacs, l’air doit circuler librement entre les piles et dans ce cas les conteneurs espacés de 15 cm environ sont empilé parallèlement à la direction du courant d’air et chaque rangée reçoit une masse d’air suffisante à la base. Dans ce genre de dispositifs la température est généralement réglée par un réseau de thermostats commandant des registres qui assurent le mélange d’air froid extérieur avec l’air recyclé.

 

Conservation à froid

Ce type de stockage nécessite la construction d’installations frigorifiques ou chambres froides avec contrôle de la temperature entre 0 et 1°C et de l’humidité relative entre 70 et 75%. Les oignons sont généralement placés dans des caisses ou des bacs réservés à cette fin.

 

Conservation à atmosphère contrôlée

En plus du contrôle de la température et de l’humidité relative, un contrôle de l’atmosphère peut être ajouté. Il consiste à régler la concentration de l’oxygène entre 2 et 3% et celle du dioxyde du carbone entre 4 et 5%. L’atmosphère contrôlée permet de conserver les bulbes deux à trois fois plus longtemps qu’une conservation au froid normal, car elle bloque la germination et le développement des pathogènes tout en maintenant une fraicheur adéquate et une meilleure fermeté des produits. Cependant, l’étanchéité des chambres tout comme le bon fonctionnement de l’équipement frigorifique, demeurent deux conditions indispensables à une bonne conservation en atmosphère contrôlée.

L’éthylène est aussi en train de faire ses preuves comme anti germination sur les oignions en entrepôts. Cette technique est de plus en plus utilisée par certaines sociétés anglaises d’emballage de l’oignon. Les plus gros producteurs d’oignons précisent que l’éthylène offre une souplesse de mise en œuvre qui n’était pas envisageable auparavant. Il s’agit d’introduire un générateur à l’intérieur de la chambre froide ou de l’entrepôt à atmosphère contrôlée. Cet appareil sert à transformer l’alcool en éthylène en présence d’une petite quantité d’eau. Il génère et contrôle la production de ce gaz. Un seul appareil peut servir jusqu’à une capacité de stockage de 6000 tonnes. De plus, les recherches entreprises ont confirmé que l’éthylène ne laisse pas de résidus dans les bulbes.

Au royaume uni on cherche à remplacer l’hydrazide maléique par l’éthylène. En effet, bien que très efficace pour réduire la croissance interne, il laisse un résidu décelable dans le bulbe (entre 4 et 6 mg/Kg). Avec les exigences strictes de réduction des résidus de pesticides, le défi consiste à maintenir ou rallonger la période de conservation tout en produisant des oignons sans aucun résidu.

Avec l’utilisation de l’éthylène il est important de garder de basses concentrations de CO2 car des niveaux de respirations élevés ne sont pas souhaitables. Il est également recommandé de brasser constamment l’air dans l’entrepôt pendant les trois premières semaines suivant l’introduction de l’éthylène pour éviter la formation de poches de CO2 entre les conteneurs ou dans des coins non utilisés de l’enceinte.

 

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