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Phytosanitaire : Rationalisation d’utilisation des pesticides

Phytosanitaire : Rationalisation d’utilisation des pesticides

Rationalisation d’utilisation des pesticides à travers des applications efficientes aux champs

El Aissaoui Abdellah, Laboratoire de Machinisme Agricole, INRA, Settat (ab_elaissaoui@yahoo.fr)

Une demande accrue est exprimée, ces dernières années, par plusieurs ONG et organismes internationaux (NU, UE, OECD, OMS et autres) pour réduire l’utilisation des pesticides et limiter leur effet néfaste sur  la santé humaine et sur l’environnement.
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Cette demande s’est concrétisée dans les pays développé à différentes échelles par :

  • La promotion des méthodes de lutte intégrée et des biopesticides,
  • L’élimination des produits chimiques dangereux et homologation de nouvelles formulations à faible risque,
  • La mise à niveau de la réglementation sur les pesticides,
  • La normalisation et optimisation des procédés et des équipements de pulvérisation,
  • La promotion des technologies précises d’application à taux variables et par injection directe des pesticides,
  • L’institutionnalisation de l’inspection et de contrôle technique des machines et des équipements de pulvérisation.

Cependant, des efforts importants restent à consentir dans les pays en développement pour l’implémentation et la mise en application des aspects réglementaires ainsi que pour le renforcement des mesures de gestion des pesticides dans les champs. Il y a également un manque de stratégies et de programmes consistants de promotion des méthodes alternatives et de lutte intégrée, ce qui met en exergue l’importance que doit jouer le développement dans la rationalisation de l’utilisation des pesticides via la formation des agriculteurs et la mise à niveau de leur savoir-faire.

Evolution de la technologie d’application des pesticides :

Les techniques et/ou les technologies d’application déterminent largement la manière dont les bouillies des pesticides sont utilisées et réparties pratiquement sur une cible et par conséquence le niveau de risque potentiel en relation avec la dose requise, la sécurité de l’opérateur, les impacts non-ciblés sur le sol, l’eau, l’air et les être-vivants et aussi en relation avec le niveau  et la variabilité des résidus des pesticides diffusés dans la nature. Les pratiques d’application sont les seuls moyens qui permettent d’améliorer le ciblage des pesticides pulvérisés et de minimiser les risques environnementaux et humains lors des applications. Par ailleurs, les équipements et les techniques utilisés n’affectent pas seulement le risque lié au processus de pulvérisation mais aussi les risques dus aux procédures de préparation de la bouillie, de remplissage des cuves et de lavage des pulvérisateurs.

Les pulvérisateurs utilisés généralement dans les pays en développement (cas du Maroc) sont dotés de type de régulation classique dite à débit constant (DC) et ne répond que partiellement aux normes de sécurités et de performance exigés dans les pays développés. Cette technologie de régulation DC est dépassée en Europe et aux USA. Elle a été substituée par d’autres technologies performantes en l’occurrence les régulations à débit proportionnel au régime du moteur (DPM) ou à débit proportionnel à l’avancement (DPA) ou à concentration proportionnelle à l’avancement (CPA) ou par injection directe de la dose active. En outre, des progrès technologiques  importants ont été réalisés  sur l’application des pesticides à taux variable (variable rate technology)  en vue de gérer les besoins en pesticides en temps réel dans l’espace pour des applications sur mesure, marquant l’ère de l’agriculture de précision. 

 

    

Commentaire : Pulvérisateur muni de buses classiques (gauche) et de buses à induction d’air, très efficaces contre la dérive des bouillies (droite).

Commentaire : Problème d’application précise d’herbicide pour le traitement de l’orobanche sur la fève, l’efficacité est conditionnée par la difficulté à appliquer efficacement une faible dose de matière active.  

Commentaire : les opérations de désherbage des blés par jeeps sont confrontées à des problèmes de réglage de dose de bouillie, de hauteur de rampe et de vitesse d’avancement.

Commentaire : Application inefficiente de bouillie de pesticide par lance sur cultures maraichères, le dépôt de jet sur la cible est inefficient en plus de la dérive de la bouillie, ce qui conduit à une augmentation des doses de matière active appliquée.

Au Maroc, l’application des pesticides se fait principalement par pulvérisation des bouillies liquides (produit chimique dilué dans l’eau) dans les champs des céréales, des légumineuses et des cultures maraichères. Les classes des exploitations agricoles fait ressortir des petits et moyens agriculteurs utilisant dU petit matériel porté (pulvérisateurs à dos ou atomiseurs) et des grands agriculteurs disposant des pulvérisateurs tractés. Par ailleurs, les travaux à façons effectués par avions dans les grands domaines ou par Jeeps dans quelques régions, sont répandus pour traiter les grandes cultures.

Possibilités de réduction de l’utilisation des pesticides agricoles

Sur un programme de lutte chimique, nous pouvons parler d’une réduction directe et indirecte de la quantité des pesticides à pulvériser sur un couvert végétal à l’échelle d’une parcelle. La réduction directe concerne la quantité  nécessaire d’une formulation qui peut être minimisé en adoptant efficacement des traitements précoces. Le terme d’efficacité implique principalement la qualité d’application qui dépend de la performance du matériel utilisé et de la technicité de l’opérateur pour optimiser l’intervention. Un exemple courant chez les agriculteurs est le désherbage précoce des céréales. En effet, une intervention sur un blé à un stade précoce permet de réduire directement jusqu’à 20 à 30% de la dose à l’hectare selon l’importance et la taille des mauvais herbes. La réduction indirecte concerne principalement le comment : l’optimisation de l’efficience d’application d’une MA via la performance du matériel utilisé et le savoir-faire de l’utilisateur d’où l’importance de l’adoption des technologies d’application performantes et de la promotion des sessions de formation sur le réglage et l’entretien des pulvérisateurs. En effet, l’optimisation d’une application de pesticide, augmente son efficacité. Par conséquence nous pouvons réduire les doses ainsi que la fréquence des traitements par cycle de culture.

Cas d’application inefficiente : Pomme de terre 

Les prospections effectuées aux champs de pomme de terre ont montré aussi bien chez les petits que chez les grands agriculteurs, des défaillances techniques considérables liées à l’application des fongicides. En effet, pour réussir cette culture dans des conditions climatiques d’humidité excessive, les agriculteurs ont recours à des fréquences de plus de dix traitements fongicides par cycle, et tenant compte de l’uniformité effective de la répartition d’une bouillie de fongicide, nous pouvons évaluer la réduction potentielle de diffusion de ce produit chimique via une application efficiente. Les constats de terrain montrent qu’il y a beaucoup de petits agriculteurs appliquant les fongicides avec des pulvérisateurs à dos. La réduction potentille peut atteindre jusqu’à 50% en termes d’efficacité due à l’inefficience des applications. En effet, techniquement ce petit matériel n’est pas efficient pour appliquer uniformément un fongicide sur une culture de pomme de terre à cause du manque de pression de service qu’il faut maintenir constamment supérieur à 3 bars et à cause de la pénibilité de l’opération.

 

 

 

 

 

 

 

  Commentaire : Application excessive et aléatoire des fongicides par pulvérisateur à dos sur pomme de terre (taches blanches : signes de concentration de fongicide au bout des feuilles dus a une application inefficiente).

Conclusion

Nous avons tenté de traiter un problème réel d’optimisation de la diffusion des bouillies chimiques dans les champs auquel sont confrontés la majorité des agriculteurs. Ce problème d’optimisation des applications chimiques  parait relativement plus sérieux pour les cultures maraîchères et fruitières consommatrices de 50% des pesticides vendus au Maroc pour une SAU de moins de 10%.

Etant donné qu’il y a une demande importante en pesticides pour produire intensivement et que le Maroc est un partenaire de l’UE et des USA, une gestion rationnelle de cet intrant doit être considérée pour réduire cette demande et respecter les normes des limites maximales des résidus dans les produits finaux. L’optimisation des dépôts chimiques sur les cibles à traiter peut se faire à travers des applications efficientes. La réduction de dépendance aux pesticides est étroitement lié à la manière de gérer rationnellement l’application des produits chimiques à l’échelle d’une parcelle sans affecter le rendement potentiel d’une part et sans porter préjudice à notre environnement et à la santé du consommateur d’autre part.

 

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