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Maraîchage : La mouche blanche, ravageur de la tomate

Maraîchage : La mouche blanche, ravageur de la tomate

La mouche blanche

Parmi les principaux ravageurs inféodés a la tomate

Pr. BENAZOUN Abdeslam

Deux espèces de ravageurs attaquent la  tomate : Bemisia tabaci Gennadius et Trialeudes vaporariorum West. B tabaci aurait un adulte plus petit avec des ailes accolées au corps au repos et un puparium jaune ovale, plat avec une marge extérieure arrondie, sans poils, alors que T.vaporariorum serait plus grande à l’état adulte avec un puparium allongé couvert de longues soies, cireuses et épineuses. B. tabaci est un ravageur très polyphage signalé sur environ 500 espèces végétales cultivées et spontanées appartenant à 74 familles botaniques, surtout les Solanaceae, Chenopodiaceae, Asteraceae, Cucurbitaceae et Malvaceae. Elle attaque les cultures maraîchères (tomate, aubergine, melon, pastèque…), les plantes ornementales (Poinsettia, Lantana, Salvia…) et les mauvaises herbes (Datura stramonium, Solanum nigrum…).

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Au Maroc, d’importantes pertes ont été enregistrées sur tomate de plein champ et sous serre, et la diminution de production a atteint 50% dans certaines régions au cours de la campagne 1999-2000. B. tabaci s’alimente directement à partir du phloème. Lorsque la population est importante, la succion des feuilles entraîne une perturbation des activités physiologiques de la plante qui se traduit par une réduction de la croissance et parfois une chute des feuilles. Ceci entrave le développement du fruit provoquant ainsi une diminution du rendement de l’ordre de 20% ou plus. Le développement de la fumagine (Capnodium spp.) sur les fruits et les feuilles (diminution de la photosynthèse),  nuit à la croissance de la plante. En effet, ce champignon se développe sur le miellat des aleurodes, riche en sucres. Les fruits de la tomate peuvent alors être sérieusement endommagés (revêtement noir sur l’épiderme).

En plus de ces dégâts B. tabaci peut transmettre une trentaine de virus dont les plus importants sont des Geminivirus dont le Tomato yellow leaf curl Viruse ou TYLCV est le  virus le plus important  D’autres groupes de virus peuvent également être transmis par B. tabaci à savoir les  Carlavirus : (Cowpea Mild Mottle Virus), les Clostérovirus: (Lettus Infectious Yellow Virus, Cucurbit Yellow Stunting Disorder Virus, Sweet Potato Sunken Vein Virus, Tomato Infectious Chlorosis Virus) et le Rod shaped: (Cucumber Yellow Vein Virus).

Le TYLCV est transmis par le mode persistant; il provoque sur les feuilles 2 types de symptômes: un jaunissement plus ou moins prononcé des feuilles qui commence du bord extérieur du limbe vers la nervure principale et leur enroulement vers le haut, en forme de cuillère. Le développement de la plante est bloqué, la taille des folioles est réduite et la longueur des entre-nœuds est raccourcie, ce qui entraîne un nanisme de la plante quand l’infection est précoce. Ainsi, la production est fortement compromise puisque la plante ne produit plus de fruits à cause de l’abscission des fleurs. B. tabaci s’adapte mieux aux conditions estivales et son développement y est optimal à des températures de l’ordre de 30 à 33°C. Sa biologie est fortement  liée au climat de la région et à la plante hôte (+autres facteurs). Au  Maroc et plus particulièrement dans la région du Souss B. tabaci est l’aleurode le  mieux représenté  sur tomate (67%). Il y évolue en 3 à 4 générations chevauchantes entre septembre et mai. En conditions contrôlées (27 °C de température et 65% d’HR), la durée de développement larvaire de B. tabaci varie de 21 à 27 jours, alors qu’un adulte vit entre 10 et 13 jours. La femelle pond environ 100 œufs durant toute sa vie et le nombre de femelles est légèrement supérieur à celui des mâles qui est de 48%. En qualité de vecteur, l’espèce peut acquérir le virus en 20 minutes et le transmettre en 15 minutes. Néanmoins, selon certains auteurs, le TYLCV a besoin d’une période de latence de 17 heures.

La distribution de B. tabaci est fortement agrégative, ses pullulations débutent à partir des foyers, et les 2/3 des œufs sont généralement pondus dans le lieu le plus chaud de la parcelle. Les adultes peuvent voler (vol actif) pendant plus d’une heure, ils sont transportés par le vent (vol passif) ou par l’homme sur de longues distances.

La répartition des larves et des adultes de B. tabaci sur une plante n’est pas aléatoire. Les adultes préfèrent les jeunes feuilles pour s’y nourrir et y pondre, et les larves se distribuent du haut vers le bas : sur un plant de tomate, les stades les plus âgés sont présents sur les feuilles basses, alors que les œufs et les larves jeunes se trouvent sur  les jeunes feuilles.

  1. T. vaporariorum est une espèce fréquente dans les serres de la région méditerranéenne. Elle a une large gamme de plantes hôtes (274 espèces appartenant à 81 familles botaniques différentes). Rencontrée principalement sur cultures ornementales (Gerbera, Pélargonium, Poinsettia..), cultures maraîchères (haricot, courgette, piment, tomate..), sur tabac et sur plusieurs adventices. Ses dégâts directs sont semblables à ceux infligés par tabaci . Plusieurs seuils de tolérance ont été établis pour T. vaporariorum : une densité de 400 adultes/plant peut être tolérée et ne nécessite pas un traitement, alors qu’une densité de 0.7 immature/cm² de surface foliaire réduirait le rendement de tomate sous serre de 5%. Généralement une densité qui dépasse 6 larves par cm² peut provoquer une perte économiquement importante. En plus des dégâts directs T. vaporariorum peut transmettre certains virus : Sunflower Mosaic Virus, Tomato Infectious Chlorosis Virus, Tomato Chlorosis Virus, Beet Pseudo Yellows Virus
  2. vaporariorum présente le même cycle évolutif que celui de B. tabaci. La femelle commence à pondre 1 à 3 jours après son émergence. Elle dépose entre 30 et 500 œufs durant sa vie sous forme de cercle à la face inférieure des feuilles. La femelle préfère l’aubergine et peu le poivron pour y pondre.  Après éclosion, chaque œuf donne naissance à une larve qui évoluera en 4 stades dont le dernier est assimilé à une pupe de laquelle émerge le futur adulte. Le zéro de développement de T. vaporariorum est d’environ 7 °C. Une température de 24 °C est optimale pour son développement, alors que la température létale serait de 35 °C pour les œufs et 38 °C pour les larves.  La durée moyenne du cycle complet est de 32 jours, mais on note  sur haricot 110 jours à 12 °C et 25 jours à 21 °C. Un adulte peut vivre sur tomate 50 jours à 15 °C et seulement 8 jours à 27 °C.  Sur poivron, l’insecte survit très peu, sa mortalité étant très élevée. 

Contrairement à B. tabaci, la population larvaire rencontrée sur la même feuille est généralement homogène. Les adultes se trouvent au sommet de la plante et y déposent leurs œufs, de préférence sur les jeunes feuilles desquelles les larves âgées vont se diriger vers les anciennes feuilles. Les tableaux 2 et 3 donnent une idée sur l’effet de la température et de la plante hôte sur la biologie de T. vaporariorum.

 

Stratégie de lutte

En matière de lutte contre les aleurodes plusieurs mesures  sont conseillées :

  • Au niveau de la pépinière : produire des plants sains indemnes de toute maladie virale;
  • équiper la serre sur les côtés latéraux et sur la faîtière de filet Insect-Proof (10×20) adéquat qui élimine les entrées des aleurodes. Les portes (sas) peuvent être aussi efficaces ;
  • installer des plaques et des bandes jaunes comme moyen de piégeage de masse;
  • désherber et incinérer les résidus de cultures pour détruire les pupes. Dans ce cadre il serait nécessaire de pratiquer un vide biologique pour réussir cette mesure;
  • pratiquer une rotation culturale qui serait bénéfique pour réduire les populations de l’insecte;
  • éviter les périodes et les lieux de fortes pullulations de tabaci pour planter, en décalant les dates de plantation de tomate et l’épargner contre le virus. Un désherbage complet et régulier permet de débarrasser l’intérieur et le pourtour de la serre des réservoirs de l’aleurode. Le choix de quelques variétés tolérantes, pourrait minimiser les chances d’expression du TYLCV mais il n’inhibe pas sa propagation;
  • surveiller des adultes sur plaques jaunes pour détecter  les premiers vols et intervenir avec un traitement adulticide. 5 à 8 plaques par hectare peuvent être installées à 20 cm en dessous de l’apex pour être contrôlées, chaque jour au début de la culture et chaque semaine vers sa fin. Les pièges jaunes peuvent servir aussi pour le piégeage de masse, ils peuvent être installés sous forme de bandes en plastique jaune englué, à l’intérieur et à l’extérieur de la serre ;
  • inspecter les plants, à l’aide d’une loupe à main, pour détecter les premières larves visibles. Ceci sera la base du choix de l’utilisation d’un larvicide. Insister dans ce cas sur les lignes de bordure et sur les feuilles basales, c’est là où on peut facilement trouver des pupes et des larves. L’observation des œufs reste difficile, mais la présence d’adultes sur les feuilles du tiers supérieur laisse supposer que les femelles ont déjà commencé la ponte ;
  • savoir distinguer entre les deux espèces d’aleurodes à l’œil nu. L’adulte de tabaci est plus petit, blanc jaunâtre. Au repos, ses ailes sont accolées au corps, alors que celui de T. vaporariorum est recouvert par un duvet cireux blanchâtre, ses ailes sont en forme de toit, maintenues en parallèle.
  • raisonner la lutte chimique en choisissant des produits sélectifs et en alternant les matières actives pour éviter le phénomène d’accoutumance. Il a fallu donc s’orienter vers l’usage de produits naturels ou d’agents biologiques qui ciblent spécifiquement le ravageur sans pour autant être offensifs aux organismes bénéfiques ou utiles associés au ravageur. Au Maroc, les producteurs ont le choix entre plusieurs insecticides homologués,
  • utiliser des ennemis naturels, comme la punaise prédatrice Nesidiocoris tenuis Reuter (Hétéroptère. Miridae), les parasitoïdes du genre Eretmocerus (Hymenoptera; Aphelinidae) et les champignons entomopathogènes dont Verticillium lecanii (Moniliales)

 

 

Dans les prochains numéros, nous nous intéresserons à d’autres ravageurs de la tomate sous serre notamment : les pucerons, les thrips, les acariens, les noctuelles et les mineuses.

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