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Pays bas : Filière ovine et caprine

Les Pays-Bas :

Dynamisme et intégration de la filière ovine et caprine

 

Au delà de l’image bucolique souvent véhiculée de la Hollande, faite de tulipes, de moulins à vent et de fromages, les Pays-Bas sont une nation de longue tradition dans le commerce des produits agricoles. Grâce à la fertilité de leurs sols, leurs solides connaissances agricoles, la qualité de leurs produits et leur sens du commerce, les hollandais exportent leurs produits partout dans le monde. Ceci vaut également pour les produits d’origine animale puisqu’environ 3/4 de la viande produite sont destinés à l’exportation.

 

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Ce sont les impressions qui se dégagent du voyage de presse de 5 jours organisé début mai aux Pays-Bas par le Ministère des affaires économiques de ce pays, et auquel ont pris part des journalistes appartenant à une dizaine de pays du pourtour méditerranéen. Au programme, visite d’élevages d’ovins et caprins à travers le pays de même que des fabriques de fromage, abattoirs, centres de recherche, société de fabrication de lait en poudre…

Dans les régions visitées, le paysage est diversifié mais les variations climatiques sont peu sensibles, en raison des dimensions réduites du pays. La multitude de canaux, ponts, digues et moulins à vent confère au paysage son aspect si particulier qui illustre la lutte permanente des Néerlandais contre l’eau (une bonne partie du pays est située en dessous du niveau de la mer).

Moutons et chèvres ont toujours joué un rôle important dans l’agriculture des Pays-Bas. Et si, à l’origine, ces petits ruminants étaient élevés dans des fermes extensives à faible valeur financière, de nos jours, de nombreuses fermes professionnelles se sont lancées dans l’élevage et la reproduction des ovins et des caprins, principalement pour la production de viande (moutons) et de lait (chèvres). A noter qu’à coté des fermes spécialisées dans l’élevage ovin et caprin, de nombreuses exploitations bovines pratiquent également ce genre d’élevage à titre d’activité secondaire.

Un certain nombre de facteurs a stimulé ce secteur, à savoir:

– instituts de recherche et projets pratiques

– excellente maitrise de l’élevage

– bonnes compétences en matière de gestion

– orientation vers le marché professionnel

– infrastructure adéquate pour un transport efficient des animaux…

 

Des Moutons et des Hommes

Les Pays-Bas ont un long passé d’élevage et de reproduction des moutons. En effet, le climat et le paysage conviennent parfaitement à ce type de zootechnie. Si à l’origine les moutons étaient élevés sur des terres pauvres, actuellement, ils sont largement répandus dans tout le pays, et de nombreux fermiers opèrent dans le domaine de l’élevage et la production des ovidés. Les moutons ne nécessitent pas de logements coûteux et utilisent de façon efficace les terres sur lesquelles ils vivent. Se nourrissant essentiellement d’herbe (en hiver herbes séchées + concentré), leur prix de revient n’est pas très lié aux fluctuations des prix des aliments pour animaux comme les céréales, le soja et le maïs. Ainsi, l’élevage de mouton est considéré comme le moyen le plus efficace de valoriser les terres agricoles les plus pauvres ou accidentées. 

 

Race Texel

La fierté des éleveurs hollandais

Pâturages bien verts, moutons et moulins … nous sommes bien à Texel. Cette île de  25 km de longueur et 10 km de largeur, offre sur un petit espace, une grande diversité de paysage et une magnifique sensation de dépaysement. L’ile vit encore de ses activités traditionnelles : élevage des moutons, pêche, horticulture…

Appelée l’île aux oiseaux, Texel est aussi l’île des moutons, puisqu’elle compte pas moins de 14.000 ovins, soit pratiquement 1 bête pour chaque habitant de l’île. La race Texel est une race bouchère élevée en plein air intégral avec un agnelage de printemps et des agneaux engraissés à l’herbe. Le Texel fait partie des races les plus prolifiques avec une production laitière qui lui permet également d’élever naturellement ses agneaux. Cette race bien conformée comporte peu de gras et présente un excellent rendement de carcasse. C’est pourquoi elle est appréciée en croisements pour améliorer les aptitudes bouchères de brebis à la conformité moindre.

Le Texel est une race aux qualités variées puisqu’elle associe ses aptitudes bouchères à de très bonnes qualités maternelles. La période d’agnelage des Texel est très courte. Ainsi les agnelles nées précocement peuvent être mises à la reproduction (9-10 mois) sans que leur développement n’en soit trop altéré. Aussi on peut estimer que 30 à 40% des brebis agnellent à 1 an. La prolificité moyenne des brebis des troupeaux de sélection est de 1,79 pour les brebis multipares. La valeur laitière de la brebis Texel se trouve confirmée par les résultats de croissance de leurs portées. Dotés d’excellentes qualités bouchères, les agneaux Texel fournissent des carcasses lourdes, bien conformées, sans excès de gras, avec un rendement supérieur à 50%

En race pure, l’objectif est d’améliorer les performances à la fois pour les caractères d’élevage (prolificité, valeur laitière) et pour les caractères de production de viande (vitesse de croissance, développement, conformation et qualité de carcasse).

Les troupeaux de race Texel sont de taille relativement modeste, de quelques dizaine de brebis à 300 pour les troupes les plus importantes. Ils sont traditionnellement exploités en association avec des bovins laitiers ou allaitants. En plein air intégral, le comportement peu grégaire de la race Texel lui permet d’utiliser au mieux les pâturages.

Les moutons fournissent une vaste gamme de matières premières : la viande,  le lait de brebis (utilisé principalement pour la fabrication de fromages et de yogourts), la laine (vêtements, décoration) et même certains sous-produits comme la Lanoline, matière grasse imperméable à l’eau, retrouvée naturellement dans la laine et utilisée comme base pour des produits cosmétiques (addition d’extraits végétaux).

La plupart des exploitations visitées compte uniquement sur une main d’œuvre familiale. Faire appel à une main d’œuvre externe réduirait considérablement la rentabilité de la ferme déjà suffisamment basse. Cependant, pour les éleveurs interrogés, ce n’est pas seulement une question de business. C’est avant tout une manière de vivre qu’ils ont héritée de leurs parents et grands parents (certaines fermes remontent au19è siècle), et une satisfaction personnelle. A défaut de pouvoir augmenter la production, la plupart jouent à fond la carte de la qualité. En effet, la location des terrains et la main d’œuvre coûtent trop cher en Hollande pour envisager un élargissement des activités.

 

Pâturage sur les dunes

Dans certaines régions de Hollande, les dunes servent à l’épuration de l’eau des lacs, destinée à satisfaire les besoins de la population locale en eau potable. Les compagnies qui approvisionnent en eau certaines agglomérations gèrent ainsi plusieurs milliers d’hectares de dunes. Plusieurs types de gestion sont mis en œuvre pour conserver ces milieux. Des pâturages pour moutons sont ainsi utilisés depuis plusieurs années afin de maintenir les particularités écologiques de ces milieux, ainsi que leur capacité d’accueil des espèces (végétales, animales, insectes…). Du maintien de la bonne qualité écologique des milieux dépend donc la qualité de l’eau, et la connaissance et le suivi des habitats et des espèces sont primordiaux.

Très bien mené, ce type de pâturage permet d’apporter des solutions à plusieurs problématiques modifiant la végétation des dunes :

– lutte contre les espèces invasives tout en favorisant la prolifération des espèces autochtones

– remobilisation des dunes et la lutte contre l’embroussaillement ;

– réintroduction d’espèces qui avaient disparu (lapins…)

– rétablissement de la richesse du sol (équilibre en nutriments)

– réchauffement du sol par le fumier, ce qui augmente les chances de germination des graines des herbes à favoriser. A noter que le fumier déposé dans les étables est éparpillé quotidiennement sur les dunes. Ceci renforce la répartition des graines des espèces présentant un intérêt.

– suppression de boisements artificiels de pins utilisés auparavant (mauvaise idée)

 

Il s’agit cependant d’un processus qui prend plusieurs années pour laisser le temps aux plantes intéressantes de pousser, fleurir, donner des graines, se disséminer…

Une partie des ovins utilisés dans ce type de pâturage est destinée à l’industrie de la viande, mais certaines bêtes peuvent rester dans le troupeau très longtemps (11 ans, jusqu’à ce qu’elles perdent leurs dents). Les bergers se font aider par de très bons chiens bergers.

 

Les produits laitiers

Le secteur des produits laitiers néerlandais a toujours été orienté vers l’exportation (60%). La filière laitière (principalement les vaches laitières, mais plus récemment les chèvres et les brebis) est l’une des plus importantes de l’agriculture avec une importante production annuelle dont la plus grande partie est transformée en fromage, beurre, poudre de lait, produits laitiers frais et spécialités locales.

La Hollande est un pays à la terre fertile idéale pour les élevages laitiers. Quoi de plus logique donc que la passion des Néerlandais pour le bon fromage? C’est de loin le produit le plus important de la filière et la moitié du lait est destinée à sa fabrication. Les exportations sont destinées à l’UE (84%) dont 37% pour l’Allemagne. 

Le pays produit une grande variété de délicieux fromages, mais les plus typiques et les plus connus sont les fromages à pâte dure ou mi-dure. Tout comme de nombreux autres fromages hollandais, le Gouda (le plus célèbre) est catégorisé selon son âge: 1 mois, 4 mois, 10 mois et 1 an et plus. Il s’agit d’un fromage doux et crémeux à son plus jeune âge, développant une texture plus dure et un goût plus intense lorsqu’il murit.

La plupart des fermes visitées pendant ce voyage intégrent une fabrique de fromage dont la taille et les équipements variaient en fonction de l’importance du cheptel mais aussi de son orientation (viande ou lait). Le fromage est stocké au frais dans des salles spécialement aménagées pour lui laisser le temps de murir. Certaines exploitations disposent de petits magasins sur place pour la vente d’une partie de la production, le reste étant écoulé via des circuits locaux (épiceries locales, chaines de supermarchés…).

 

Elevage de chèvres

La plupart des élevages visités ont une préférence pour la chèvre de Saanen, reconnaissable à sa couleur blanche. Certaines fermes assurent une production de lait moyenne de plus de 900 kilogrammes de lait par chèvre et par an. Le lait de chèvre a un goût un peu plus relevé que le lait de vache (tout comme le fromage de chèvre). Outre une production de poudre de lait de chèvre principalement exportée (pas de lactose dans le lait de chèvre), l´essentiel de la transformation est orienté vers des fromages pur chèvre à pâte pressée demi-cuite de type Gouda. L´originalité des Néerlandais est d´avoir créé une version “chèvre” du Gouda qui s´intègre parfaitement à l´image fromagère traditionnelle du pays. Outre le Gouda de chèvre classique, généralement présenté en pièces de 2, 4 et 10 kg avec un affinage de 4 à 6 semaines, des variantes aux herbes, aux poivrons, aux oignons, à l´ail et au persil, au calendula, sont proposées sur le marché intérieur. Les ventes se font généralement dans des petites boutiques aménagées sur les fermes mais aussi par l’intermédiaire des petits circuits de distribution locaux.  

L´exportation, principalement axée sur l´Allemagne, la Belgique et secondairement la France, représente 70% de la production car le marché national néerlandais reste limité. Le fromage de chèvre est en effet assez peu connu des consommateurs aux Pays-Bas et fait plutôt figure de spécialité, même s´il est généralement présent dans les linéaires des GMS.

Les opérateurs cherchent à diversifier leurs débouchés avec de nouveaux fromages, en proposant des recettes culinaires à base de fromage ou en lançant du lait de chèvre UHT. Un courant d´exportation de lait et de caillé à destination de la France se maintient, mais les entreprises néerlandaises se heurtent à la concurrence de l´Espagne, principal pays fournisseur des importations françaises.

 

Recherche scientifique

L’un des points forts de l’élevage en Hollande est de bénéficier de l’importante structure d’instituts de recherche répartis à travers le pays. Lors de ce voyage de presse, une visite a été programmée de la prestigieuse Université de Wageningen réputée à l’échelle mondiale pour la qualité des recherches qui y sont menées. « L’agriculture moderne, y compris l’élevage, impose des défis multidimensionnels, explique un chercheur de l’université. Tout en restant en phase avec l’environnement, les changements climatiques, le bien-être des animaux et la santé humaine, elle est tenue de jouer un rôle clé dans la réduction de la pauvreté et le développement économique national ».

Dans ce sens, le Programme « Agriculture adaptative » de l’université appuie ceux qui travaillent dans les systèmes de production agroalimentaire à surmonter les  conséquences de la hausse de la demande, du changement climatique et du déclin des ressources naturelles. L’université aide aussi les parties prenantes à évaluer les alternatives techniques, stratégiques et institutionnelles et à apporter ainsi des solutions innovantes. D’autre part, elle croit fortement à la nécessité de modifier les systèmes de cultures et d’élevage pour être en mesure de produire et de distribuer davantage de produits de meilleure qualité avec moins de ressources et moins de gaspillage.

« Nous parlons le langage des techniciens, mais aussi celui des managers, des décideurs et des acteurs de la société civile, explique un chercheur. Notre force réside dans notre capacité à passer de la théorie à la politique et à la pratique dans le monde du développement agricole et rural ». 

Parmi les recherches menées on peut citer à titre d’exemple :

– contrôle de la sélection pour obtenir des ovins et caprins avec des queues plus courtes, comme moyen de lutte contre les larves de mouches

– rallongement de la période entre les mises bas car pour le producteur hollandais il n’est pas intéressant d’avoir beaucoup d’agneaux à entretenir dans l’exploitation (dépenses). Il faut savoir qu’en Hollande, les éleveurs payent des sociétés pour venir récupérer les agneaux !!

– Développement de résistances à certaines maladies.

– Élevage biologique de chèvres

– Marketing de la chaîne de viande de chèvre (ne fait pas partie des habitudes de consommation des hollandais)

 

Pendant ce séjour, les journalistes ont également eu l’occasion de visiter l’Institut Vétérinaire Central de Wageningen UR dont les travaux sont axés sur la prévention et le contrôle durable de maladies infectieuses animales par la recherche, le diagnostic et le conseil.

 

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