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Céréales : Risque de rouille jaune sur blé

Céréales : Risque de rouille jaune sur blé

Risque rouille jaune du blé en 2017:

Détection de foyers précoces de la maladie

Pr. Ezzahiri Brahim

Département de Productions, Protection et Biotechnologies Végétales

Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, Maroc                 

  

La rouille jaune causée par Puccinia striiformis est une maladie préjudiciable au rendement du blé tendre, surtout lorsque les attaques sont précoces. C’est aussi une maladie explosive vue son caractère systémique d’infection. La maladie peut causer des pertes allant jusqu’à 70% en cas d’attaque précoce entre début montaison et gonflement et en absence de traitement.  Beaucoup d’agriculteurs pensent que les maladies foliaires du blé n’apparaissent qu’au-delà de l’épiaison et le plus souvent appliquent tardivement un fongicide appelé d’une manière erronée « Doua sboula ». Cette conception doit changer en faveur des interventions fongicides raisonnées contre les maladies foliaires du blé et ce en fonction du risque encouru à la culture. L’appréciation de ce risque est basée sur la surveillance régulière de la culture dès le début de la montaison, pour la détection des premiers signes de présence des maladies foliaires, entre autre la rouille jaune qui fait l’objet de cet article.                                                                                                  

Détection  

 

Des observations de terrain ont permis de détecter la présence de foyers bien développés de rouille jaune dans la région des Doukkala à la date du 12 janvier 2017, alors que le blé se trouve au stade tallage (Figures 1 et 2).

Cette apparition précoce de la rouille jaune est une alerte pour prendre les mesures nécessaires pour protéger le blé tendre contre cette maladie à haut potentiel épidémique, sachant que la plupart des variétés de blé tendre sont sensibles à cette maladie.

    

Figure 1 : Plante de blé attaquée par la rouille jaune au stade tallage (Photo du 12 janvier 2017, Doukkala)

Figure 2 : Symptôme de rouille jaune sur feuille du blé au stade tallage (Photo du 12 janvier 2017, Doukkala)

 

Origine de l’infection

 

La possibilité d’une conservation estivale locale de l’agent responsable de la rouille jaune sur les repousses de blé n’est pas à exclure. Cette hypothèse a été vérifiée par la détection en janvier d’un foyer important de la maladie sur du blé tendre au stade épiaison mélangé avec le bersim (Figure 3 et 4), et elle est supportée par le faite que la maladie est devenue endémique et de plus en plus précoce dans la région des Doukkala. Nous rappelons que l’agent responsable de la rouille jaune est un champignon obligatoire qui a besoin d’un hôte vivant pour sa survie.

L’apparition précoce de la rouille jaune dans le périmètre irrigué des Doukkala peut être expliquée par la présence de blé tendre semé précocement en Septembre comme culture fourragère en mélange avec du bersim. Ce qui fait que l’infection de ce blé a été possible par l’inoculum de l’agent de la rouille jaune qui était présent au moment des périodes pluvieuses de Novembre-Décembre. Ce blé cultivé comme culture fourragère en association avec du bersim a servi de relais d’infection d’autres champs de blé qui étaient au stade tallage.

Une fois installée, la rouille jaune a plus de chances de se développer en présence de conditions climatiques favorables, comme celles de l’hiver de cette année au Maroc. Le développement explosif et précoce de la rouille jaune entre Février et Mars est fort probable. Les facteurs favorables à la maladie correspondent à des températures de 10 à 15°C et des périodes fréquentes d’humidité de saturation (pluie, rosée). Il s’agit bien d’une maladie à haut potentiel épidémique. Les spores du champignon responsable de la rouille jaune sont disséminées efficacement par le vent  pour de longues distances.

 

Figure 3 : Foyer important de rouille jaune dans un champ de blé mélangé au bersim (Photo du 12 janvier 2017, Doukkala)

 

 

Figure 4 : Rouille jaune sur feuille drapeau d’une plante au stade épiaison dans un champ de blé tendre mélangé au bersim.     (Photo du 12 janvier 2017, Doukkala)

 

 

Risques et précautions

 

Pour la région des Doukkala, le risque de développement épidémique de la rouille jaune dans les champs de blé tendre est élevé. Les mesures à prendre sont d’abord le traitement fongicide immédiat des champs dans la zone des foyers détectés de la maladie et l’organisation de tournées de prospection pour la  détection d’autres foyers dans la région afin de lancer à temps l’opération des traitements fongicides. Il  n’est pas exclu de traiter des champs de blé tendre au stade tallage, en présence de foyers de  la maladie.

Pour les autres régions céréalières du Maroc, on doit être très vigilent vis-à-vis de la rouille jaune cette année. Les zones côtières (Abda, Chaouia, Zaer, Gharb et Loukkos) doivent être surveillées les premières pendant le mois de Février, alors que les régions intérieures (Tadla et Sais) seront probablement sous la menace de la rouille jaune à partir du mois de Mars.  Ces pronostiques sont basées sur les données des années précédentes sur la progression de la maladie des zones côtières vers l’intérieur du pays. Les interventions avec des fongicides doivent être immédiates sur blé tendre une fois on détecte les premiers foyers de la maladie dans une région donnée.   

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