Quels sont les grands moments de l’histoire de l’agriculture ?

Quels sont les grands moments de l’histoire de l’agriculture ?

Dès l’apparition de l’agriculture et de l’élevage des animaux domestiques, les paysans ont cherché à améliorer leurs outils de travail, à accroître leur production et à mieux vivre de leur travail. Ce fut un processus continu mais marqué par des avancées spectaculaires à certaines périodes de l’histoire

L’apparition de l’agriculture au Néolithique

L’agriculture est née il y a environ 12 000 ans au Moyen Orient, un peu plus tard en Chine, en Nouvelle Guinée, puis en Amérique centrale, avant de s’étendre à l’ensemble des continents. Les hommes ont ainsi progressivement cessé de vivre de chasse, de pêche et de cueillette pour se consacrer aux premières cultures de céréales et à l’élevage de quelques animaux récemment domestiqués. Ces premières cultures ont été réalisées sur brulis de forêts ou de savanes avec des outils très simples, en général de bois et de pierre taillée. Dans le même temps, sans doute pour des raisons de proximité des cultures et de surveillance des animaux, les populations d’agriculteurs se sont sédentarisées.

Le développement de l’agriculture a permis une augmentation sensible et une sécurisation des ressources alimentaires de ces petits groupes humains avec deux conséquences : une augmentation de la population agricole, puis rurale et enfin urbaine. Des classes dirigeantes se sont formées avec de nouveaux rapports sociaux de dominants (dans les villes) à dominés (dans les campagnes). Pour finir, cette révolution du néolithique a conduit à la constitution de grands empires comme les empires romains, perses ou chinois.

De l’Antiquité au Moyen Âge, une succession de petits pas

Pendant toute l’Antiquité et malgré quelques progrès toujours très lents à s’imposer, les techniques culturales sont longtemps restées assez frustres : labour avec un araire, longues périodes de jachère, transport à dos de mulets ou de chameaux quand ce n’est pas à dos d’hommes, meules manuelles… L’emploi des bœufs pour labourer s’est cependant assez souvent substitué à la houe. Mais l’utilisation du fer dans les outils agricoles ne s’est propagée que partiellement, car souvent limitée aux engins coupant (faucille) ou à la pointe des socs. En revanche les techniques d’irrigation ont permis de cultiver des sols désertiques (en Égypte notamment) et d’augmenter les rendements (comme pour le riz en Chine).

En Europe, tout au long du Moyen Âge, une succession de petites innovations a permis de changer progressivement les modes de culture : charrue à versoir, collier d’épaule pour les chevaux de trait, moulins

  • eau et à vent, assolement triennal… Ces innovations ont permis de multiplier les défrichements (souvent réalisés par des ordres religieux) et de nourrir une population plus nombreuse. Mais les rendements unitaires restent bien faibles (moins de 10 quintaux de blé par hectare) et ils sont très aléatoires.

Les innovations des temps modernes

La première révolution agricole des temps modernes débute au XVIe siècle en Italie, dans les Flandres et en Grande Bretagne. Le système de polyculture élevage qui s’y développe, permet d’enrichir les sols grâce aux déjections animales. En Grande Bretagne, avec la règle des enclosures, les propriétaires, devenus maîtres chez eux, éliminent la vaine pâture. Ainsi la jachère disparaît peu à peu au profit des plantes sarclées ou des prairies artificielles. Ces améliorations se diffusent peu à peu à l’ensemble du continent européen.

 Au XIXe siècle, les machines agricoles tractées par des chevaux ou mues à la vapeur commencent se multiplier notamment les faucheuses, les batteuses et même dans les grandes plaines américaine les premières moissonneuses-batteuses.

Avec le développement du commerce maritime au long cours, les plantes voyagent beaucoup et colonisent de nouvelles terres dès lors que les conditions pédoclimatiques leurs sont favorables. C’est le cas du maïs, de la canne à sucre, du café, du cacao et d’un grand nombre de fruits et de légumes totalement inconnus hors de leur aire d’origine.

Les rendements progressent lentement ce qui permet, au moins en Europe, d’éliminer les famines (dès le XVIIIe siècle) et même les pénuries au XIXe siècle. L’exode rural prend de l’ampleur et assure aux nouvelles usines une main d’œuvre abondante. Par ailleurs, les gouvernements s’efforcent de faciliter le commerce entre les régions en éliminant les multiples barrières intérieures et en créant des canaux pour le transport des marchandises. Le commerce maritime complète les productions domestiques insuffisantes, comme celui des céréales en provenance de Russie et plus tard des Etats-Unis. En 1840, Le gouvernement anglais fait voter les corn laws qui ouvrent largement le pays aux importations de blés étrangers et assurent une alimentation bon marché aux ouvriers des nouvelles industries.

La révolution de la seconde moitié du XXe siècle

    • partir de 1950 en Europe, le progrès agricole fait un véritable bond en avant. Il repose sur le triptyque :
      • semences améliorées,
      • utilisation massive d’engrais chimiques,
      • multiplication des traitements contre les ennemis des cultures. Les rendements progressent très rapidement puisque, dans les terres céréalières, ceux-ci passent de moins de 20 quintaux par hectare avant-guerre à près de 80 à la fin du XXe siècle.

Dans le même temps, la mécanisation explose assurant une augmentation considérable de la productivité du travail qui à son tour induit un exode rural massif mais aussi nécessite un agrandissement de la taille des parcelles et des exploitations. Un phénomène analogue se produit en élevage avec des troupeaux de plus en plus conséquents et plus productifs.

Dans le Tiers monde, la révolution verte utilise les mêmes facteurs de production auxquels s’ajoute souvent l’irrigation et conduit également à une augmentation très significative de la production agricole. Les grandes famines disparaissent et la pénurie régresse. En revanche, les structures de production sont peu modifiées, car, en milieu rural, la pression démographique reste forte, et les micro-exploitations demeurent la règle.

Vers une troisième révolution agricole ?

Elle pourrait entre autres présenter deux aspects :

1 – La multiplication des immenses exploitations agricoles partout où l’espace le permet. Des firmes capitalistes de plusieurs dizaines de milliers d’hectares, et parfois plus, voient le jour sur tous les continents bien qu’à des degrés divers. Il en est de même dans l’élevage des bovins, des porcs ou de la volaille. Ces entreprises ont vocation à répondre aux besoins des marchés internationaux qui exigent de grandes quantités de produits. Leur financement est assuré par des fonds d’investissements qui recherchent des sources de diversification et des profits élevés.

2 – L’introduction de l’informatique dans tous les processus de production agricole modifie profondément le travail de l’agriculteur et accroît son efficacité. Les méthodes culturales, depuis la préparation du sol jusqu’aux récoltes. Mais c’est peut-être en élevage que les changements sont potentiellement les plus novateurs, avec le suivi sanitaire des troupeaux, les rations alimentaires individualisées ou les robots de traite.

Ce qu’il faut retenir :

L’Histoire de l’Agriculture suit une courbe de type exponentiel. Après avoir longtemps, très longtemps été confondue avec un état paysan, proche de la survie avant de pouvoir satisfaire les besoins de la population plutôt locale (eu égard aux problématiques de conservation et de transport), la fonction agricole s’est considérablement professionnalisée au rythme des découvertes biologiques, mécaniques et numériques… et de la formation systématisée…

 

Source : André Neveu, Membre de l’Académie d’Agriculture de France