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Céréales : Fertilisation de couverture des blés

Céréales : Fertilisation de couverture des blés

Céréales

Raisonner la fertilisation de couverture des blés

Abdelmoumen Guennouni

 

La fertilisation est l’un des facteurs les plus déterminants du rendement d’une culture, qu’elle soit céréalière ou autre. Sa maitrise est essentielle pour l’amélioration de la production même lors de campagnes difficiles et en conditions de culture pluviale (bour) puisque la fertilisation, même dans ce cas, permet aux plantes d’utiliser l’eau de manière optimale.

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La fumure de couverture est l’apport d’engrais minéral en surface sur une culture déjà installée, contrairement à la fumure de fond qui est incorporée au sol au moment de la mise en place des céréales. La fertilisation azotée est la seule utilisable en couverture, puisque la totalité du phosphore et de la potasse est normalement apportée en fond, avant le semis.

La fertilisation azotée, facteur décisif dans l’intensification de la production céréalière, est difficile à maîtriser en raison de la complexité des facteurs qui peuvent influer sur son action.

 

Stratégies de fertilisation

Le raisonnement de la fertilisation azotée des blés, dur et tendre, doit intégrer trois critères : la dose totale, le fractionnement et la forme de l’engrais.

 

1- La dose :

La base de toute stratégie de fertilisation des céréales est de commencer par évaluer les objectifs de rendement dans les conditions du champ (précédent cultural, type de sol, réserves, …), de la campagne (pluviométrie probable, climat), de la variété, des soins apportés à la culture, … Une fois déterminé ce rendement, l’agriculteur peut passer au calcul des quantités d’éléments fertilisants nécessaires à sa culture. Les doses totales d’engrais à apporter sur le cycle seront réparties entre engrais de fond (N, P, K) et de couverture (essentiellement azotés).

Les doses d’engrais azotés à appliquer en couverture représentent la dose totale calculée initialement dont il faut ôter ce qui a été apporté en fond. Sans oublier que la matière organique (restitution de la paille, apports de fumier, toutes deux presque pas pratiquées chez nous) joue un rôle primordial. En effet, elle intervient dans l’entretien de la vie et la fertilité des sols et de leur richesse sur le long terme, en éléments minéraux.

Concernant la répartition entre engrais de fond et de couverture, et vu les faibles besoins des céréales en début de cycle (réserves contenues dans le grain), on estime que seuls 15% du total doit être apporté en fond, avant semis. Le restant de la dose d’azote à apporter en couverture est de 85% de la quantité totalité calculée au départ.

 

2- Pourquoi fractionner les apports azotés ?

Les besoins en éléments nutritifs de la plante ne sont pas réguliers tout au long du cycle de production. En conséquence, les engrais azotés sont de préférence, fractionnés en plusieurs apports selon les conditions de culture et les phases de développement des plantes (voir …). Malgré le travail supplémentaire que ça occasionne, les avantages du fractionnement sont nombreux et amplement justifiés. En effet, en limitant les apports précoces, le fractionnement permet de :

  • Compense la forte mobilité de l’azote due à sa grande solubilité ;
  • Bien couvrir les besoins de la culture sur tout son cycle ;
  • Éviter les pertes par lessivage, volatilisation ou dénitrification ;
  • Ajuster la dose selon l’état de la végétation et l’importance des précipitations ;
  • Atteindre le rendement optimual ;
  • Meilleure utilisation de l’azote apporté, puisqu’il permet de suivre au plus près les besoins en azote du blé tout au long de son cycle;
  • Limiter le reliquat post récolte, inutilement perdu ;
  • Maximiser la teneur en protéines 

 

Dans les régions à plus forte pluviométrie, l’engrais de couverture doit être fractionné en deux ou trois apports. En outre, en cas de forte pluviométrie des apports supplémentaires (5 à 30%) doivent être effectués pour compenser les pertes par lessivage, surtout en sols légers (sableux).

De nombreuses méthodes ou les outils d’aide à la décision permettent de chiffrer la dose totale d’engrais azotés et leur fractionnement sur le cycle de la culture. Certaines méthodes préconisent :

– 1/3 de la dose totale au semis + 2/3 de la dose totale au stade épi à 1cm,

– 1/3 de la dose totale au semis + 1/3 au stade épi à 1 cm + 1/3 au stade montaison

– répartir les doses de couverture en 3 apports (voir schéma ci-après). Les experts s’accordent pour dire que le fractionnement en trois apports est la stratégie la plus efficace pour viser à la fois des hauts rendements et des fortes teneurs en protéines.

 

Source : Arvalis

 

Apportd tardifs et protéines

La troisième application d’azote est considérée comme un apport de « confort ». En effet, l’absorption d’azote allant à la production de protéines dans le grain a lieu plus tard que celle allant à l’amélioration du rendement. Ainsi, l’amélioration du taux de protéines des blés passe par un dernier apport courant montaison, début épiaison.

La teneur en protéines est une qualité importante des blés (surtout le blé dur). C’est un facteur essentiel pour les minotiers même s’il n’est pas actuellement pris en considération chez nous pour la commercialisation.

Pour le blé dur, les besoins en azote sont supérieurs à ceux du blé tendre. Un bon taux de protéines, en plus de concilier rendement et taux de protéines élevé (indispensable pour la commercialisation), permet d’éviter ou limiter le mitadinage (accident physiologique qui se produit lors de la maturation et provoque l’apparition de portions farineuses dans l’albumen, altérant les qualités de la farine). L’objectif est d’atteindre autour de 14 % de protéines pour produire des pâtes d’une tenacité suffisante et la conduite de la fertilisation azotée est primordiale pour atteindre cet objectif. Pour rappel, le blé dur est plus riche en gluten, mélange de protéines qui a une très grande importance dans le processus de panification.

 

3- Les types d’engrais de couverture

L’azote comme engrais simple existe sur le marché marocain sous trois formes principales figurant ci-après avec leurs caractéristiques et utilisation principale :

  1. Le sulfate d’ammoniaque (21%) : l’azote ammoniacal résulte de la transformation plus ou moins rapide, par l’activité microbienne, de l’azote organique du sol. C’est une forme transitoire qui sera transformée en azote nitrique (nitrification). Le sulfate d’ammoniaque est utilisé en engrais de fond en raison de son action lente et progressive et de sa faible perte par lessivage.

En plus, certains agriculteurs optent pour son utilisation en début de culture en raison de l’effet pesticide qu’exerce le souffre qu’il contient (23 à 24 %)

  1. L’ammonitrate (33,5%) (moitié azote nitrique, moitié ammoniacal) : associe l’effet ‘’coup de fouet’’ de la partie nitrique, plus mobile et directement assimilable par les plantes, et l’action moins rapide de la partie ammoniacale. Les nitrates, non retenus par le complexe argilo-humique du sol, sont très solubles dans l’eau et risquent une perte importante par lessivage en cas de fortes précipitations. L’ammonitrate est l’engrais azoté le plus utilisé en cours de culture en raison de sa souplesse d’utilisation, de son effet immédiat, …
  2. L’urée (46%) : elle subit, en 7 à 10 jours, une double transformation avant de devenir accessible aux plantes. Elle se transforme en azote ammoniacal (par hydrolyse) puis en azote nitrique après nitrification. C’est aussi l’engrais azoté le plus économique, puisque l’unité fertilisante coûte moins cher que le nitrate d’ammoniaque et l’ammonitrate (la plus chère). L’urée est utilisable à toutes les époques de l’année et principalement en couverture. Cependant, son épandage sur sol sec en période chaude peut entraîner des pertes par volatilisation et des brûlures sur la culture.

 

Ces trois types, et principalement le sulfate d’ammoniaque, ont la propriété d’être acidifiants, ce qui est préconisé pour les sols basiques (cas le plus fréquent au Maroc).

 

Quantités et stades pour les apports de couverture

Au vu de ce qui précède, l’agriculteur devrait raisonner ses apports de couverture de façon à fournir à sa culture les quantités nécessaires conformément à ses besoins tout au long du cycle. Il est inutile de dépasser les doses calculées puisque l’excès d’azote a de nombreux effets négatifs pour la céréale. Ainsi, il provoque la verse avec perte de rendement, de qualité et difficultés de récolte, le rallongement du cycle et une croissance végétative plus rapide aux dépens de la qualité du grain. Il augmente aussi la sensibilité aux maladies cryptogamiques, de même qu’il est économiquement injustifié (dépenses supplémentaires n’améliorant pas le rendement) sans oublier les effets sur l’environnement (pollution aux nitrates des nappes).

A titre indicatif, un exemple est donné dans le tableau ci après, dans le cas d’un champ de blé dans une région bour favorable en année de précipitations ‘‘normales’’ pour un objectif de rendement de 30 à 50 qx/ha :

 

Rendement

espéré (qx/ha)

N Total* Fond Couverture
30 90 – 105 13-15 77 – 90
40 120 – 140 18-20 102 – 120
50 150 – 175 22-25 128 – 150

* La dose totale d’azote a été calculée sur la base de 3 (blé tendre) à 3,5 (blé dur) kgs d’azote par quintal de blé à récolter, l’analyse du sol restant indispensable pour le calcul précis des quantités à apporter à la culture.

 

Dans nos conditions, les doses d’azote calculées pour la couverture, sont apportées au mieux, en deux fois, si les précipitations sont suffisantes, et  rarement en 3 fois :

– Le premier apport s’effectue au stade tallage (qui commence après la 4ème feuille), mais peut être légèrement retardé si l’apport de fond était plus élevé. Les quantités à apporter ne devraient pas dépasser le 1/3 ;

– Le deuxième apport, semi-tardif, doit survenir au stade montaison et les quantités d’azote représenter les 2/3 restants sauf en cas de faibles précipitations. Dans ce dernier cas et éventuellement pour améliorer le taux de protéines dans le grain, une partie de la dose pourrait être reportée à un troisième apport au stade gonflement. Pour le blé dur, ce troisième apport, essentiel pour la richesse en protéines, peut être retardé jusqu’au stade dernière feuille.

Dans tous les cas, l’agriculteur connaissant mieux ses parcelles et sur la base de ses observations et éventuellement d’analyses, est le mieux placé pour ajuster ces différents calculs et répartitions aux besoins réels de ses cultures.

Cependant, dans la pratique céréalière marocaine, la grande majorité des agriculteurs utilisant des engrais (environ 50%, sur 20% des superficies, essentiellement des exploitations moyennes à grandes) se bornent généralement, à des apports inférieurs aux recommandations techniques et assez mal réparties sur le cycle. En effet, ils se limitent à quelques quintaux de DAP (18-46-0) ou d’autres formules, en fond selon les types d’engrais disponibles, leurs moyens de financement et de l’ammonitrate (33% N) en couverture (entre tallage et montaison). Les quantités apportées en couverture sont fluctuantes et dépendent des années des précipitations et des prix des engrais azotés sur le marché, sujets à de fortes spéculations par les intermédiaires.

Habituellement, le raisonnement des petits producteurs (échaudés par plusieurs années de sécheresse ou faiblesse des précipitations) est dicté par la peur des aléqs climatiques. Aini, ils apportent le moins possible en engrais de fond en pensant compenser par des apports ultérieurs de couverture si les précipitations sont suffisantes, sans tenir compte de la composition de ces engrais.

 

NB : Il est préférable, si l’accès aux parcelles est possible, de désherber avant d’apporter les engrais de couverture pour éviter la concurrence par les adventices.

 

Techniques d’application des engrais de couverture

Sur les petites parcelles, les engrais de couverture peuvent être apportés manuellement alors que sur des superficies plus grandes l’utilisation d’épandeurs permet des gains importants en termes de temps (fenêtre réduite), de rentabilité et d’homogénéité (uniformité) d’application. Cependant, il est souvent difficile de trouver le bon compromis entre l’accès du tracteur dans le champ et la nécessité d’humidité pour l’apport d’engrais azotés (sols trop ou pas assez humides). En effet, l’apport d’engrais de couverture nécessite un minimum d’humidité et le passage du tracteur avec un épandeur chargé en engrais est plus difficile en terrain lourd, trop humide et en plus il laisse des traces qui seront très gênantes pour le travail de la moissonneuse-batteuse.

Les distributeurs d’engrais les plus utilisés au Maroc sont des appareils centrifuges portés par le tracteur et constitués d’une trémie de capacité variable (300 à 400 kgs ou plus selon les modèles). La trémie est munie d’un agitateur pour éviter tout engorgement de l’outil. L’épandage de l’engrais, qui s’écoule par gravité, se fait par projection des granulés à une distance pouvant aller jusqu’à 10 m grâce à deux ou le plus souvent un seul disque horizontal, situé à la base de la trémie, et entraîné à grande vitesse par la prise de force du tracteur.

A remarquer que la quantité d’engrais tombant aux extrémités des planches est plus faible que le reste de la largeur de travail. Pour compenser cette hétérogénéité, on peut réduire la distance entre les passages du matériel pour que les deux largeurs successives se recouvrent légèrement.

 

La consommation d’engrais au Maroc, dont les engrais azotés, a connu au cours des décennies une fluctuation importante. Les données de la FAO indiquent cependant qu’elle a stagné au cours des dernières décennies et qu’elle ne représente que 33% des besoins réels des blés. Ce faible niveau d’utilisation se traduit par un appauvrissement continu des sols marocains, handicape la production céréalière et met à mal l’autosuffisance alimentaire du pays. Les aléas climatiques y sont pour quelque chose, mais ils ne sont pas les seuls en cause. Pour rattraper ce retard, il est nécessaire de renforcer le conseil aux agriculteurs, de maitriser les circuits de commercialisation ainsi que d’améliorer les aides publiques et le revenu des céréaliculteurs.

Des efforts ont été faits, mais d’autres plus importants, sont encore à faire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qu’il faut savoir pour rationaliser les apports :

Les principaux stades phénologiques de la céréale et les besoins en azote :

 

Il existe une échelle universelle pour toutes les monocotylédones et les dicotylédones, appelée BBCH (Biologische Bundesanstalt bunderssortenamt and CHemical industry) :

 

 Stade 00 à 09 : Germination, levée

La radicule sort de la graine puis le coléoptile perce la surface du sol.

Stade 10 à 19 / A à D : Développement des feuilles

La première feuille étalée puis 2, 3, etc…

Stade 20 à 29 / E à H : Tallage

La première talle est visible puis développement des suivantes jusqu’à fin tallage. Une céréale peut développer jusqu’à  6 ou 7 talles.

L’absorption et les besoins en azote sont assez faibles. L’azote facilite la formation er la croissance des talles.

Stade 30 à 39 / I à L : Elongation de la tige principale

Début de la montaison, l’inflorescence se trouve au plus à 1 cm au-dessus du plateau de tallage. C’est le stade épi 1 cm.

Epi à 1 cm : C’est la période où les blés ont le plus besoin d’azote.

Montaison : Forte croissance, l’absorption augmente (besoins élevés en azote pour la croissance).

Stade 40 à 49 / M : Gonflement de l’épi

La gaine foliaire de la dernière feuille est visiblement gonflée puis finit par s’ouvrir. C’est l’étape de la méiose pollinique.

Transfert direct de l’azote dans les grains

Début d’élongation du premier entre-nœud. Dès que le limbe de la dernière feuille est entièrement étalé et la ligule visible alors la phase végétative est terminée.

Stade 50 à  59 / N : Sortie de l’inflorescence ou épiaison

Début de l’épiaison : l’extrémité de l’inflorescence est sortie de la gaine, l’épillet supérieur est visible. Lorsque l’inflorescence est complétement sortie de la gaine, c’est la fin de l’épiaison.

Stade 60 à 69 / P : Floraison

Les premières anthères sont visibles. À la fin de la floraison, tous les épillets ont fleuri.

A la floraison, l’azote a terminé son effet sur la production. L’azote des grains provient :

– à 80% de d’azote absorbé avant la floraison puis remobilisé vers les grains. Il provient des feulles surtout les plus jeunes (la dernière et l’avant dernière)

– à 20% de l’absorption post floraison à partir des racine (azote minéralisé par le sol)

Stade 70 à 77 : Développement du grain

Les grains sont au stade aqueux puis évoluent vers le stade laiteux.

Stade 80 à 89 : Maturation du grain

Début du stade pâteux : contenu de la graine est encore tendre. A maturation le grain est dur.

 

Stade 90 : Sénescence

Les grains se détachent. C’est la moisson. Puis la plante meurt et s’affaisse.

Sources : Helioterpen & Arvalis

 

 

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