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Dégradation des sols en régions arides

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Céréaliculture

  Dégradation des sols en régions arides

Des idées pour y faire face

Yassine Jamali, Docteur vétérinaire et agriculteur

 

Les rendements céréaliers dans notre pays sont corrélés à la pluviométrie, qui est considérée généralement comme LE facteur limitant de la production. Pourtant, un phénomène moins spectaculaire se développe de manière insidieuse et aggrave les conséquences de la sécheresse qui le masque. Il s’agit de la dégradation des sols à laquelle contribuent plusieurs facteurs, liés à l’évolution des pratiques agricoles.

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Premièrement, l’extension des emblavures, nécessaire du fait de la croissance démographique, et permise par la mécanisation du labour et de la moisson, a presque supprimé la pratique de la jachère. Or la jachère permet un repos du sol, une reconstitution du stock d’humus, et un maintien de la diversité microbienne du sol. En fin elle interrompt nombre de cycles de pathogènes, en particulier les maladies cryptogamiques des céréales.

Deuxièmement la mécanisation de la récolte de céréales n’a pas eu d’équivalent pour la récolte des légumineuses. De ce fait, alors que la moisson mécanisée des céréales en bour coûte 200 à 300 dh par hectare, il faut compter 1.500 à 2.500 dh pour récolter manuellement un hectare de lentilles, pois fourrager, petit pois, ou fenugrec. Aussi la culture de légumineuses perd de sa compétitivité face aux céréales et les surfaces diminuent, surtout dans les zones les plus arides. Le rôle des légumineuses dans l’assolement est bien connu : fixation d’azote via des microorganismes symbiotiques, et là encore, rupture du cycle des pathogènes et maintien de la diversité microbienne du sol.

Troisièmement, l’extension des céréales s’étant faite au détriment des pâturages collectifs, la question de l’alimentation des troupeaux ovins et caprins s’est posée, d’autant plus que les effectifs de petits ruminants ont augmenté parallèlement à la croissance démographique. La paille est devenue une denrée stratégique pour l’élevage au point qu’après la moisson et le bottelage, les chaumes sont loués pour une pâture à outrance. A l’automne les champs sont complètement dénudés de toute matière organique. Le fumier des moutons qui pâturent les chaumes est stérilisé par des mois de canicule et il est loin de compenser la paille consommée, tant du point de vue des éléments NPK que du point de vue de la reconstitution de l’humus.

 

D’un assolement triennal à la monoculture et au surpâturage

En résumé, sur les cinq ou six décennies écoulées, nous sommes passés d’un assolement céréales-légumineuses-jachère à une quasi monoculture céréalière épuisante caractérisée par une non-restitution de matières organiques au sol.

Tout le monde connaît les travaux de Lydia et Claude Bourguignon qui ont mis en évidence en France la disparition progressive de la flore microbienne du sol à cause d’un travail du sol excessif et de l’usage des engrais chimiques et des pesticides. Qu’en est-il de nos sols, après des décennies de monoculture céréalière et de surpâturage, sans aucun apport de matière organique ? Le résultat serait probablement le même : une microflore tellurique réduite, appauvrie, déséquilibrée. Ceci est sans doute corrélé à l’évolution de la végétation adventice : la moutarde est devenue dominante, ce qui a peut-être une relation avec la réduction des microorganismes du sol. En effet la moutarde comme toutes les brassicacées, n’entretient aucune symbiose mycorhizienne et résiste mieux que les autres plantes à la disparition des mycorhizes. De plus, la moutarde est un concurrent pour le reste des plantes sauvages par allélopathie.

Le travail du sol et la monoculture ne sont pas seuls en cause : il suffit d’observer les pâturages collectifs, complètement surexploités, qui se sont transformés en boucliers calcaires compactés où rien ne pousse. Le responsable est le surpâturage qui a prélevé toute la biomasse tout en apportant trop peu de fumier pour reconstituer les réserves de matières organiques. Les seules surfaces épargnées sont les jujubiers rescapés et leur périphérie.
Face à ces contraintes quelles pistes, quelles solutions proposer  ?

– La jachère n’est plus une option, en raison de la pression foncière et économique qui pèse sur les exploitations du bour.

– La réhabilitation des légumineuses passe par une mécanisation de la récolte. Adaptation des moissonneuses-batteuses, ou utilisation de râteaux andaineurs tractés (en jouant sur la maturité pour éviter les éclatements de gousses et les pertes à la récolte) ou autre, c’est une question qui relève du machinisme agricole.

– La restitution de paille au sol ne peut se faire qu’en réduisant sa consommation par les troupeaux de petits ruminants. La seule alternative actuelle est le recours aux cultures fourragères irriguées. Or elles sont déjà insuffisantes pour faire face aux besoins du cheptel laitier, équin et de l’embouche ovine, et posent un autre problème, celui de l’épuisement des nappes. Pour réduire la consommation de chaumes il faudrait donc réduire le cheptel ovin et caprin. Solution sans doute impraticable vu son coût sociopolitique, elle n’est mentionnée ici que pour mémoire.

– Le semis direct réduit l’agression subie par la microflore du sol lors des opérations de labour plus ou moins profond. Il réduit aussi la minéralisation des matières organiques. C’est un élément essentiel du package de bonnes pratiques visant à préserver et améliorer nos sols.
L’association arboriculture-céréales, avantages indéniables

Une autre façon de diversifier cette monoculture est d’associer des arbres ou des arbustes aux céréales et aux légumineuses cultivées, qui deviennent une culture intercalaire. Le système racinaire de ces arbres abrite des mycorhizes et autres microorganismes. Par l’effet ombrage et brise-vent ils réduisent l’évaporation et optimisent l’utilisation de l’eau de pluie. La chute de feuilles, permanente ou saisonnière, apporte de la matière organique qui nourrit ces microorganismes et enrichit le sol comme l’ont démontré plusieurs études sur les acacias au Sahel.

Ces arbres et arbustes doivent être résistants, voire ultra résistants à la sécheresse pour survivre et éventuellement produire, de manière marginale. Les écartements doivent être adaptés aux conditions du semi aride (qui se rapproche de plus en plus de l’aride) et à une exploitation hyper extensive. Ils doivent permettre les opérations de semis et moisson mécanisés.

Parmi les arbres fruitiers résistants on peut citer l’olivier et l’amandier à une densité inférieure ou égale à 100 arbres/ha. Le caroubier également, avec une densité autour de 50 arbres/ha.
Les arbustes ultra résistants sont les Lycium, qui sont fruitiers et mellifères, les cactus, fruitiers, mellifères et à l’occasion fourragers, les Atriplex, exclusivement fourragers et qui n’ont pas de mycorhizes.
Le faux poivrier, Schinus molle est très résistant à la sécheresse, sa floraison dure longtemps et est très appréciée des abeilles. Ses fruits sont commercialisés sous le nom de “baies roses”.
Les différents acacias, (dont Acacia seyal et Acacia senegal utilisés pour la production de gomme) l’arganier, voire le Balanites aegyptiaca peuvent correspondre à certaines conditions pédo-climatiques.

Bien entendu, il s’agit dans tous les cas ci-dessus de conditions limites, caractéristiques du bour défavorable, on ne peut raisonnablement espérer plus qu’une amélioration limitée de la production céréalière (2 à 5 quintaux de plus à l’hectare ?) et une contribution marginale de l’arboriculture au revenu ou à l’auto consommation de la famille exploitante. Mais à ce niveau de dépendance, de vulnérabilité, quelques litres d’huile d’olive, quelques dizaines de kg de fruits, quelques kg de miel représentent un apport non négligeable pour des dizaines de milliers de familles et renforcent leur autonomie alimentaire.

La mise en place d’un système d’agroforesterie demande du temps, de la conviction et de la continuité dans l’effort car il faut pratiquer des irrigations d’appoints durant les deux ou trois premiers étés après la plantation. Une citerne tractée peut être utilisée, en combinaison avec des bidons percés qui étalent la dose d’arrosage et améliorent la pénétration de l’eau en simulant un goutte à goutte rudimentaire. Des travaux du sol basiques forment des impluviums où l’eau de pluie s’accumule si le relief le permet. Enfin il faut protéger les jeunes plants du pâturage …
Tout ceci exige du travail et un minimum d’investissement. Des expériences grandeur nature, en exploitation, devraient être menées pour préciser le coût de l’installation d’un système agro forestier en dirhams et en journées de travail afin de prévoir des subventions.

 

Le JUJUBIER

Le jujubier, plante mal-aimée des agronomes, n’est envisagé que sous l’angle de sa nuisance. Il n’est mentionné dans les brochures de vulgarisation agricole que pour détailler les moyens de l’éradiquer, par l’arrachage ou les herbicides systémiques. Il lui est reproché de gêner le passage des outils et engins agricoles, de diminuer la qualité de la paille, d’empêcher le pâturage des chaumes, il n’aurait que des inconvénients !

Et pourtant …. Dans un champ de céréales, les plus beaux épis sont ceux qui poussent à l’emplacement d’une touffe de jujubiers, ce qui est logique : des mycorhizes sont associées aux racines du jujubier, et la chute de feuilles automnales enrichit le sol. Cet intérêt agronomique indéniable s’accompagne d’un intérêt économique : le jujube, récolté à la fin de l’été représente un revenu. Le miel de jujubier est un produit renommé. Enfin, le jujubier est fauché et ses branches épineuses vendues pour en faire des clôtures. Ce dernier usage est celui qui permet de gérer le jujubier de manière optimale. Fauché entre octobre et novembre, il ne gêne en rien le labour et le semis. Il reste en dormance et redémarre en mars-avril. Au moment de la moisson, vers le mois de mai, les rejets de jujubier sont trop courts pour être coupés par la moissonneuse-batteuse et bottelées avec la paille. Sa nuisance est donc réduite à rien. Par contre la floraison et la repousse estivale nourriront abeilles et chèvres.

 

 

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