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Oléiculture : Olivier et changements climatiques

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L’olivier pour l’atténuation des effets des changements climatiques

Mme Oumkaltoum Krimi Bencheqroun, Chercheur Olivier – INRA Meknès

 

L’Agriculture est au cœur des secteurs concernés par les changements climatiques qui se manifestent par une nette augmentation de la température de la terre, la sécheresse, les inondations, la déforestation et l’érosion. Le secteur agricole est non seulement capable de contribuer efficacement à l’atténuation des effets des dérèglements climatiques sur la terre mais il est aussi responsable de 14% des émissions des gaz à effets de serre. Il subit certainement les effets négatifs de ces changements puisqu’il représente le premier consommateur d’eau et qu’il comporte par la suite 70% de la solution à ce problème au niveau des pays en voie de développement dont le Maroc.

 

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Selon les données de la F.A.O de 2012, l’Agriculture utilise plus de 85% de la réserve générale en eau douce dans la région de l’Afrique du Nord et du Proche Orient (MENA) et il faut signaler que, dans cette zone géographique, le niveau des ressources renouvelables en eau intérieure par habitant et par an est parmi les plus faibles dans le monde. En effet, il est de l’ordre de 609 m3/habitant/an contre une valeur moyenne mondiale de 6080 m3/habitant/an sans oublier que cet indicateur tend vers une baisse de 50% à l’horizon 2050 dans cette région MENA connue par l’aridité et la rudesse de son climat. Cette situation hydrique critique a poussé les décideurs de manière urgente vers la réflexion à des solutions efficaces et pertinentes pour minimiser les effets des changements climatiques sur la productivité agricole et ceci à travers la réglementation et la rationalisation de l’utilisation de l’eau dans ce secteur. D’autant plus que les dernières années ont été marquées par une baisse remarquable du nombre de jours pluvieux par campagne agricole, une réduction significative des précipitations et une mauvaise répartition de ces dernières au cours de l’année. D’où l’importance de la question de l’eau et de son impact sur l’agriculture et par la suite de la stratégie d’adaptation de l’agriculture aux nouvelles données climatiques.

La situation précitée explique l’intérêt remarquable et croissant accordé, pendant ces dernières années, aux espèces végétales rustiques qui se distinguent par leur tolérance à la sécheresse, leurs besoins réduits en eau et par leur grand pouvoir d’adaptation aux différents types de sol, même les plus pauvres, et aux reliefs accidentés. Aussi, la montée anormale de la température de la terre qui cause la sécheresse, a mis en exergue l’intérêt des espèces végétales caractérisées par une bonne efficience d’utilisation de l’eau telles que l’Olivier. En fait, ce dernier a longuement été victime de sa rusticité puisqu’il n’a été considéré comme un arbre fruitier à part entière que très récemment. L’entrée de l’Espagne dans l’Union Européenne (U.E) en 1986 a exigé la modernisation de l’oléiculture, depuis trente ans, dans ce pays qui était dans l’engagement d’adapter le volume de sa production à la nouvelle demande en matière d’olives de table et d’huile d’olive. D’un autre côté, les nombreuses vertus de l’huile d’olive et ses multiples bienfaits sur la santé humaine ne cessent d’être confirmées par des résultats de recherches assez pointues dans le domaine médical. En effet, durant les deux dernières décennies, les qualités diététiques, médicinales, nutritives et organoleptiques de l’huile d’olive , dont la qualité répond à la rigueur et aux exigences des normes internationales, ont été bien démontrées et expliquent l’accroissement de la demande pour ce produit noble et surtout de la part des pays non producteurs puisqu’il s’agit d’un arbre méditerranéen par excellence.

De point de vue écologique, la rusticité de l’olivier justifie son expansion, à grande échelle, au niveau du bassin méditerranéen et montre que cet arbre a su, à travers les siècles, s’adapter aux fluctuations du climat méditerranéen connu par son automne froid et pluvieux en général et son été chaud et sec. De même, la répartition géographique de cette espèce arboricole n’est pas limitée par la nature du sol. Ceci fait de lui ‘LE VEGETAL RICHE DES SOLS PAUVRES’ et le classe ainsi parmi les grands protecteurs de l’environnement. Son pouvoir d’adaptation aux zones montagneuses dont le relief est accidenté constitue un moyen efficace pour fixer le sol et pour lutter contre les facteurs de l’érosion.

Quelques secrets de l’ARBRE BENI :

De nombreux résultats de recherches réalisées à l’échelle internationale ont mis en évidence certaines spécificités de l’olivier qui sont derrière sa capacité d’adaptation aux changements des conditions environnementales. A travers ce papier, je vais essayer de passer en revue quelques unes des caractéristiques de cet arbre étant donné leur relation avec l’atténuation des effets des dérèglements climatiques sur la terre. Ainsi, ces spécificités sont les suivantes :    

  • La photo annexe de l’olivier âgé de plus de 5000 ans renseigne sur sa capacité à défier la sévérité et les fluctuations des conditions externes et explique sa grande longévité.
  • L’olivier est l’une des espèces arboricoles caractérisées par ses feuilles persistantes. A l’encontre de la plupart des espèces arboricoles, ce dernier ne perd pas complètement ses feuilles pendant l’automne puisqu’elles sont renouvelées, en moyenne, pendant une période de 3 ans. Par conséquent, c’est l’un des arbres capables d’entretenir sa verdure et sa beauté naturelle malgré la succession des quatre saisons de l’année. De même, il faut noter que les feuilles de l’olivier se caractérisent par la présence de poils tecteurs sur leur face inférieure. Ceci leur permet de conserver l’humidité de façon continue dans le temps. Cette spécificité serait probablement liée à l’explication de la beauté pérenne de cet arbre comme on peut le voir sur la photo de l’olivier âgé de plus de 5000 ans. De plus, son feuillage dense et persistant lui procure une grande capacité d’absorption du Carbonne(CO2). Sans oublier que sa frondaison, largement déployée, est en mesure de réduire l’intensité des pluies torrentielles et de lutter contre l’érosion puisqu’elle facilite le ruissellement et l’infiltration de l’eau dans le sol.
  • Le système racinaire de l’olivier est robuste et se caractérise par un développement important qui parvient à fixer le sol, à lutter contre l’érosion et à puiser l’eau en profondeur. De même, ce système racinaire est doté d’un grand pouvoir d’adaptation aux différents types de sol puisque son développement est fortement influencé par les caractéristiques physico chimiques de ce dernier et par sa structure et sa texture. Dans certains pays du bassin méditerranéen, quelques spécialistes en la matière ont mentionné la présence d’oliviers comportant des racines allant jusqu’à 6m de profondeur.
  • L’olivier est l’une des espèces végétales les moins exigeantes en eau. En effet, environ 80% de l’oliveraie mondiale est conduite en sec (bour) pour la subsistance et pour la production. Grâce à sa tolérance à la sécheresse et à sa souplesse d’adaptation aux fluctuations des conditions climatiques, la culture de l’olivier est praticable sous un régime hydrique oscillant entre 100 et 800 mm/an. En situation de stress hydrique, l’olivier réagit par une nette réduction des échanges avec l’extérieur. Il procède, en effet, à la fermeture des stomates dans l’objectif de préserver l’eau dans l’arbre, d’éviter son desséchement et d’assurer en fin sa survie.
  • L’olivier se spécifie par une bonne efficience d’utilisation de l’eau. Ce critère est d’une importance majeure par rapport à l’atténuation des effets des changements climatiques et à la lutte contre la sécheresse qui en résulte. En effet, il faut rappeler que, dans les situations extrêmes, l’olivier préfère plutôt la rareté de l’eau à son abondance puisque la grande disponibilité en eau et sa stagnation pourraient causer l’asphyxie de l’arbre alors qu’en situation de grand stress hydrique, cet arbre déploie toutes ses capacités naturelles dans l’objectif de sa survie sans oublier que la force de son système racinaire et son grand développement lui facilitent l’accès à l’eau à des niveaux élevés de profondeur. De même, dans toutes les situations hydriques, l’olivier montre une grande capacité d’adaptation de l’intensité de floraison et de fructification. Ceci explique partiellement la faible productivité de l’oléiculture pendant les campagnes agricoles où sévit la sécheresse du moment que les rendements olive sont étroitement liés à ces deux étapes de production à savoir la floraison et la fructification.
  • En comparaison avec la majorité des arbres fruitiers, l’olivier a des besoins en eau modestes et pour qu’il puisse atteindre son potentiel réel de production, les apports en eau à cet arbre se limitent à une simple correction du déficit hydrique causé par la sécheresse.
  • A la fin, l’olivier cultivé, Oleaeuropea.L, est l’une des espèces végétales qui renferment une grande richesse et une diversité génétique très importante. A présent, plus de 2000 variétés ont été identifiées et cultivées dans le monde. De plus, la tolérance à la sécheresse, comme la résistance aux maladies et aux ravageurs, sont parmi les caractères fortement influencés par le facteur variété. D’où l’intérêt des essais comparatifs des variétés d’olivier à la recherche des plus performantes et des mieux adaptées à la sécheresse. Ces dernières offrent la possibilité d’optimiser l’efficience d’utilisation de l’eau en oléiculture. De plus, les outils d’amélioration génétique des plantes sont en mesure d’accroitre la résistance à la sécheresse chez l’espèce cultivée de l’olivier moyennant des croisements entre des variétés sélectionnées pour l’intérêt de leurs caractères et des sous espèces telles que l’olivier de Laperine (la personne qui l’a prospecté), répandue dans des zones au climat saharien dont la sévérité dépasse celle du climat méditerranéen.

 

En conclusion, toutes les caractéristiques et les spécificités mentionnées antérieurement rappellent que l’olivier est bon pour la santé et pour l’environnement et informe sur la part de sa contribution à l’atténuation des effets négatifs des changements climatiques sur la terre. 

 

 

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