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Le lait vecteur de développement

Le lait vecteur de développement

Deuxièmes rencontres internationales

L’essor de la filière laitière à l’échelle mondiale au cœur des intérêts d’experts marocains et internationaux, lors des rencontres tenues à Rabat les 10 et 11 mai 2017, faisant suite au premier colloque qui s’est tenu en 2014 à Rennes (France) en 2014.

Les 2èmes rencontres internationales « Le lait, vecteur de développement » se sont clôturées après deux jours d’intenses échanges à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, à Rabat, les 10 et 11 mai 2017. Elles ont fait suite à la première édition de cette manifestation scientifique qui avait eu lieu à Rennes, en France en mai 2014. Dix-huit conférenciers et 210 participants issus de 12 pays d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, ont pu y partager leur expérience concernant l’incroyable diversité des dynamiques laitières de par le monde. La filière lait, comme rappelé par les conférenciers, avec 120 millions de fermes dans le monde et un milliard de personnes impliquées dans ce secteur constitue une contribution importante de la richesse des nations et un pilier de leurs systèmes alimentaires. Urbanisation et mondialisation impactent fortement les dynamiques de développement laitier à l’échelle d’un pays. Les Rencontres ont d’abord commencé par un focus sur la filière laitière au Maroc, pays d’accueil de la manifestation. Les participants ont ainsi pu se rendre compte de la prise en charge des affaires de la filière par des opérateurs professionnels, regroupés sous l’égide d’un cadre juridique idoine : l’interprofession incarnée par la Fédération Interprofessionnelle Marocaine du LAIT (FIMALAIT). Ainsi, sur la période 2007-2015, la production de lait cru a augmenté de plus de 38 %,  la part industrialisée quant à elle, de 45 %, ce qui a permis une évolution de la consommation de 54 à 72 équivalents litres de lait par habitant et par an. Outre ces augmentations de volumes de lait cru et l’amélioration de sa collecte, les évolutions récentes se caractérisent par un ensemble de défis de mise à niveau, tels que la diversification de la gamme des produits mis à disposition du consommateur par les industriels laitiers ou encore la promotion de la consommation qui semble marquer le pas du fait de rumeurs non fondées scientifiquement colportées dans certains média et les réseaux sociaux.

Pour construire sur les acquis des dernières années, la filière continue son développement et œuvre sur plusieurs chantiers : l’approvisionnement fourrager en face du stress hydrique, la reproduction locale des génisses performantes, le perfectionnement de la chaine de distribution et l’information transparente des consommateurs.

Une deuxième session a ensuite été consacrée aux enjeux représentés par l’usage durable de ressources hydriques renouvelables en vue de garantir le développement laitier. Y ont été abordés des cas d’études au Maroc et en Inde, qui ont tous deux convergé sur la nécessité d’accorder un surplus d’attention à ces questions, notamment de la part des pouvoirs publics, pour s’assurer de maintenir les dynamiques en cours de promotion de la production laitière, plus particulièrement dans un contexte de changement climatique qui va exacerber le stress hydrique. Au cours de cette même session, le cas spécifique de l’élevage du dromadaire a été détaillé, en tant qu’espèce s’accommodant justement d’un climat aride et produisant un lait de qualité. Certes, ce dernier demeure un produit de niche, mais il mérite qu’un surplus d’intérêt lui soit accordé pour l’approvisionnement de la population.

La troisième session était dédiée aux dynamiques actuelles des marchés du lait et de l’élevage bovin, à l’échelle planétaire. Il y a été démontré que le marché du lait ne concerne en fait qu’une quantité limitée des volumes produits à l’échelle mondiale (à peine 9 %). Il se caractérise ces dernières années par une volatilité extrême qui empêche les intervenants, aussi bien vendeurs qu’acheteurs, de se conforter dans des comportements immuables. Ainsi, la demande de pays fortement acheteurs, notamment la Chine, est fortement variable et peut s’adresser à des pays différents, ce qui impacte les prix. En outre, la variabilité interannuelle du climat mondial affecte les productions, ce qui a aussi un effet sur les cours des ingrédients lactés : poudres entière et écrémée, fromages et beurre. Par ailleurs, une estimation du prix de revient du lait à l’échelle mondiale démontre la très large variabilité de ce paramètre, entre des pays où l’élevage bovin repose surtout sur de l’herbe et d’autres où les coûts alimentaires sont nettement plus élevés et où seul le jeu des subventions et des protections douanières assure la continuité des fermes bovines. Ces mêmes estimations du prix de revient du lait évoluent d’ailleurs notablement lorsque le coût de la main-d’œuvre familiale qui s’active dans la majorité des fermes d’élevage est intégré dans les calculs …      

La dernière session a traité les questions relatives aux rôles sociaux et nutritionnels du lait. Il en est ressorti l’importance de l’activité d’élevage laitier pour la création d’opportunités d’emplois et de revenus, notamment pour certaines couches sociales défavorisées ainsi que pour les femmes. Toutefois, le travail associé à l’élevage laitier doit aussi être envisagé sous l’angle de la contrainte, du fait des charges qu’il représente ainsi que de la pénibilité de certaines tâches routinières qu’il mobilise et cela exige un regain d’intérêt de la part de la recherche scientifique en vue de mieux caractériser ce phénomène. Sur un autre registre, le lait s’avère un aliment fort indiqué, notamment pour les enfants scolarisés dans les pays en développement, améliorant significativement la fourniture en protéines de leurs apports alimentaires quotidiens et contribuant à la promotion de leurs facultés cognitives pour une meilleure scolarisation. Des témoignages poignants d’expériences au Maroc et dans d’autres pays d’Afrique ont illustré ces propos.  

A l’issue des conférences, il s’est avéré que certains des défis à relever ne sont pas spécifiques au Maroc ou aux pays en développement : ils concernent les types d’élevage (méga fermes, petites exploitations, etc.), la place des circuits informels, la saisonnalité de la production, la compétitivité de la production locale par rapport aux importations, le débat autour de l’autosuffisance par rapport aux importations … Les échanges ont montré que le développement laitier ne peut se limiter à une simple dimension quantitative (augmentation de la production laitière) : il doit aussi intégrer les dimensions patrimoniale (la promotion des produits traditionnels), qualitative (traçabilité et sûreté sanitaire), écologique (empreinte hydrique et gaz à effets de serre), nutritionnelle et humaine (travail et rôle des femmes, formation). La diversité des interventions a permis d’appréhender les grandes tendances mondiales du marché et des modèles de fermes aussi bien que des actions de terrain au Maroc, en Inde, au Mali, en Egypte, illustrant la multiplicité des modèles (production, transformation) et leur dynamisme. Au fil des échanges avec les participants, de nouvelles problématiques sont apparues : l’importance du circuit informel, la place de la main d’œuvre familiale, la question de l’étiquetage nutritionnel, et notamment l’incorporation invisible parfois de matière végétale dans les poudres et les produits laitiers. Cette manifestation a été organisée en partenariat par l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, l’INRA, Agrocampus Ouest et le Cirad (France) avec un appui soutenu de la Fédération interprofessionnelle marocaine du lait (Fimalait) de la Fao et de Agreenium, l’Institut agronomique, vétérinaire et forestier de France. Les prochaines auront lieu en 2019 à Dakar au Sénégal, avec l’appui de l’Institut sénégalais de recherche agronomique. Les documents de référence et interventions filmées des participants seront bientôt disponibles sur le site des rencontres, https://colloque.inra.fr/lait2017