Le marché mondial des produits laitiers

Le marché mondial des produits laitiers

Sur une production mondiale estimée à 837 millions de tonnes en 2017, c’est environ 12 % qui s’échangent sur le marché mondial. Modeste comparée à d’autres produits, cette part de la production, échangée sous forme de divers produits laitiers, progresse régulièrement depuis le début du XXIe siècle, et, dans un marché mondial largement libéralisé et ouvert, contribue fortement à la hausse comme à la baisse du niveau des prix du lait payé aux producteurs des pays importateurs comme des pays exportateurs.

De sorte que les revenus des producteurs dans le monde (et donc en France) sont largement fonction de l’équilibre des marchés mondiaux, entre une demande solvable émanant de pays déficitaires plus ou moins développés, et une offre disponible émanant de pays excédentaires, le plus souvent développés.

L’offre mondiale de lait

La production mondiale de lait, estimée en 2017 à 837 millions de tonnes, progresse en moyenne de 1,5 à 2% l’an soit de l’ordre de 14 millions de tonnes (la production annuelle de la France est de l’ordre de 24 millions de tonnes). Pour 83 %, cette production est issue du cheptel de vaches, mais le complément, issu des autres ruminants (chèvres, brebis et bufflonnes) a été en plus forte progression ces deux dernières décennies.

Le graphique ci-dessous illustre cette évolution, et sa localisation par grandes zones. La première zone de production est désormais l’Asie, en particulier en Inde, premier producteur mondial avec un grand nombre de micro exploitations. Le Pakistan et la Turquie sont aussi de gros producteurs en croissance, contrairement la Chine qui peine à développer sa production sur la base tant d’exploitations de petites dimensions, que sous forme de très grandes étables.

Production laitière dans le Monde

L’UE est la deuxième zone de production, mais l’offre y a été contenue pendant une trentaine d’année, par une politique de quotas de production. La croissance de la production est réapparue ces toutes dernières années, mais de manière totalement non maitrisée, entrainant ou amplifiant la volatilité des prix et des revenus.

Mais c’est la forte croissance de la production océanienne (en particulier la Nouvelle Zélande qui exporte 95 % de sa production) qui conditionne largement le marché mondial. Avec l’UE qui selon, les années est en position de leader ou d’outsider, la Nouvelle Zélande est en effet le grand pays exportateur de produits laitiers. Les États Unis sont aussi sur le podium des exportateurs, et leur ambition est forte.

A l’opposé, l’évolution positive de la production laitière en Afrique correspond à une autoconsommation locale, et elle n’a pas véritablement d’impact sur les échanges mondiaux.

Des exportations de produits transformés (beurre, poudre, fromages) réalisées par des pays développés

La croissance des échanges mondiaux est réelle ces deux dernières décennies, mais elle est inférieure à la croissance de la production : ainsi, la forte croissance de la production en Asie, est destinée totalement à l’autoconsommation.

Les exportations de produits laitiers se font essentiellement sous forme de fromages, de beurre, de poudre maigre, de poudre grasse et de lactosérum. Si la production mondiale de fromage et de beurre ne fait l’objet d’échanges internationaux que pour 10 % environ des tonnages produits, les produits type poudre de lait maigre ou grasse, ou lactosérum font l’objet d’échanges pour 50 à 55 % de la production mondiale. Le lait proprement dit et les produits frais sont essentiellement autoconsommés, et au final, en équivalent lait produit, les échanges mondiaux portent sur 12 % de la production mondiale. L’évolution des prix sur le marché mondial, ces deux dernières années, se traduit par un renchérissement relatif du prix de la matière grasse du lait, en particulier du beurre, alors que le marché des poudres (notamment la poudre maigre) est tiré à la baisse, en particulier par un stock européen conséquent constitué en 2016 suite à la crise liée à la fin des quotas.

Exportations de l’UE vers le monde par grands produits (en millions d’euros)

Source : GEB Institut de l’Elevage d’après FAO et FIL

En valeur, l’UE assure le 1/3 de la valeur des échanges globaux, avec le 1/4 des volumes de fromage produits, des poudres grasses et du lait infantile, segment en forte progression en particulier vers la Chine. L’UE est le premier fabricant mondial de laits infantiles, elle est aussi le premier exportateur : sur un marché mondial estimé à 1 millions de tonnes, l’UE en a exporté 540 000 tonnes en 2017, dont 226 000 sur la Chine, pays devenu le premier débouché après la forte demande des années 2016/2017 ; ce débouché connait de profondes perturbations en 2018.

En 2017, l’Europe a exporté 12 % de sa collecte vers le reste du monde, pour près de 16 milliards d’€. Les laits infantiles représentent le premier poste (28 %), suivis par les fromages (25 %), les poudres maigres ou grasses (environ 10 % chacune), et, avec un poids moindre sans être négligeable, les poudres de lactosérum, les laits conditionnés et le beurre. L’embargo Russe imposé depuis 2014 a considérablement réduit les flux européens vers cette destination.

Des importations réalisées par des pays en croissance où les classes moyennes sont importantes

En dehors des restrictions au commerce liées aux questions politiques, la croissance des échanges mondiaux est bien évidemment liée à la croissance économique mondiale et à une répartition plus égalitaire des revenus, ou à l’émergence de classes moyennes.

Si les marchés mondiaux des produits laitiers sont moins liés qu’il y a quelques décennies à des marchés d’États, ils restent largement fonction des politiques publiques développées dans les pays les plus peuplés de la planète : à cet égard la stratégie de l’Inde – une autonomie recherchée à travers le développement de micros élevages – est à l’opposé de celle de la Chine qui ne réussit pas vraiment à développer sa production et recourt massivement aux importations.

Les importations de fromages sont largement le fait du Japon (270 000 tonnes), de la Russie (220 000 tonnes), des USA mais aussi de la Corée du Sud, du Mexique, de l’Australie et de la Chine. Le beurre est importé par la Russie, la Chine et le Mexique, les poudres maigres par le Mexique et la Chine, les poudres grasses par la Chine et l’Algérie et les poudres de lait infantiles qui représentent de fortes valeurs le sont de nouveau par la Chine à hauteur de 300 000 tonnes. La Chine est le leader des importations de poudre de lactosérum avec le 1/3 des échanges internationaux sur ce produit.

Ce qu’il faut retenir :

L’UE et la Nouvelle Zélande restent les deux leaders à l’exportation sur le marché mondial, alors que la Chine est devenue le premier importateur de produits laitiers au monde.

Avec la fin de la régulation de l’offre en Europe (fin des quotas laitiers en 2015) et le démantèlement des mécanismes de gestion des marchés, puis la montée en puissance mais aussi l’irrégularité de la demande chinoise, les cours sur le marché mondial des produits laitiers sont devenus particulièrement erratiques.

Production et consommation mondiale sont en croissance de près de 2% par an, et c’est l’Asie qui est devenue le moteur de la croissance de la demande, alors que l’Europe hésite sur sa stratégie au profit des USA et de la Nouvelle Zélande.

Source: Jean Claude Guesdon, Membre de l’Académie d’Agriculture de France,