La filière oléagineuse : un levier pour l’agriculture pluviale au Maroc

La filière oléagineuse : un levier pour l’agriculture pluviale au Maroc

Le lancement cette année du programme Maghreb Oléagineux, cofinancé par l’Union européenne et Terres Univia, dont le but de promouvoir les semences d’origine européenne au Maroc, est un atout qui pourrait contribuer à faire connaitre les avantages des oléagineux.

Auteur: Azeddine el Brahli

Importance économique des oléagineux au Maroc

Lorsqu’on évoque les oléagineux au Maroc, il s’agit essentiellement des cultures de tournesol, et de colza dont les graines sont riches en huile et protéines végétales. Le Maroc consomme annuellement près de 600 000 tonnes d’huiles de graines, dont plus de 90% sont importées. Les protéines végétales, que l’on retrouve dans les tourteaux, sont essentielles pour l’alimentation animale. Le Maroc importe également l’essentiel de ses besoins sous forme de tourteaux de soja, soit plus de 950 000 tonnes.

Cette dépendance des marchés extérieurs représente une valeur totale estimée à plus de 750 millions de USD. Cette demande est vouée à augmenter avec la croissance démographique et le changement des habitudes alimentaires des ménages marocains. Cette situation fragilise la sécurité alimentaire du pays alors que la FAO estime qu’un potentiel de 600 000 hectares pourraient être mobilisés et permettraient de répondre à près de 70% des besoins.

Dans les années 90, le tournesol a connu une période florissante avec une surface avoisinant les 200 000 hectares. L’organisation de la filière et le support de l’Etat ont permis d’atteindre ces niveaux d’emblavement. Mais les activités d’appui à la mise en production ont périclité suite au désengagement de l’état et l’attractivité accrue par la conjoncture économique des importations ont freiné cet élan de production nationale.

Place des oléagineux dans le système de production agricole

Les bassins de production des oléagineux sont dominés par la céréaliculture, qui couvre environ 6 millions d’hectares et concerne principalement les zones pluviales du Gharb, Saïs, Zaer Chaouia, Doukkala et Tadla. Dans ces régions, l’alternance des cultures est extrêmement faible. Les autres cultures que les céréales représentent moins de 20% de la sole. Cette prévalence de la quasi-monoculture rend la gestion des cultures pluviales plus difficile, notamment face aux contraintes climatiques et biotiques dont les effets sont encore accentués lorsqu’il y a une perte de fertilité des sols. De plus, la gestion des parasites, des maladies et des adventices est un facteur déterminant de la réussite des grandes cultures. Or, le contrôle des résistances aux solutions chimiques ainsi que leur performance intrinsèque sont améliorés par la diversification et l’allongement des rotations des systèmes de cultures. Ainsi, l’introduction des oléagineux est une opportunité à saisir non seulement pour les avantages propres à la filière, mais aussi pour améliorer et soutenir celle des céréales et des légumineuses, voire de la betterave sucrière. D’autre part, grâce aux résidus laissés après la récolte, la culture des oléagineux est un atout majeur pour maintenir la fertilité et la productivité des sols marocains.

Relance de la filière des oléagineux

Dans le cadre du Plan Maroc Vert, les cultures oléagineuses ont été soutenues dès 2013 par la signature d’un contrat programme de développement des filières oléagineuses conduit par la FOLEA (Fédération interprofessionnelle des oléagineux) et mise en œuvre par le GIOM, (Groupement des industriels des oléagineux au Maroc) au travers de conventions d’agrégation qui lient les acteurs de l’amont et l’aval de la filière. L’objectif est d’atteindre 127 000 hectares de surface cultivée en oléagineux, dont 60% de tournesol et 40% de colza – soit près de 55 000 tonnes d’huile 70 000 tonnes de tourteaux.

Ce cadre permet de garantir un accompagnement des agriculteurs, la mise à disposition d’intrants, l’organisation de la collecte et la fixation des prix aux producteurs.

Les réalisations sont considérables :

  • La FOLEA a engagé des investissements au niveau des unités de valorisation de l’ordre de 117,1 millions de dirhams,
  • Un accord avec Crédit Agricole du Maroc permet depuis 2016 aux producteurs de cultures oléagineuses de bénéficier d’un préfinancement de campagne avec des conditions avantageuses,
  • Le système d’assurance multirisque climatique a été étendu aux cultures oléagineuses,
  • La surface globale des oléagineux a été quintuplée, passant de 14.000 Ha à près de 60 000 Ha, avec un pic de production de 22 KT en 2015. Le GIOM est pratiquement le seul agrégateur dans les zones pluviales qui a atteint ces surfaces et un nombre d’agrégés de plus de 1000 agriculteurs ;
  • Les bassins de production s’étendent dans presque l’ensemble des régions céréalières du Maroc, y compris dans les zones reculées ;
  • L’amélioration du niveau technique des agriculteurs suite à leur encadrement rapproché. Ainsi, l’usage des rouleaux, des semoirs de précision, le raisonnement de la fertilisation, etc. sont devenus des pratiques courantes ;
  • La création d’emplois par la mise en place des prestataires de service dans les régions bours.

Malgré les efforts consentis, la filière oléagineuse nécessite davantage de mesures spécifiques d’accompagnement en matière de gestion des risques de sécheresse et de réussite de la levée, de formation des prestataires de services ou encore de subvention des intrants et en particulier des semences pour améliorer la performance des cultures oléagineuses et la rentabilité des exploitations agricoles marocaines. 

Les oléagineux, en plus de leur contribution à la réduction des importations des produits alimentaires et de la facture financière dans la balance commerciale, sont une opportunité pour améliorer la production agricole dans les zones pluviales. Grace aux oléagineux, le PMV peut s’étendre dans tous les bassins de production et en faire bénéficier l’ensemble des exploitations agricoles, grandes et petites, en irrigué et en bour. Le lancement cette année du programme Maghreb Oléagineux, cofinancé par l’Union européenne et Terres Univia, dont le but de promouvoir les semences d’origine européenne au Maroc, est un atout qui pourrait contribuer à faire connaitre les avantages des oléagineux. Enfin, tout l’espoir réside dans le renouvellement du contrat programme qui pourra mettre en avant les défis auxquels fait face cette filière, qui reste un fleuron du PMV en zones bours.

Pour plus d’information sur le programme Maghreb Oléagineux, suivez nos pages:

 Facebook  :  www.facebook.com/maghreboleagineux/

LinkedIn: @maghreboleagineux