Les variétés de blés anciens remplaceront-elles les variétés sélectionnées récemment ?

Les variétés de blés anciens remplaceront-elles les variétés sélectionnées récemment ?

L’école d’ingénieur en agronomie et agroalimentaire AgroSup Dijon, en partenariat avec l’Association Graines de Noé, a mis en place une expérimentation dans laquelle sont comparées des variétés de blé anciennes et actuelles, en présence ou absence d’engrais de synthèse et pesticides. L’objectif est d’observer le comportement des deux types de variétés en présence ou absence d’engrais et pesticides. D’après les premières observations, les variétés anciennes dépassent en taille les variétés sélectionnées récemment, mais cela ne présage en rien du rendement en grain.

AgroSup Dijon c’est une école d’ingénieur (formant des civils et des fonctionnaires), et un institut d’appui à l’enseignement technique agricole et à l’enseignement supérieur. C’est également un pôle de référence en sciences et techniques agronomiques, de l’alimentation et de l’environnement, ainsi qu’en sciences de l’éducation et de la formation. AgroSupDijon conduit, sur ces domaines, des missions de formation initiale et continue (Ingénieur, Master et Mastères Spécialisés), de recherche et d’expertise, de transfert et de valorisation à l’échelle locale, nationale, européenne et internationale. Dans le cadre de ses 5 unités mixtes de recherche (UMR) et de son unité propre, en partenariat étroit avec l’université de Bourgogne et les plus grands organismes de recherche comme l’INRA, l’INSERM ou le CNRS, nos 94 enseignants-chercheurs mènent des travaux de recherches fondamentales et appliquées autour de l’agroécologie et de l’alimentation durable au service des territoires.

                                                                                                Le dispositif expérimental à différentes dates :

Des enseignants-chercheurs, ingénieurs et techniciens d’AgroSup Dijon, membres du laboratoire de recherche UMR Agroécologie (AgroSup Dijon, INRA, Université de Bourgogne) ont mis en place une expérimentation sur les parcelles pédagogiques de l’école, dispositif pédagogique qui permet aux étudiants de se confronter à des activités agricoles sur le terrain. L’objectif est de permettre aux étudiants de d’observer puis de comparer in situ des variétés issues de moyens de sélection différents : l’une dans les exploitations et l’autre dans des instituts et entreprises créatrices de variétés.

La domestication des espèces cultivées a été permise par la sélection à la ferme, par les agriculteurs eux-mêmes. Ainsi les agriculteurs ont obtenu des variétés particulièrement bien adaptées à leurs conditions locales de production : climat, sol, mais aussi organismes dans le sol, agents pathogènes, plantes adventices des cultures… Ces variétés ont été délaissées lors de la Révolution Verte. Elles présentent souvent une certaine variabilité génétique qui se traduit par de petites variations de morphologie (par exemple : hauteur de l’épi) qui ne sont pas idéales pour la mécanisation et la standardisation recherchée par l’agriculture conventionnelle. Du fait de cette variabilité génétique, ces variétés ne sont pas inscrites au catalogue des semences commercialisables. Pourtant, cette variabilité est un atout irremplaçable pour l’adaptation constante des variétés à leur environnement, en particulier dans un contexte de changement climatique. C’est en effet au sein de cette variabilité génétique que la sélection naturelle ou artificielle pioche les gènes à l’origine de l’adaptation des organismes à leur environnement. L’association Graines de Noé ( http://www.graines-de-noe.org/ ) participe à la conservation du patrimoine génétique dans des champs de blé conduits selon les principes de l’agriculture biologique, et jusque dans nos assiettes, puisqu’un grand nombre d’adhérents sont également boulangers.

Depuis quelques décennies voire un siècle, des semenciers conçoivent et commercialisent des variétés qui optimisent des caractères agronomiques tels que le rendement. Avec la Révolution Verte et l’usage généralisé des intrants de synthèse (engrais, fongicides, herbicides…), les sélectionneurs ont progressivement créé des variétés qui expriment leur potentiel en présence de ces intrants. Mais comment seront capables de se comporter ces variétés lorsqu’elles sont cultivées avec moins ou sans intrants ? Quelles seront les performances des variétés sélectionnées récemment et des variétés anciennes pour des contextes de production avec réduction ou sans intrants ?

Pour répondre à cette question, une expérience a été mise en place sur les parcelles pédagogiques d’AgroSup Dijon afin de comparer cinq variétés anciennes et cinq variétés sélectionnées récemment avec et sans intrants chimiques sur 60 placettes de 1 m² (voir illustrations ci-dessous). L’hypothèse testée est que le rendement des variétés anciennes ou sélectionnées récemment dépend de l’environnement dans lequel elles ont été sélectionnées. Autrement dit, le rendement des variétés anciennes et sélectionnées récemment dépend certes de l’ensemble de leurs gènes (le « génotype »), de l’effet des conditions environnementales (apport d’intrants chimiques ou absence d’apport), mais aussi de l’interaction entre le génotype et l’environnement. Cette expérience permettra ainsi d’apporter des éléments de réponse afin de déterminer quels sont les génotypes les plus prometteurs pour le développement de variétés pour l’agro-écologie.

Cette expérimentation à l’interface entre enseignement et recherche sera également l’occasion d’étudier d’autres paramètres de l’agrosystème tels que les capacités d’interception lumineuse des couverts, la diversité des plantes adventices et la présence de mycorhizes (champignons bénéfiques associés aux racines des plantes) avec et sans intrants pour les variétés sélectionnées récemment ou anciennes.