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Blé tendre en bour : Réussir la culture

Blé tendre en bour : Réussir la culture

Eléments agro-économiques pour

Réussir la culture du blé tendre en Bour

 

 

Extraits du : Bulletin  de Transfert de Technologie en Agriculture, N° 202 – Avril 2016

Auteurs : Aït Houssa A.(1), Oubaki L.(1), Reda-Fathmi K.(1), Drissi S.(1), Lamghari M.(1), Benbella. M.(2), Chraibi H.(1)
(1) Domaine Louata, Providence Verte
(2) Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès

 

Partant du constat de l’importance des céréales et particulièrement du blé dans l’agriculture marocaine et de la faiblesse des progrès réalisés depuis plus de 40 ans, qui restent en deçà des besoins du pays, le Bulletin de Transfert de technologie en Agriculture a édité un numéro dédié à la culture du blé tendre en bour. L’objectif est de contribuer à l’amélioration des techniques de production ainsi qu’aux questions managériales de rentabilité.

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En raison de la disponibilité d’informations permettant d’enrichir le débat, le choix, en tant que modèle d’étude, a porté sur la ferme de Louata spécialisée de longue date dans la céréaliculture, en particulier le blé tendre. Situé dans la région de Sefrou, au nord-est du moyen Atlas, à 45 km de la ville de Fès, le domaine est caractérisé par une altitude très variable (400 à 772 m) et un climat de type semi-aride à subhumide avec une pluviométrie moyenne de 480 mm/an, caractérisée par une forte variabilité interannuelle (196 mm en 2004/05 et 734 en 2009/10) et entre mois (octobre à fin avril pluvieux et mai à septembre secs).

A Louata, les principales contraintes édaphiques sont en partie liées à la forte pente et à faible capacité de rétention. Les contraintes climatiques à gérer sont le froid, l’intensité des pluies hivernales, mais aussi et surtout la sécheresse fréquente et les Chergui de fin de cycle (ainsi que les précipitations tardives) qui impactent parfois de façon grave la productivité et la qualité du grain des céréales

 

Choix variétal

Parmi le patrimoine variétal de céréales à paille, on trouve du matériel précoce et adapté à l’aridité (Arrehane, Resulton), du matériel à haut potentiel pour l’irrigué et les zones bien arrosées du nord du pays (Achtar, Tigre, Radia), du matériel à gros grain (Kanz, Bandera, Wafia), plus riche en protéines (Fadela, Mehdia, Marchouch), ou encore tolérant aux insectes dangereux tels que la mouche de Hesse (Saada, Arrehane) ou aux maladies comme la septoriose et les rouilles (Fadela, Samia).

A Louata, les variétés de type cycle long et productives telles que Achtar, Tigre et Radia sont en général affectées à l’irrigué et aux meilleures parcelles Bour avec sols profonds. Elles sont également semées précocement afin d’échapper aux vents chauds de Chergui de fin de cycle. Tandis que des variétés plus précoces, comme Arrehane, sont affectées aux terrains moins profonds à capacité de rétention faible et peu tamponnés à l’égard du manque de pluie.

Sur le plan économique et pour la semence en particulier, Louata, comme n’importe quel autre producteur, aimerait bien ne multiplier, s’il en a le choix, que les générations les plus rémunératrices des bonnes variétés productives. Mais sa marge de manœuvre sur ce plan reste limitée. C’est l’organisme de collecte et de commercialisation (SONACOS pour l’essentiel) qui fixe l’assortiment variétal, introduit, retire ou réajuste les superficies en fonction de la politique générale de multiplication, de la demande du marché et du stock stratégique de report imposé par l’Etat.

 

Préparation du sol

La stratégie de préparation du sol, doit intégrer le double souci d’un semis dans les délais, afin de mieux profiter des pluies hivernales mais en même temps le souci d’une meilleure protection des sols contre les risques d’érosion. Cette stratégie est déclinée en système alliant la jachère travaillée précocement, le semis direct et le semis conventionnel. Ce dernier, qui ne représente plus que 51%, sur les 1.400-1.500 ha de céréales semés en moyenne chaque année, fait intervenir surtout des outils à dents de grande largeur tels que les chisels, les scarificateurs et les vibroculteurs, qui offrent l’avantage à la fois d’un meilleur emmagasinage relatif d’eau de pluie dans le profil et d’une meilleure protection contre l’érosion.

Selon les campagnes et selon que la pluie est précoce ou tardive, les principales séquences de préparation actuelles du sol sont les suivantes:

 

Derrière Jachère pour les parcelles en semis direct

Désherbage au glyphosate ou par un défanant + semis direct (si pluie précoce);
Passage léger de Cover Crop + semis direct (si pluie tardive).

 

Derrière Jachère conventionnelle

Stubble plow (printemps) +chisel et/ou + Cover Crop + semis (+ rouleau si terrain foisonné);
Chisel (printemps) + Cover Crop + vibroculteur + semis (+ rouleau si terrain foisonné).

 

Derrière légumineuses en semis conventionnel

Chisel après récolte + Cover Crop + semis (+ rouleau si terrain foisonné);
Chisel après récolte + Cover Crop + vibroculteur + semis (+ rouleau si terrain foisonné).

 

Derrière précédent blé en semis conventionnel

2 x chisel + Cover Crop + vibroculteur + semis (+ rouleau si terrain foisonné).

 

Semis

Dans le site de Louata, gélif en hiver et sec en fin de printemps, il faut éviter de semer très précocement pour pouvoir échapper aux phénomènes de malformation d’épillets et de coulure dus au froid, mais semer suffisamment précocement pour qu’en même temps échapper aux grosses chaleurs et au Chergui. Ainsi, le mois de novembre (en particulier les deux premières décades) est théoriquement la période idéale pour réaliser le semis, et que les semis de fin décembre/début janvier sont à proscrire en Bour.

En agronomie, ce sont les objectifs de rendement escompté, les conditions générales de préparation du sol, de semis et les caractéristiques propres de la variété (précocité, poids de 1000 grains, faculté germinative), qui permettent de déterminer la densité et la dose de semis. Au Maroc, le recours à l’azote comme moyen pour agir sur le tallage en cas de faible peuplement-pied est très limité en Bour, du fait du risque de l’inefficacité de cet engrais en cas de sécheresse au moment du tallage. L’action sur le tallage doit rester un palliatif pour l’irrigué et en cas de moins bonne réussite de la levée.

A Louata, la densité de semis recherchée est en général de 450-500 grains/m2. Elle est obtenue au moyen de doses de semence variant entre 180 et 200 kg/ha, selon le poids de 1000 grains. La dose est également quelque peu ajustée selon la qualité de préparation du sol de la parcelle ou de la campagne, la date de semis, le type de semis, la faculté germinative, et dans une moindre mesure l’aptitude au tallage.

Le grain de blé dispose de réserves en principe suffisantes pour assurer une levée normale s’il est semé à des profondeurs raisonnables autour de 4-5 cm, sur un lit de semence renfermant un minimum de terre fine afin d’assurer un bon contact terre/grains et une imbibition suffisante de la graine.

 

Fertilisation

Les sols de Louata ont été fortement fertilisés en phosphore et en potasse dans les années 90, sans avoir produit beaucoup, du fait de la longue période de sécheresse ayant sévi au Maroc à cette époque. La teneur actuelle du sol en ces deux éléments est globalement bien au-dessus des niveaux requis pour les céréales en Bour. En général, les doses de P et K conseillées en Bour sont soit l’impasse totale, soit 20 U/ha pour P2O5 et 50 U/ha pour K2O, apportées en totalité au semis, contre respectivement 60 et 120 U/ha en irrigué.

L’apport d’azote doit être échelonné et ajusté en fonction des conditions et selon l’état végétatif de chaque parcelle.

D’une manière générale, à Louata, ce sont les années pluvieuses depuis le début jusqu’à la fin, comme 1991 et 1995 ou encore 2006 et 2012, qui valorisant mieux l’azote apporté, avec des doses pouvant aller de 120 à 160 U/ha (160-200 U/ha en irrigué). Par contre, en années de sécheresse sévère, comme 2015/2016, l’azote est inefficace.

Excès d’eau et excès d’azote provoquent également de la verse produisant plus de paille que de grain, en particulier dans les bas-fonds des parcelles.

A Louata, l’efficacité de l’engrais azoté (kg de grain produit/unité d’azote apportée), calculée de façon pratique sans trop tenir compte de la fourniture du sol, varie grosso modo de 17 kg/U à 37 kg/U, selon l’année climatique, la variété ou encore l’irrigation.

De nombreux essais ont été menés durant les 20 dernières années sur les oligo-éléments, mais aucun effet remarquable sur le rendement n’a été constaté.

 

Entretien de la culture

A Louata, il faut contrôler non seulement la pression des mauvaises herbes spécifiques du milieu mais aussi celles introduites de l’extérieur par la semence et par les élevages ovins du voisinage qui pâturent sur les terrains à certaines époques de l’année (partie en jachère, chaumes après récolte), sans oublier le problème plus crucial des espèces résistantes aux phytohormones telles que le coquelicot et le brome (Bromus rigidus). Le choix du produit désherbant en fonction des espèces présentes, du matériel de grande largeur en bon état et bien étalonné, le respect des conditions météorologiques requises, du stade d’intervention, de la bouillie, …sont autant d’éléments à prendre en compte pour réussir l’opération.

Comme exemple d’association de produits, il faut citer Lancelot + Pallas additionnés de 250 gr/hl de sulfate d’ammoniaque et 250 cc d’huile minérale de type Saf-T-side pour lutter à la fois contre les dicotylédones et les graminées résistantes, notamment le coquelicot et le brome.

Pour les maladies cryptogamiques, l’oïdium, le piétin échaudage, la septoriose, voire parfois la fusariose, peuvent attaquer les blés dans la zone, mais d’une manière générale la maladie grave reste la rouille jaune (Puccinia Striiformis). Selon qu’on a affaire au Bour ou à l’irrigué, à une année d’extrême sécheresse, à une année moyenne ou à une excellente année, la stratégie est soit une stratégie zéro traitement, à un seul traitement ou à deux traitements.

Là aussi, divers produits avec une seule matière active ou association de 2 matières actives sont utilisés (Opus, Opéra max, Impact RM,…).

 

Irrigation d’appoint

D’une manière générale à Louata, pour optimiser le système, il faut travailler à forte fréquence et faible dose (3-4 passages/semaine à dose < 15 mm) et mener une gestion avec comme objectif principal de consommer le moins d’eau possible, sans toutefois limiter le potentiel des variétés. Selon la pluviométrie de la campagne, on intervient surtout au démarrage en cas de pluie tardive au moment des semis et, pour l’appoint, le plus souvent en fin de campagne en cas d’année sèche. L’apport varie de 75 m3/ha à 1.650 m3 selon la pluviométrie de l’année. L’efficience de l’eau d’irrigation d’appoint est très fluctuante et semble curieusement sur le long terme, peu tributaire du déficit pluviométrique de la campagne. Elle varie de 2,10 kg de grain/m3 à 2,26 kg/m3, contre 0,53 et 1,03 kg/m3 pour l’efficience de l’eau de pluie en Bour.

 

Encadré ?

Effets du semis direct

Le semis direct a été introduit progressivement à Louata depuis 2007 pour atteindre aujourd’hui plus de 1.100 ha. Dans les limites des observations pratiques disponibles, voici le résumé des enseignements que partage l’ensemble du staff agronomique de la ferme à propos de cette technique:

– Le semis direct a surtout l’avantage de réduire les opérations de préparation du sol;
– Il permet un gain de temps, grâce au ressuyage rapide du sol, sur les opérations de semis, l’épandage des engrais azotés ou les traitements juste après pluie;

– Analysée sur 5 ans, à partir de la base de données disponible, on ne remarque aucun accroissement significatif de productivité conséquent au semis direct (42,8 contre 43,3 qx/ha pour le semis conventionnel);
– On observe un meilleur comportement vis-à-vis du ruissellement et de l’érosion du moins tant que l’intensité de la pluie n’est pas très forte;

– En revanche, le gain sur les frais de préparation du sol est de 780 Dh/ha, soit l’équivalent de 2,5 qx/ha;
– En ce qui concerne l’évolution du profil cultural, pas d’effet spectaculaire ni sur l’humidité du sol en début ou en fin de culture, ni sur la répartition de la MO ou des minéraux tels que P ou K ;
– Il existe une certaine divergence d’opinion en ce qui concerne l’impact du semis direct sur l’évolution des populations de mauvaises herbes résistantes.

 

Chantier des moissons

La moisson dans un grand domaine requiert des préparatifs de différents ordres, concernant la remise en état des machines, l’entretien des locaux, des aires de stockage, des aires de manutention et l’optimisation de l’affectation du personnel aux divers postes.

L’autre préparatif, qui n’est pas des moindres, est l’implantation du maillage de pare-feu contre les risques d’incendie. Celui-ci débute par un labour des tournières dès la fin du printemps. Il est ensuite complété par la constitution de modules unitaires de 25-30 ha chacun, séparés par des couloirs de protection de 8 à 12 m de large, réalisés la veille de la récolte par le passage de moissonneuse batteuse au milieu des parcelles, suivi d’un retournement des chaumes de ces couloirs à la charrue ou à défaut, au stubble plow. En cas de vent poussant très fort, le feu peut parfois traverser ces couloirs et continuer ses ravages jusqu’au bout du champ. Un tracteur avec chisel, positionné en permanence sur un point stratégique, assure la surveillance et se tient constamment prêt pour intervenir en cas d’incendie.

Divers critères sont pris en compte pour fixer l’ordre dans lequel on doit récolter les parcelles. Parmi ceux-ci, il y a la maturité de la variété, les conditions climatiques du moment, en fin de cycle, la sensibilité à l’égrenage, la productivité des variétés et les risques d’incendie. D’une manière générale, les parcelles emblavées en semence de rang G3 ou G4 et très productives sont prioritaires. Il en est de même de celles traversées par les routes et les pistes publiques ou proches des habitations, exposées aux risques d’incendie.

A Louata, on dispose de moins de 50 jours (début juin-fin juillet) pour récolter les 1.400 à 1.500 ha de céréales cultivées chaque année. Configuration des parcelles, effet pente, pannes plus ou moins fréquentes, conditions climatiques de la semaine et de la journée,… sont autant de facteurs qui déterminent le rendement des machines. Les meilleurs rendements machine sont obtenus lorsque la récolte a lieu sur des parcelles très grandes avec moins de temps morts dans les tournières (superficie > 100 ha), de faible pente et avec peu de ravinements (vitesse d’avancement plus rapide), par temps sec et pas très chaud (journée sans orages, température autour de 28-30°C toute la journée avec travail continu jusqu’au soir), et sans arrêt prolongé pour cause de pannes. D’une manière générale, le rendement journalier global moyen est de 30-45 ha/j, soit 1.300-1.600 qx/j (8-12 ha/j/machine et 350-400 qx/machine).

 

Productivité et qualité

Comme pour le reste du pays, à Louata, la pluie est globalement la variable explicative première de la productivité des céréales. D’une manière générale, les rendements plafonds en Bour sont de l’ordre de 50-60 qx/ha. Ils correspondent aux campagnes avec bon régime pluviométrique comme 2006 et 2012 (P> 550 mm avec bonne répartition), et les rendements planchers de moins de 20 qx/ha, aux campagnes très sèches comme 2004/2005 (P< 330mm avec mauvaise répartition). Entre les deux extrêmes, les autres variables additionnelles explicatives de la productivité sont, toutes choses égales, l’effet précédent cultural (le rendement est meilleur derrière jachère que derrière féverole ou derrière un autre blé, et le plus mauvais rendement est obtenu derrière pois chiche de printemps qui laisse un profil asséché). Et viennent ensuite l’effet variété (Radia est meilleure qu’Arrehane), l’effet type de sol (les terrains profonds et tamponnés vis-à-vis de l’arrêt des pluies tolèrent mieux la sécheresse et donnent un rendement meilleur que les sols superficiels s’épuisant vite), l’effet date de semis (en général les rendements des semis précoces de novembre sont meilleurs que ceux des semis tardifs de fin décembre).

En ce qui concerne la paille, le rendement est également fonction de l’année, de la variété, des possibilités d’irrigation. Il varie de 120 bottes de 14 kg à 300 bottes/ha.

Propreté de la récolte, poids spécifique du grain (secondairement sa couleur) sont les principaux critères de la qualité pour les blés destinés aux minoteries, auxquels il faut ajouter la pureté spécifique et variétale, la faculté germinative et la présence de mauvaises herbes dites coriaces dans les cahiers des charges, en cas de blé de semence.

Ce sont surtout les conditions climatiques de l’année (mais parfois les erreurs agronomiques), qui sont responsables de la non qualité. Un blé dense échaudé par la sécheresse de fin de cycle ou par un épisode prolongé de Chergui, d’un poids spécifique très faible de 72-73 kg/hl (au lieu de 79-80 des cahiers des charges), sera refusé comme semence et sera même sous payé comme blé pour l’écrasement. Des orages tardifs de 50-60 mm, intervenant la veille de la récolte, peuvent également altérer la qualité du blé, en provoquant entre autres la germination sur épi. Là aussi, le produit risque d’être refusé comme semence et sous payé à la vente comme blé commun.

Les autres causes de la mauvaise qualité de la récolte (rares à Louata du fait du bon niveau technique de la ferme), sont la récolte souillée pour n’avoir pas été désherbée correctement, un grain en partie échaudé, par suite d’un phénomène grave de verse due à l’excès d’azote, ou pour n’avoir pas été traité contre les rouilles ou les septorioses.

 

Commercialisation

En dehors des problèmes courants des retards d’enlèvement, parfois aussi des retards de règlement, en particulier les années à forte production où les multiplicateurs se disputent le peu d’avances de trésorerie disponibles, la commercialisation de la semence au Maroc ne soulève aucun problème particulier. Il existe cependant des cas particuliers où la ferme a le choix entre la vente de la production comme semence ou comme blé commun. C’est le cas d’une variété conforme au cahier des charges à tout point de vue, sauf en ce qui concerne le poids spécifique (PSP de 76/77 par exemple). Dans ce cas, l’équation suivante permet de décider du choix à faire:

%E x Pe + %S x Ps – Pc ≥ Pcm

Où %E représente le pourcentage d’écart dans la station de conditionnement pour ramener le poids spécifique de 76 à 79, Pe le prix correspondant sur le marché, %S le pourcentage de semence et Ps le prix de la semence, Pc le prix du conditionnement et Pcm le prix du commun.

Avec l’hypothèse d’une semence G4 de PSP = 76, payée à Ps = 400 Dh/ql, un prix du commun Pcm de 260, un prix des écarts Pe = 200 Dh/ql, un prix du conditionnement Pc de 13 Dh/ql, on démontre que même avec un taux d’écart (% E) de 50 %, la semence est encore plus rentable que le commun. Ce résultat montre aussi à quel point la multiplication de semence est plus rentable que la production de blé commun.

C’est la commercialisation du blé commun qui pose souvent problème, faute de cadre professionnel pour faire face aux divers négociants organisés en lobby. Et la difficulté est à son maximum les années de pléthore, en particulier pendant les périodes où les frontières restent encore ouvertes à l’importation.

 

Rentabilité

A Louata, le prix de revient moyen du blé tendre commun dans le Bour la bonne année climatique comme 2012/2013, se situe autour de 7.285 Dh/ha (env. 700 US $), qui se répartissent entre la préparation du sol (157 Dh), le semis (970 Dh), les engrais (1.921 Dh), le désherbage (329 Dh), les fongicides (460 Dh), la récolte (433 Dh), le bottelage (380 Dh), le transport et le conditionnement (445 Dh), l’amortissement du matériel (52 Dh) les frais divers, y compris les frais généraux (2.135 Dh). Ces prix ne sont pas spécifiques à la ferme.

Le prix de revient est plus faible en année sèche (- 35 %), où la stratégie du domaine est souvent de limiter la dépense en réduisant encore davantage la dose d’engrais et en supprimant l’anti-graminées et le fongicide. Il est plus élevé (+30 %) pour les parcelles produisant du blé de semence qui exige des opérations supplémentaires comme l’épuration ou une stratégie de traitements à deux passages. Et le plus grand coût/ha est celui noté en irrigué les années sèches (15.500 Dh/ha) du fait des consommations plus élevées d’engrais, de désherbants, de fongicides et surtout du coût énergétique de l’irrigation.

Au Maroc, la semence de blé tendre, et des céréales en général, est classée comme produit stratégique par l’Etat qui en garantit l’achat et le prix. Le quintal de blé tendre agréé comme semence est payé à 397 Dh (env. 40 $) pour la multiplication de la génération G4, 382 Dh pour la génération R1 et 367 Dh pour la R2, tandis que le blé commun destiné à l’écrasement est payé à des prix variant entre 230 et 260 Dh/ql, selon l’offre de l’année et la qualité du grain. Pour la paille, le prix de vente moyen est de 7-8 Dh/botte en année à offre pléthorique et 14-15 Dh/botte les années difficiles.

Compte tenu des prix de revient ci-dessus, les résultats obtenus suggèrent donc que le seuil de rentabilité est d’environ 30 qx/ha pour le blé commun, 25 qx/ha pour la semence en Bour, et 40 qx/ha pour la semence produite en irrigué.

 

En Bour, rentabilité et productivité sont fortement corrélées. Analysée sur le long terme, la marge bénéficiaire du blé non irrigué est de 3.200 Dh/ha toutes campagnes confondues, elle est plus intéressante pour le blé de semence (4.100 Dh/ha) que pour le blé commun (1.950 Dh/ha). A Louata, ce n’est d’ailleurs que lorsqu’on est passé ces dernières années au système biennal alliant blé/Jachère et blé/légumineuses avec l’essentiel de la production comme multiplication de semence, que le blé a commencé à devenir un peu plus rentable (4.950 Dh/ha contre 2.300 Dh/ha avec un système triennal type blé/blé/ Jachère). Ces chiffres sur la marge n’incluent pas la valeur locative de la terre. Pour calculer la marge réelle, encore faut-il en déduire 1.000 à 1.500 Dh/ha de loyer.