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Oléiculture : Densité plantation de l’olivier et production

La densité de plantation

Une pratique à raisonner pour une production optimale de l’olivier en zones de montagnes

  1. KAJJI, A. MAMOUNI, R. RAZOUK, M. ALGHOUM, A. MEKKAOUI – INRA -Meknès

 

La densité de plantation est la résultante de l’écartement entre les lignes et de l’écartement des arbres sur les lignes. Elle est choisie lors de l’implantation de l’oliveraie en fonction de critères divers tels que l’objectif assigné à la culture (recherche du meilleur rendement avec apport d’intrants, valorisation de terres marginales avec un minimum d’apport, association avec des cultures intercalaires) et les potentialités du milieu.

La pratique de l’olivier en système traditionnel extensif est attestée par bon nombre d’auteurs sur tout le pourtour méditerranéen, avec fréquemment des espacements de 10 x 10 m (100 arbres/ha) ou 7 x 6 m (238 arbres/ha). Ces auteurs précisent que certaines oliveraies en parcellaire fragmentées et très dispersées, existent dans des zones en pente avec des sols pauvres et peu profonds. Ces arbres, dont la protection phytosanitaire est difficile à réaliser, sont rarement taillés et reçoivent d’une manière générale peu d’entretien (lutte contre les adventices). Ce verger traditionnel se caractérise par son hétérogénéité et sa faible productivité liée à son vieillissement. De nombreuses plantations âgées sont issues de restructuration d’arbres à grand espacement ne développant pas un grand volume de frondaison, d’où une surface de fructification par unité de surface de terrain très faible  (Villemur et Dosba, 1997).

 

L’oléiculture dans les zones de montagne au Maroc

Elle entre bien dans la situation qui vient d’être décrite. Les densités fréquemment pratiquées dans l’oliveraie marocaine traditionnelle en zones de montagnes sont de 80 à 120 arbres/ha, avec une densité moyenne de 100 arbres/ha. Ponctuellement la plantation est effectuée selon les courbes de niveau, afin de limiter l’érosion.

L’irrigation est possible dans les oliveraies peu en pente. En cas d’irrigation, les densités pratiquées sont plus élevées (200 arbres/ha ou plus selon la maîtrise de l’exploitant des techniques de production). Les techniques culturales utilisées sont l’entretien du sol par un labour léger, l’irrigation gravitaire, la fertilisation et la taille raisonnées, ainsi qu’une protection phytosanitaire. Les rendements espérés dans ces oliveraies irriguées sont alors peu fluctuants et égaux ou supérieurs à 3 tonnes/ha.

Il existe en outre de nombreuses oliveraies complantées de cultures intercalaires dont principalement la fève, le blé tendre, l’orge et la lentille. Dans ce cas, les oliviers sont plus un arbre de cueillette, sans itinéraire technique, qu’un arbre cultivé.

Cependant, certaines oliveraies jeunes sont implantées. Il faut alors pouvoir donner des informations aux agriculteurs sur la densité à appliquer, car des erreurs dans le choix de la densité ne peuvent pas complètement être corrigées par la taille. En cas de densité trop élevée, on note fréquemment un besoin de taille excessif, un déséquilibre des arbres, ainsi qu’une gestion phytosanitaire difficile du fait d’un grand nombre d’attaques. L’ombrage porté sur les zones de fructification en périphérie entraîne une baisse de rendement. Inversement, lorsque la densité est trop faible, on note une tendance à ne pas tailler, des arbres volumineux, une récolte ingérable du fait de la hauteur des arbres, ainsi qu’une surface mal optimisée.

 

Analyse des  peuplements d’olivier  dans les systèmes de culture  traditionnels: recherche de  densités optimales  de plantation

 

Densités observées

Les densités moyennes de plantations pratiquées en oléiculture traditionnelle basée sur la variété population Picholine marocaine, ont été collectées par diagnostic sur le terrain au niveau de 98 périmètres (26 500 ha) relevant de 13 provinces, dans le cadre des ‘études de faisabilité conduites par le projet PAF-MCA. Dans ces zones qui se caractérisent par une pluviométrie moyenne très contrastée (330 à 1000 mm/an),  les rendements obtenus varient de 1 à 5 t/ha selon la densité de plantation. L’efficience moyenne d’utilisation des eaux pluviales est d’environ 4,2 kg d’olives par hectare pour 1 mm  de pluie permettant  un  rendement moyen de 19,2 kg/arbre. Une corrélation positive (r2= 0, 68) existe entre la densité et le rendement. Le gain moyen de rendement varie, selon les zones, de 1 à 5 qx pour une augmentation de 100 mm du niveau pluviométrique. Les niveaux de production obtenus augmentent avec la densité et l’optimum obtenu pour une densité entre 200 et  250 arbres/ha  est un rendement de 4 à 5 t/ha sous une pluviométrie supérieure à 500 mm/an. Cependant, l’augmentation des densités à plus de 150 arbres/ha, en zone de faible pluviométrie (<500 mm) affecte la productivité dont l’optimisation nécessite l’apport d’irrigations d’appoint. La part des rendements obtenus uniquement en fonction des pluies et des densités reste difficile à déterminer avec précision puisqu’elle interfère avec la conduite technique du verger et les caractéristiques des sols.

Actuellement, l’extension des superficies, préconisées dans le cadre du Plan Maroc Vert, se fait sur la base d’une densité de plantation de  l’ordre de 71 arbres /ha soit un écartement de 10 x 14 m en zone pluviale. La détermination d’une densité optimale est complexe, nécessitant la mise en place d’expérimentations sur une longue période avec le contrôle de plusieurs facteurs. L’analyse et la comparaison de différentes densités sur des vergers adultes localisés dans différentes régions et l’exploitation des travaux effectués dans d’autres pays, constituent une approche qui permettrait de donner des indications pour optimiser la densité dans les vergers.

 

Relevé d’observations et enquête en zone de montagne (Moyen Atlas)

Les informations sur les systèmes de culture proviennent d’observations, de mesures et d’une enquête semi structurée réalisée dans le cadre du projet Millénium Challenge Corporation (MCC). L’enquête a porté sur les caractéristiques du verger oléicole notamment les densités pratiquées et les niveaux de rendement obtenus dans des environnements climatiques différents. L’étude de l’effet de la densité sur le développement de l’arbre et sur le rendement a été effectuée en observant la vigueur de l’arbre, le dénudement des charpentières et des branches, le volume de la frondaison, le rendement en olives et en huile ainsi que sur la présence ou l’absence de maladies.

 

Résultats

Dans les zones de montagnes du Maroc, les oliviers sont conduits généralement en forme libre sans application de taille de formation et/ou d’entretien et selon des densités variables allant de 3×4 m à 12×12 m. Cette variabilité de densité de plantation s’explique d’une part par la méconnaissance par les agriculteurs de la densité optimale de plantation permettant un bon développement de l’arbre et un rendement optimal et d’autre part par la présence ou non d’une ou plusieurs cultures intercalaires.

Etant donné que la Picholine Marocaine, qui constitue la majorité des plantations, est une variété vigoureuse, les arbres prennent une hauteur excessive et occupent un espace de plus en plus important engendrant une réduction de l’interception de la lumière et par conséquent une diminution de la production.

Les visites effectuées au niveau des vergers des régions concernées par le projet MCC ont permis de déceler certains points négatifs:

  • Les évasements des charpentières sous l’effet du poids de la production surtout en zones irriguées (Khénifra par exemple). Ce phénomène est accentué en hautes densités.
  • Le dénudement des charpentières et des branches en cas de forte densité avec déplacement de la végétation vers la périphérie de l’arbre
  • Le faible rendement en olives des arbres en zones pluviales
  • La recherche de lumière imposant à l’arbre d’atteindre des hauteurs importantes (phototropisme)

 

Les paramètres architecturaux ont été mesurés et les rendements sur pied ont été estimés sur une vingtaine d’arbres par oliveraie jeunes à moyennement jeunes.

Les arbres les plus jeunes (entre 5 et 7 ans) n’ont pas atteint leur plein développement et par conséquent leur hauteur moyenne est inférieure à celle des arbres dans les oliveraies âgées d’une vingtaine d’année. La longueur moyenne des charpentières dénudées est généralement inférieure à 60 cm, alors qu’elle s’approche de 1 mètre pour les arbres plus âgés. La différence principale de forme apparaît avec les critères hauteur/circonférence du tronc et hauteur/diamètre de la frondaison : les arbres jeunes mono-troncs ont une forme différente des arbres poly-troncs. Ils sont beaucoup plus élancés, sans effet de la densité.  Cela est normal si l’on considère que les arbres poly-troncs ont tendance à s’évaser depuis la base. Cependant cette différence de forme disparaît totalement pour les arbres âgés d’une vingtaine d’année.

Quelle que soit la densité, le diamètre de la frondaison est inférieur à l’écartement des arbres. Les arbres ne se touchent jamais, ce qui est indispensable pour cette culture pour laquelle la fructification latérale nécessite une arrivée latérale de l’éclairement. Par contre, les vergers à densité forte (3 x 4 ou 4 x 4 m) présentaient un dénudement important des branches  et une quasi-absence de fructification. Dans la région, cette forte densité était associée à une absence de taille.

Ainsi, étant donné les pratiques culturales de la région (absence de taille), les vergers dans lesquels les arbres sont plantés à des écartements de 7 x 8 m ou à des écartements supérieurs, présentent des caractéristiques architecturales similaires. Les écartements inférieurs se traduisent par une chute des capacités productives.

C’est pourquoi la densité pratiquée au champ école de Tanfnit, à savoir 8 x 8 m, semble bien adaptée aux conditions environnementales, avec pratique de l’irrigation d’appoint. Il est peut-être possible d’envisager des densités en irrigué de l’ordre de 250 ou 300 arbres par ha, mais nous n’avons pas repéré d’oliveraies en pleine production en conduite irriguée dans cette gamme de densité.

Par ailleurs, les rendements estimés sur pieds font apparaître pour les jeunes vergers irrigués une production par arbre supérieure à la moyenne nationale (tous régimes hydriques confondus) de 13 kg/arbre. Bien qu’ils ne soient pas encore en pleine production, leur rendement est satisfaisant.

En fin les vergers irrigués et correctement conduits et en pleine production ont un rendement estimé au triple du rendement généralement observé en verger en conditions pluviales.

 

Conclusion 

Les jeunes oliveraies observées ont été plantées à une densité allant de 150 à 200 arbres/ha, soit une densité supérieure aux densités habituellement pratiquées. Les données actuelles font penser que ce choix est judicieux, puisque pour les vergers en pleine production on n’observe pas de palier atteint avant 150 arbres/ha. Une oliveraie adulte de 200 arbres/ha devrait atteindre un taux d’occupation un peu inférieur à 50% si l’architecture de l’arbre n’est pas modifiée, ce qui devrait permettre un ensoleillement suffisant.

Photo 1 : différentes densités de plantation dans la région de Khénifra

Photo 2 : Dénudement sur charpentières pour des plantations à densité élevée