Maraîchage : Le haricot vert, une culture en mutation

Maraîchage : Le haricot vert, une culture en mutation

Le haricot vert :

une culture en mutation

Le Maroc est un intervenant majeur du marché du haricot, grâce à des atouts économiques et logistiques qui l’ont rendu très compétitif face à ses concurrents africains. La production, initialement située dans le nord du pays, s’est délocalisée vers le sud (Souss) à la seule fin de développer les flux vers le marché européen.

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Le haricot plat détient une place privilégiée parmi les principaux légumes exportés par le Maroc. Les volumes expédiés sont passés de 68 000 t à 83 000 t, soit + 22% en 10 ans. L’essentiel des exportations est destiné au marché européen, notamment l’Espagne pour le haricot plat, et la France et la Hollande pour le haricot filet.  

Historiquement l’introduction du haricot dans la région du Souss s’est produite après la guerre du golfe, quand plusieurs compagnies aériennes ont cessé leur activité. Parmi celles-ci figure la compagnie belge Sabena qui transportait les haricots du Kenya et autres pays africains avec des prix convenables. L’Europe manquait de ce produit et comme le Maroc est proche et présente des conditions idéales pour le développement de cette culture, des investisseurs espagnols se sont installés au Maroc afin de combler ce manque.

Cependant, ces dernières années, un manque d’intérêt des sociétés produisant le haricot vert a été observé. De l’avis des professionnels, ce recul est dû au fait que le haricot est une culture saisonnière, du mois octobre à mars, période durant laquelle les volumes de la production sont intéressants ainsi que les prix. Cependant, un seul cycle de haricot par an n’est pas rentable. Alors ce manque d’intérêt des grandes sociétés est exploité par les petits agriculteurs qui peuvent compléter la campagne par des cultures autres que le haricot. De même, ce délaissement du haricot est dû aux mauvais prix  de commercialisation de ces dernières années, aux augmentations des coûts des intrants et de main d’œuvre ainsi qu’aux maladies. Le haricot n’est plus cette culture facile que l’agriculteur peut produire avec des serres anciennes, mal équipées ou avec une gestion moyenne. Ainsi, la reprise de cette culture commence à se faire plutôt par les petits agriculteurs et les observateurs pensent qu’elle va devenir une culture saisonnière du fait que pendant l’été, elle rencontre beaucoup de problèmes, dont les fortes chaleurs, le TYLC, le prix médiocre et le faible tonnage.

 

Déroulement de la campagne

La production de haricot cette campagne est caractérisée par des cycles relativement courts à cause du climat, qui était en général tempéré à chaud. Par exemple, le cycle d’hiver qui s’étalait normalement sur six mois, n’a duré que cinq mois cette année. Ce climat, très différent des dernières années,  a impacté négativement d’une part le cycle de production quantitativement et qualitativement et d’autre part le calendrier des exportations des producteurs. A noter que des attaques virales après plantation ont été observées sur le haricot plat (d’où arrachage et replantation) ainsi que la pourriture racinaire sur le haricot filet et le plat (d’où traitement au sol).

Commercialement, les prix durant cette campagne étaient très moyens avec des périodes à bas prix, inférieurs au prix de revient qui est en général de 7 dhs/kg. En effet, pour le filet, les prix étaient généralement bons mais pour le haricot plat, les superficies arrachées et replantées ont perturbé la courbe des prix qui était généralement bonne à moyenne. Les meilleurs prix étaient enregistrés surtout pendant les mois de septembre, octobre 2015 et les mois de janvier, février, mai et juin 2016 ; les mauvais cours s’étant produits au cours des mois de novembre et décembre 2015 et mars-avril 2016.

 

Problématique de la main d’œuvre

Le haricot est une culture très gourmande en main d’œuvre, surtout au moment de la récolte, qui devient une tâche de plus en plus compliquée et coûteuse. Pourtant, il y a quelques années seulement, grâce à sa proximité géographique avec l’Europe, un coût avantageux de main d’œuvre et une solide détermination des professionnels, le Maroc avait réussi à se placer premier exportateur de haricot vert en Afrique. Aujourd’hui, la disponibilité de la main d’œuvre, qui était un atout que le Maroc exploitait efficacement pour prendre avantage sur ses concurrents, devient un facteur limitant pour ce type de culture surtout entre les mois de décembre à mars, période de pic des récoltes des fruits rouges dont les superficies n’ont cessé d’augmenter au cours de ces cinq dernières années dans le Souss. A noter que la rareté de la main d’œuvre a posé beaucoup de problèmes pour toutes les cultures cette année. Pour gérer la situation, la plupart des producteurs font appel à des ‘‘caporaux’’ avec des équipes permanentes et stables d’une part, et d’autre part, ils jouent aussi sur le côté technique en adoptant une conduite qui favorise le génératif de la plante afin d’avoir un plant moins végétatif qui nécessite moins d’interventions. A noter que quand les prix du marché sont faibles, il arrive que le coût de la récolte dépasse le prix de vente.

 

Les exigences agronomiques

Pour répondre aux attentes des marchés, les producteurs marocains cherchent des variétés plus productives surtout en période de froid avec un cycle plus allongé (8 mois), mais surtout avec une qualité constante, une meilleure présentation de la gousse et une longue conservation pour conquérir des marchés lointains autres que l’Espagne. Aujourd’hui, les consommateurs et les distributeurs européens, exigent une bonne qualité du produit (tenue et coloration), avec une tendance à choisir des gousses ayant une coloration plus foncée et plus charnues. Pour certains distributeurs, le facteur du goût plus sucré est recherché.

 

Variétés dominantes et maladies

Selon les professionnels interrogés, les variétés de haricot  dominantes cette année sont, pour le plat : Estefania, Fascine et Faiza; et pour le filet : Paulista, Salamanca et Morallida. A signaler que la variété Salamanca a diminué ces trois dernières années à cause de la rareté de sa semence et que la variété Paulista est plus demandée à l’export avec des cours meilleurs par rapport à la variété Salamanca. La variété naine Paulista est devenue plus appréciée par le marché d’exportation ce qui a poussé certains producteurs à mener cette culture sous serre, ce qui a augmenté sa superficie.

Les principaux ennemis de la culture sont les nématodes et les virus (le TYLCV transmis par la mouche blanche et le SBMV introduit par la semence et transmis par un champignon du sol). Ensuite viennent les maladies vasculaires (fusarium et verticillium), la pourriture grise, les pourritures du collet, l’oïdium, les acariens et le thrips. Les producteurs souhaitent que les maisons grainières fassent plus d’effort afin de garantir la stabilité génétique des variétés existantes et d’assurer une résistance aux nématodes et aux deux virus cités précédemment qui demeurent les problèmes les plus sérieux pour cette culture.

Concernant la diversification, on a enregistré l’introduction de nouvelles variétés avec plus de résistances et la progression des variétés de couleur vert foncé pour le type Helda. « De mon avis de producteur, les semenciers doivent fournir des variétés plus productives, avec des gousses de bonne qualité et qui soient dotées de résistances au virus SBMV et d’une tolérance aux nématodes », explique un professionnel.

 

Conseils et recommandations

Pour mieux réussir la culture de haricot, il faut donner plus d’importance au palissage et à l’éclaircissage et prendre toutes les précautions nécessaires contre les virus. Il est impératif de bien choisir la variété et la date de plantation, et de maintenir une vigilance sanitaire depuis la préparation et l’installation de la culture, d’anticiper les travaux culturaux, de bien gérer la main d’œuvre et d’avoir une vision claire pour la commercialisation.