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Mécanisation : Réussir les traitements

Mécanisation : Réussir les traitements

Pulvérisation 

Eléments pour réussir les traitements

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La pulvérisation consiste au fractionnement d’un volume de bouillie en gouttelettes projetées de la façon la plus homogènes possible en taille et en concentration. Avant toute chose, il faut admettre que la qualité de pulvérisation est un compromis qui impose une bonne gestion des facteurs limitants. Comment s’y retrouver entre la taille des gouttes, le volume et les buses?

 

La qualité de l’eau

Abstraction faite de ses caractéristiques bactériologiques, l’eau peut se définir par :

– sa dureté : présence de cations (calcium, magnésium, fer, zinc…)

– son pH (acidité, alcalinité)

– sa température, sa conductivité, sa tension superficielle, sa charge en matière organique.

 

Nuisance de la dureté et du pH de l’eau: dégradation des matières actives, manque d’homogénéité, instabilité de la bouillie, baisse d’efficacité…

 

Les produits phytosanitaires

Un produit phytosanitaire est composé d’une Matière active, d’un support et de coformulants. Il faut donc prendre cet ensemble en considération pour une bonne gestion de la pulvérisation. On peut comparer un produit et ses constituants à ceux d’une voiture. Ils sont indispensables pour faire un tout cohérent.

 

La bouillie

La bouillie est un support ou transporteur d’eau contenant un ou plusieurs principes actifs. L’eau n’est pourtant pas neutre, il faudrait donc en tenir compte en particulier en fonction de la stabilité des matières actives, du pH mais aussi en matière de dureté. L’effet volume est très amplificateur des problématiques: plus le volume d’eau est important plus la présence des éléments de la dureté est importante.

Les interactions de l’eau sur l’efficacité du traitement sont très différentes d’un produit et d’un volume à l’autre. Il est donc primordial de connaître la qualité de l’eau et les exigences particulières de chaque produit.

 

Volume et gouttelettes

Une bonne pulvérisation impose d’appliquer la bonne dose au bon endroit en limitant les pertes dans l’air (dérive), dans l’eau (accidentelle  ou  ruissellement) et dans le sol (mauvais positionnement). Les gouttelettes obtenues lors de ce fractionnement doivent atteindre la cible en nombre adapté au mode d’action du produit et y être reparties de la façon la plus homogène possible.

De ce fait, l’objectif est d’obtenir un nombre de gouttes de taille cohérente et pas uniquement un volume. Par exemple, un volume de 100 litres avec des gouttes de 100 µ n’a rien de commun en nombre, surface de contact, et durée de vie des gouttes, avec un volume de 100 litres et des gouttelettes de 200µ.

La pulvérisation est avant tout une population de gouttelettes de taille différente  que réalise la buse dans des conditions qui lui sont propres (type, usinage, pression…). En fait, l’utilisateur a peu de moyens pour identifier la qualité de sa pulvérisation et son évolution. Le problème majeur, c’est la production de gouttelettes efficaces d’un calibre  de 100-150µ à 350-400µ sur la plante  voire plus si on peut les  retenir sur la cible (ajout d’adjuvant mouillant et ou adhésif) ou si la cible est au sol.

En fait, les gouttelettes subissent les affres climatiques (hygrométrie, vitesse de vent, température…) et leur durée de vie est fonction de leur taille et de leur composition. Plus elles sont fines, plus leur durée de vie est courte. Exemple: à une température de 20°c et à une hygrométrie de 80%, la durée de vie d’une goutte de 50 µ est de 12 à 13cm avant l’évaporation totale. En fait le volume de la pulvérisation n’a de sens que lorsqu’il est défini avec la taille des gouttelettes

 

Quels moyens de mesure

La pulvérisation c’est une population plus ou moins homogène de gouttelettes de différentes tailles. Il n’y a pas d’appareil de mesure sur l’exploitation, mais l’information est disponible auprès du fabricant. Il s’agit du VMD, du NMD, du D10, du D90, du rapport VMD/NMD, du SPAN. Le plus accessible est le VMD: Diamètre du Volume Médian, qui signifie que 50% du volume est réalisé avec des gouttelettes d’une taille  inférieure ou supérieure à cette valeur.

Cependant, il faut prendre en considération que:

– Un VMD peut en cacher un autre. Et en fait, une valeur médiane peut être identique pour des extrêmes différents. Par exemple, 200 est la valeur médiane entre 100 et 300 mais aussi de 199 et 201. 

– Il ne faut pas oublier que ces valeurs sont obtenues dans des conditions  particulières et avec de l’eau. Or, on ne traite pas uniquement avec de l’eau mais avec une bouillie qui contient matières actives,  coformulants…

– La formulation joue directement sur la qualité de la pulvérisation (WG, SC, SL, EW, EO, EC). A titre d’exemple, les SL font généralement des gouttelettes plus fines que des EC. Les formulations des produits phytosanitaires ont une incidence directe sur la pulvérisation et la granulométrie d’où l’importance de les identifier pour optimiser l’intervention. Les formulations induisent également l’ordre de mise en bouillie et la qualité de celle-ci (Voir encadré).

 

Réalisation de la bouillie

Formulation des produits, qualité de l’eau, fonctionnalités des adjuvants sont les facteurs déterminant l’ordre de mise en bouillie :

– Remplir la cuve au moins au 3/4

– Arrêter le remplissage, lancer l’agitation si nécessaire

– Introduire l’adjuvant en premier s’il y a une action sur l’eau ou la dispersion

– Incorporer les produits phytosanitaires dans l’ordre suivant

*Les formulations sèches

*Les SL, SC

*Les EW, EO

*Les EC, l’Ethephon, les oligo et autres

– finir avec l’adjuvant s’il n’y a pas d’action sur l’eau ou s’il mousse

– Compléter et ajuster le volume

– Utiliser si nécessaire un anti-mousse

 

Problèmes

Différentes questions sont effectivement susceptibles de perturber la pulvérisation:

– la combinaison de différents produits ou formulations peut influer sur la qualité globale de la pulvérisation: en l’améliorant ou en la dégradant.

– la modification de la pression change la taille des gouttes: en baissant la pression, on augmente généralement la taille des gouttes et inversement. La variation de la pression influe également  sur l’angle formé à la sortie de la buse mais également sur la qualité de la pulvérisation des injections d’air.

– l’encrassement et l’usure de la buse agissent directement sur la qualité de la pulvérisation en modifiant débit, angle et répartition. D’où l’intérêt pour l’utilisateur de rincer chaque jour et contrôler régulièrement son pulvérisateur. 

 

Que faire?

La pulvérisation est l’interface produit-plante-environnement. Lors de l’intervention, les risques sont présents: perte de produit, évaporation, dérive, déport, ruissellement. Il faut donc arriver à gérer les compromis:

– le pulvérisateur doit être en état de marche avec des buses (à la pression norme) homogènes ayant un angle de sortie correspondant au plus près à celui de la buse neuve, avec un débit  adéquat (max 10% de variable par rapport au débit buse neuve).

– Ne jamais perdre de vue que même si le fabricant donne une plage de pression pour l’utilisation de sa buse, la taille des gouttes variera aussi avec cette pression.

Exemple, la buse X donnera 15% du volume avec des gouttes < à 200µ à 1,5bar mais 34% à 3 bars.

Cela n’est pas sans incidence lorsque l’on adapte le volume par hectare avec une augmentation importante de la pression. Il faudra toujours se tenir vers les valeurs basses, pour ne pas prendre de risque de fines gouttes et de dérive. Pour les buses à injection d’air, il est par contre plus judicieux de travailler des pressions intermédiaires voire plus élevées pour maintenir la qualité et l’homogénéité de la pulvérisation.

– le fabricant dispose d’abaques buses/taille de gouttes/pressions. On parle alors de VMD, qui donne une indication, car ces valeurs sont obtenues avec de l’eau seulement. Ce qui compte pour l’utilisateur c’est de savoir quel est le type de sa pulvérisation et si la bouillie utilisée n’influe pas négativement sur celle-ci.

– Il faut observer ce qui se passe à la sortie de la buse qui nous informe sur le type de pulvérisation réalisée. En effet, quelque soit le type de buse on peut considérer que :

  1. l’angle de sortie (en dehors de l’usinage, du matériau et de la pression) est en fait maintenu par les grosses gouttes: si on baisse la pression, la taille des gouttes augmente et l’angle se ferme.
  2. Avant d’atteindre la buse, l’eau est une sorte de goutte géante. Après l’orifice de la buse, ce flux ‘explose’ en gouttelettes. C’est à ce moment qu’au-delà de la taille des gouttes, se détermine l’homogénéité de la pulvérisation. Plus la zone est importante plus c’est hétérogène et plus on tend vers un % élevé de gouttes fines à très fines. A partir de ces deux paramètres il est possible, à l’œil, de déterminer, par rapport, la qualité de pulvérisation et l’incidence de la bouillie sur celle-ci.

 

Les Adjuvants

Les adjuvants sont des produits permettant d’optimiser l’intervention phytosanitaire voire la qualité de pulvérisation. Il n’y a pas d’adjuvants universels, il est donc indispensable d’identifier leurs fonctionnalités afin de les utiliser à bon escient et de lever les facteurs limitants. Les principaux effets des adjuvants:

– Mouillant : étalement des gouttes pour la surface en contact avec la cible. La mouillabilité varie en fonction du type de la cuticule de la plante.

– Pénétrant : faire pénétrer la matière active dans le végétal

– Humectant : maintenir une atmosphère humide à la surface de la feuille

– Adhésif : faire adhérer la matière active à la surface de la feuille

 

Il ne faut pas oublier que les adjuvants qui sont utilisés agissent également en complément des coformulants contenus dans le produit phytosanitaire, ce qui change parfois d’autres paramètres comme la sélectivité et le niveau de pénétration.

 

Que retenir ?

Il faut se poser les bonnes questions afin de gérer au mieux les différents compromis nécessaires pour optimiser l’intervention:

– Identifier les différents facteurs limitants

– Garder en tête que la plante est un organisme vivant

– Penser ‘’Gouttes’’ en quantité et en qualité

– Favoriser les périodes calmes pour le traitement

– Pulvériser par température et hygrométrie optimales

– Traiter à une vitesse et à une pression cohérente

– Utiliser l’adjuvant adapté permettant de lever les facteurs limitants

– Ne pas confondre volume d’eau et mouillabilité

– Utiliser un matériel efficace et adapté (toujours entretenir, régler et contrôler).

 

Ne jamais oublier qu’une bonne pulvérisation c’est le résultat croisé d’un pulvérisateur adapté, bien entretenu et réglé, d’une buse en bon état adaptée a l’objectif, d’une dose de produit efficace, d’une prise en compte des conditions climatiques tant pour la plante que pour la gouttelette, d’un minimum de connaissance et de savoir faire. Identifier l’objectif et les facteurs limitant si opposant.

 

 

 

 

La taille de gouttes déterminera le nombre d’impacts, la surface couverte, la rétention.

 

L’observation du jet permet une évaluation de la qualité de la pulvérisation.