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Arboriculture : du Bio au conventionnel

Arboriculture : du Bio au conventionnel

ARBORICULTURE

Du Bio au conventionnel

 

L’agriculture biologique pourrait servir de laboratoire pour la recherche agronomique et l’innovation en arboriculture conventionnelle. En s’inspirant des techniques, actuellement disponibles en agriculture biologique, la production fruitière intégrée pourrait-elle proposer une agriculture écologiquement intensive, durable et productive ? Voici une ébauche d’éléments de réponse.

 

Le choix du matériel végétal

Le choix du matériel végétal est un facteur clé de la réussite d’un verger en agriculture biologique. Le panel variétal est plus important en agriculture biologique car les situations de vente directe sont plus nombreuses qu’en conventionnel. À la conception du verger, le choix de variétés résistantes ou mieux, peu sensibles aux bio­agresseurs, permet de réduire le nombre d’applications phytosa­nitaires. Les travaux de sélection ont abouti à une collection de variétés résistantes ou tolérantes à certains bio-agresseurs (tavelure, cloque, oïdium, pucerons) et offrent ainsi une gamme de plus en plus large. Par exemple, la variété de pomme Juliet allie à la fois une tolérance au puce­ron cendré et une résistance à la tavelure, et des caractéristiques agronomiques intéressantes (qualité des fruits, conservation). Elle présente cependant une sensibilité au bitter pit. Le développement de ce type de variété, qui est un succès en bio, est pour le moment un semi­-échec en conventionnel où le marché peine à valoriser ce type de variété. À la plantation, le mélange des variétés permet de réduire les risques de développement d’agents pathogènes indésirables, mais ces techniques s’avèrent difficiles à mettre en pratique en dehors de l’agriculture biologique.

Le porte-greffe doit à la fois présenter une adaptation optimale en agriculture biologique au type de sol et une grande autonomie (vigueur supérieure et prospection racinaire maximale). Il doit aussi donner plus de souplesse dans l’entretien du verger : réduction des apports nutritionnels, moindre concurrence du couvert herbacé. L’agriculture biologique a pu développer ainsi la mise en place de nouveaux porte-greffes, comme le Supporter 4 (PI 80), qui est un des porte-greffes des plus intéressants pour tous ces aspects en pomme.

 

Biodiversité fonctionnelle

L’aménagement d’un environnement favorable à la vie de la faune auxiliaire (haies composites, nichoirs, bandes enherbées fleuries…) est fondamentale en agriculture biologique. Elle permet non seulement d’augmenter la biodiversité du verger (effet accentué par la non utilisation de pesticides de synthèse), mais aussi de réduire les populations de certains ravageurs (psylles, lépidoptères, pucerons, cicadelles, cochenilles, acariens…).

 

Un agro-écosystème complexe

Et si en fin le principal apport de l’agriculture biologique au conventionnel n’était pas ces rappels agronomiques : favoriser l’autonomie du système dès la conception et prévenir les attaques de maladies et de ravageurs par une gestion globale du verger, plutôt que « guérir ». Un verger est un agro-écosystème complexe. Son équilibre résulte de relations entre différents facteurs. La recherche d’un équilibre est d’autant plus indispensable qu’en agriculture biologique, les possibilités d’intervention directe sont limitées. La gestion des agresseurs demande alors une acquisition technique et des savoir-faire nouveaux qui ne peuvent qu’être favorables une fois appliqués à l’agriculture conventionnelle.

 

Des mesures prophylactiques

Les mesures prophylactiques sont indispensables en agriculture biologique pour réduire l’inoculum de maladies ou ravageurs : retrait des fruits (monilioses, carpocapse…) et broyage ou enfouissement des feuilles tombées au sol à l’automne (tavelure). La conduite de l’arbre peut permettre de limiter aussi les attaques de certains agresseurs. Ces techniques ne sont pas propres à la bio, mais si elles sont juste conseillées      en agriculture conventionnelle, elles sont obligatoires en agriculture biologique. Comme est obligatoire en agriculture biologique une gestion raisonnée de l’alimentation des arbres (eau et azote) pour une meilleure maîtrise de la vigueur. Elle permet ainsi de réduire l’appétence du végétal vis-à-vis des insectes piqueurs-suceurs et l’intensité de la taille (économie en main-d’œuvre). Ce point est fondamental pour limiter l’incidence économique de ravageurs comme les pucerons.

En dernier recours, quand elle est nécessaire, la protection phytosanitaire en agriculture biologique intègre les dernières connaissances sur le développement des bio-agresseurs, les outils de détection (pièges), les modèles de prévision, le choix judicieux du produit, pour limiter les interventions. Les produits autorisés en agriculture biologique et homologués – pour la culture et la cible visées – sont peu nombreux. Leur action est surtout préventive (cuivre, soufre) ou à spectre trop large et sont également toxiques sur les auxiliaires). Des produits, dits alternatifs ou complémentaires en conven­tionnel, sont expérimentés, testés et proposés (bicarbonate de potassium, SDN…). Depuis plusieurs années, la faisabilité de la protection d’un verger en agriculture biologique a été largement facilitée par l’arrivée de techniques plus sélectives comme la confusion sexuelle et l’emploi d’insecticides micro-biologiques (virus de la gra­nulose, Bacillus thuringiensis). Ces techniques aujourd’hui largement utilisées en conven­tionnel ont d’abord été dévelop­pées en agriculture biologique. Comme c’est le cas actuelle­ment de produits comme les argiles qui offrent, grâce à leur action protectrice, des pistes intéressantes d’alternative aux insecticides.

 

La gestion du rang de plantation

La principale difficulté en arboriculture biologique est la maîtrise de l’enherbement sur le rang de plantation en l’absence de tout désherbage chimique. Là aussi, c’est un point pour lequel l’arboriculture biologique représente une formidable source d’innovations techniques pour le conventionnel dans le cadre de la réflexion sur la limitation des pollutions des eaux par les produits phytosanitaires. Plusieurs pistes sont explorées en agriculture biologique, dont l’enherbement du rang de plantation avec des espèces peu concurrentes et le désherbage mécanique. Les premières réalisations d’enherbement du rang de plantation ont montré une concurrence excessive pouvant entraîner une baisse importante des rendements. De plus, des suivis à l’aide de tensiomètres avaient mis en évidence une sécheresse excessive des parties enherbées qui auraient nécessité une irrigation plus importante. De nouveaux essais réalisés par des producteurs ont mis en œuvre des mélanges moins concurrents, avec notamment des légumineuses dont le lotier et le trèfle blanc. Si l’installation des légumineuses est longue, les résultats sont encourageants dès la deuxième année, avec une excellente couverture du sol.

Le désherbage mécanique en vergers est actuellement utilisé, quasiment exclusivement en agriculture biologique. Grâce à l’agriculture biologique, ce matériel progresse chaque année. Il ressort trois principaux freins au développement du désherbage mécanique. Premièrement, aucun outil ne peut faire face à toutes les situations, compacité du terrain, présence de cailloux, pentes, salissement, campagnols, jeunes vergers. Deuxièmement, un complément manuel demeure pratiquement indispensable dans la plupart des situations. Enfin, le coût d’achat (7 000 € en moyenne) et d’utilisation restent important. Pour les arboriculteurs en conversion en agriculture biologique, le désherbage mécanique représente la principale difficulté rencontrée en bio, bien loin devant les problèmes phytosanitaires. Dans ces conditions, le désherbage mécanique mixte pourrait être envisagé en conventionnel en combinant trois à quatre passages mécaniques et un seul passage chimique, avec une irrigation localisée. Cela permettrait de maintenir les adventices à un seuil non dommageable pour la culture du pommier en cours de saison. 

 

Pratique

Exemple de technique innovante : l’enherbement permanent

Les parcelles de pommiers bio avec un enherbement total naturel sur le rang présentent toutes des caractéristiques très proches. Elles ont toutes des rendements moyens de 20t/ha. Et elles présentent une alternance forte en raison de la concurrence de l’enherbement pour l’eau et les éléments minéraux. Cette concurrence est très marquée au printemps. En effet, le taux d’azote sous forme minérale reste très bas, en dessous de 20 kg/ ha dans ces vergers. Or ce taux d’azote sur le pic de besoin du pommier, dans les conditions pédo-clima­tiques, est insuffisant pour assurer une bonne induction florale et par la suite une bonne différenciation florale. Visuellement, ces vergers montrent un feuillage décoloré (faim d’azote), même dans le cas de fertilisation organique en surface ou d’irrigation. Ces décolorations sont très marquées en jeunes vergers et s’estompent, partiellement, à partir de la quatrième feuille. Une autre voie a donc été développée, à partir de 2009, avec la mise en place d’enherbements permanents peu concurrentiels sur le rang de plantation. Les premières réalisations, faites dans la démarche vergers bio de l’Organisation de producteurs CoopGaronne (France) en 2008, ont montré toute la difficulté de réussir les semis à l’installation du verger. Seules les implantations à base de trèfle blanc nain s’étaient bien implantées. Les mesures d’azote réalisées de 2009 à 2012 sur ce type d’entretien du rang montrent une disponibilité en azote largement suffisante au printemps et moins d’alternance.  )

 

 

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