Maraîchage : Choix variétal pour la courgette export

Courgette export

Une culture très sensible

Hind Elouafi

 

– Campagne 2015-16 : étalement de la production pour minimiser les contraintes de la concurrence

– Des choix essentiels pour réussir la culture 

 La campagne courgette 2015/16 a été marquée par des conditions climatiques peu favorables et des prix très bas à l’export. Elle a démarré lentement et a été marquée par une faible disponibilité du produit.

previous arrow
next arrow
PlayPause
previous arrownext arrow
Slider

 

La première récolte a eu lieu en octobre avec une présence timide sur le marché. Les semis étaient plus précoces cette année mais surtout échelonnés durant toute la période de plantation. D’après les professionnels, les semis ont commencé à partir d’août et ont continué jusqu’à fin décembre, le pic de production étant situé entre novembre et décembre. Le but de l’avancement et de l’étalement est surtout d’éviter les contraintes de la concurrence avec les produits espagnols. A noter que lors de la campagne précédente, les plantations de courgette avaient été effectuées entre le mois d’août et septembre seulement. Les bons prix de l’an dernier ainsi que le problème du virus « New delhi » apparu en Espagne sont les principales raisons qui ont poussé et encouragé les producteurs marocains à planter très tôt cette campagne. « Le calendrier de semis n’est plus respecté comme avant, il est plutôt guidé par les prix », explique un producteur.

Contrairement à la campagne précédente, le climat de cette année était chaud et sec avec de faibles pluies très irrégulières depuis le début de la campagne. Ces conditions ont  favorisé les attaques de virus (surtout les plantations précoces avec les attaques du virus TSWMV souche marocaine, certains agriculteurs ont été contraints de refaire les semis), de l’oïdium et des acariens qui ont impacté les rendements. Le climat de cette année a également favorisé le développement végétatif et une mauvaise nouaison.

La commercialisation n’était pas facile non plus et les prix ont été médiocres à l’échelle de l’Union européenne qui connait une conjoncture économique morose. Néanmoins, le démarrage de la campagne (d’octobre à décembre) était caractérisé par des cours à l’export intéressants : 1,30-1,80 euros/kg (par rapport à la tomate 0,50-0,60 euros).

La surface allouée à la culture de courgette a augmenté par rapport à la campagne précédente, elle est de 2.500 Ha (sous serre et plein champ) au lieu de 2.200 Ha. La surface sous serre représente 35 à 40% par rapport à celle du plein champ.

 

Choix variétal

Sur le plan variétal, de l’avis des spécialistes, la culture de la courgette reste dominée par un nombre très réduit de variétés dont les résultats sont plus au moins convaincants pour les producteurs. Des maisons grainières essayent d’introduire de nouvelles variétés en invoquant la résistance à l’oïdium et surtout le spectre du virus New Delhi des feuilles enroulées de la tomate (Tomato leaf curl new delhi virus ToLCNDV) dont la présence n’est pas encore confirmée au Maroc.

Comme c’est déjà le cas pour la tomate depuis un moment, la tendance de l’exigence de variétés en exclusivité par certains grands groupes exportateurs est en train de s’installer pour la courgette. Ils recherchent des variétés qui répondent mieux aux exigences de leurs clients à l’exportation. Les critères les plus importants sont surtout la forme du fruit, sa fermeté et une couleur de peau luisante.

A noter que ces dernières années, l’amélioration variétale a surtout porté sur les critères suivants :

 

Précocité et productivité

Ces deux caractères sont obtenus grâce à une bonne aptitude à la nouaison. Cette dernière a été considérablement améliorée, mais elle a ses limites, en particulier en jours courts. La productivité a été accrue grâce à l’allongement de la période de récolte et, à présent, un plant de courgette peut donner 30 à 35 fruits sur une période de trois mois environ. Cette performance est possible car les fruits sont toujours récoltés avant maturité.

 

Morphologie de la plante et du fruit 

Les hybrides actuels répondent à une demande pratique de culture, à savoir : des plantes à entre-nœuds courts, avec un feuillage peu exubérant et aéré, à port dressé, pour occuper une place limitée dans l’espace. Des pétioles et des feuilles peu épineux sont également recherchés. Quant au fruit, il doit être de forme cylindrique, de section ronde plutôt que polygonale, et de calibre homogène, dont l’optimum est de 18 à 21 cm de longueur et de 3 à 4 cm de diamètre, correspondant à un poids moyen de 180 à 220g.

 

Tolérance à l’oïdium et aux maladies virales

La lutte contre l’oïdium, dont le risque est important à partir du début de l’été, est difficile car les récoltes quotidiennes interdisent l’utilisation de fongicides à moins de trois jours avant récolte. Pour les cultures d’automne, c’est le risque des virus qui devient préoccupant, même sous abris.

 

Evolution de la conduite

La conduite culturale de la courgette est restée à un stade standard avec toutefois des améliorations au niveau des rendements nécessaires pour compenser les prix bas. Ces évolutions ne concernent que certains grands groupes bien encadrés. La majorité des producteurs, principalement en culture plein champ, continuent d’adopter des pratiques primaires en l’absence d’une politique d’assistance technique. L’évolution vers de nouvelles pratiques est d’autant plus cruciale avec les nouveaux problèmes phytosanitaires qui guettent les frontières marocaines dont le virus de New Delhi transmis par la mouche blanche (Bemisia tabaci), ainsi que la sensibilité variétale à l’oïdium et les dégâts de thrips et d’acariens. A cela s’ajoutent les exigences sanitaires à l’export qui deviennent de plus en plus rigoureuses et la liste des matières actives autorisées pour la lutte chimique sur la courgette bien réduite.

D’après les observateurs, vu l’ampleur de tous ces problèmes, la culture de la courgette de plein champ sera amenée à diminuer fortement. Ce n’est qu’en culture sous serre que ces problèmes pourront être contrôlés afin d’assurer un bon rendement. Celui-ci dépendra aussi d’autres facteurs tels que : le choix variétal (la résistance à l’oïdium constitue encore un grand défi pour la réussite de la culture), la maitrise de la fertigation et des techniques culturales.

 

Conseils généraux de conduite

La courgette nécessite une conduite adaptée pour obtenir une production satisfaisante qualitativement et quantitativement. Parmi les opérations les plus importantes recommandées par les professionnels interrogés :

 

Phase de l’installation de la culture

La préparation du sol consiste à faire un labour profond de 40 à 60 cm à l’aide d’une sous-soleuse, suivie d’un labour superficiel au cover-crop. Ensuite, il faut ameublir le sol et enfouir la fumure de fond.

Le paillage consiste à recouvrir les banquettes par un film plastique noir d’une épaisseur de 40 µ et enterrer les extrémités du film. Autre opération indispensable, la désinfection des sols qui permet principalement de protéger les cultures des attaques de champignons telluriques et de l’envahissement par les adventices.

Le semis est fait selon le mode direct. Le choix variétal doit se porter sur des variétés présentant de bonnes caractéristiques : bonne pureté (98%), bon taux de germination (90%), homogénéité des fruits…

 

Palissage
Le palissage est une technique consiste à maintenir la plante en position verticale à l’aide d’une ficelle, l’extrémité inférieure de la ficelle est attachée à un crochet en forme de ‘S’, qui est mis entre deux nœuds à condition qu’il soit bien tendu. Et l’extrémité supérieure de la ficelle est attachée au fil de fer. L’opération du piquetage consiste plutôt à enterrer la ficelle du palissage dans le sol afin de la fixer. Elle permet de faciliter et de réduire la durée de l’opération de palissage. De même la plante n’est pas blessée par l’accrochage de la ficelle autour de sa tige alors qu’elle est encore fragile.

 

Ebourgeonnage et effeuillage

L’ébourgeonnage consiste à éliminer les bourgeons axillaires pour éviter la compétition vis à vis de la nutrition et la lumière alors que l’opération de l’effeuillage permet de diminuer les risques de développement des ravageurs sur les vieilles feuilles.

     

Application d’hormones

Elle vise à assurer une meilleure fécondation  et par la suite une meilleure nouaison. En effet, l’utilisation d’hormones provoque un appel préférentiel de substances nutritives favorables à une meilleure nouaison. Elle permet également de régulariser la circulation de la sève au profit des organes floraux dans les conditions climatiques les plus difficiles.

 

Enlèvement des fleurs mâles

Cette opération consiste à éliminer les fleurs mâles qui apparaissent en retard par rapport aux fleurs femelles et par la suite deviennent inutiles. Ces fleurs rendent la récolte difficile et attirent les ravageurs tels le Thrips.

 

Fertigation

La courgette exige une fertigation bien raisonnée reposant sur une bonne connaissance des caractéristiques du sol et de l’eau, et des besoins de la culture au cours des différents stades de croissance.

 

Désherbage

Cette opération effectuée par les ouvriers à l’aide des sapes, vise à éliminer les mauvaises herbes entre les billons (compétition, hébergement d’insectes vecteurs de maladies…).

 

Récolte

La cueillette doit se faire quotidiennement. Elle se fait à l’aide de couteaux en mettant des gants pour ne pas blesser l’épiderme, très fragile des courgettes. Les précautions nécessaires sont :

– Absence de déformation ou des symptômes des maladies.

– Disposer les fruits d’une façon transversale sur les deux rangées dans la caisse.

– Respecter le calibre ayant une valeur commerciale importante (le plus demandé est le calibre moyen 17-21cm)
Elimination des fruit mal formés
Les fruits mal formés sont dus à plusieurs facteurs dont on peut citer :

• Les conditions climatiques défavorables (excès de chaleur ou de froid).
• Une mauvaise application des hormones.
• L’excès de quelques éléments comme l’azote et la potasse.
• L’attaque des thrips
Ces fruits doivent être éliminés dès leur apparition car ils sont très sensibles au Botrytis.
Protection phytosanitaire

 

Dès la pépinière

La protection raisonnée s’appuie sur l’association des résistances variétales, de la lutte chimique et biologique, en plus des mesures prophylactiques. On recommande ainsi, pour les cultures de plein champ :

  • Choisir des variétés dont les résistances intermédiaires aux virus correspondent aux risques rencontrés sur la parcelle
  • Respecter les calendriers de préconisations variétales
  • Désherber les bords des parcelles et éliminer les cultures en fin de récolte afin de limiter au maximum la conservation et la prolifération des virus
  • Eloigner les nouvelles cultures des sources potentielles de maladies et ravageurs : mettre en place des rotations, choisir des parcelles isolées
  • Observer régulièrement et attentivement les cultures
  • Eviter absolument l’infection précoce des plants en protégeant la pépinière contre les pucerons et les aleurodes par des filets « insect-proof », des pièges jaunes, et par l’utilisation en plein champ des films P17 jusqu’en début de floraison
  • Utiliser des paillages plastiques toute la saison
  • Favoriser la vigueur des plantes par des fertilisations de fond et d’entretien soutenues répondant aux besoins des plantes
  • Arracher les plantes présentant des symptômes sévères de ZYMV.

 

Utilisation de spécialités phytosanitaires

L’utilisation de variétés résistantes ne dispense pas d’une bonne protection phytosanitaire. Les innovations génétiques contribuent à pérenniser les moyens de lutte et donc les cultures. Les programmes de protection pourront donc, dans certains cas être allégés, mais toujours raisonnés. Il s’agit donc de :

– Toujours privilégier l’intervention préventive et l’alternance des matières actives.

– Observer régulièrement et attentivement les cultures afin d’intervenir au bon moment moyennant le bon produit.

–  Respecter les Bonnes Pratiques Agricoles, et lire attentivement les étiquettes des produits.

 

Utilisation d’insectes auxiliaires

Des auxiliaires naturels ou introduits peuvent apporter une aide précieuse pour lutter contre les insectes ravageurs. Des introductions par lâchers classiques ou plantes relais sont réalisables. A noter que les bords des champs abritent une richesse importante d’auxiliaires utiles pour la régulation des ravageurs. Une biodiversité bien sauvegardée est également bénéfique pour les pollinisateurs naturels (bourdons, abeilles domestique et sauvages, syrphes …).

 

Observer les maladies du feuillage et des fruits

Les agressions des pathogènes seront très différentes selon les outils, les créneaux, les mesures prophylactiques et les choix variétaux décidés. On peut cependant dégager de grands principes pour les ravageurs clés:

 

Les oïdiums

Les interventions préventives seront vivement conseillées, surtout pendant les périodes sensibles d’été et d’automne, en alternant les matières actives sans négliger le fort intérêt du soufre en association dans les programmes de lutte. Il ne faut surtout pas attendre les premières taches pour intervenir. Les cadences doivent être soutenues (inférieures à 10 jours) avant récolte afin d’aborder ces périodes plus sereinement. Le volume de bouillie doit être bien maitrisé pour assurer un excellent mouillage des feuilles sur les deux faces.

 

Les pucerons

En plein champ, les attaques des pucerons peuvent être très précoces. Il faut donc dès le départ bloquer les premiers foyers en alternant les familles chimiques. Des mouillages abondants seront parfois nécessaires si les foyers sont détectés tardivement. Il est également conseillé de maintenir une observation minutieuse tout au long du cycle de la culture pour une meilleure réactivité.

 

Les virus

Limiter les populations de vecteurs de viroses (pucerons, thrips, cicadelles …) est certes important, mais pas suffisant. Outre l’utilisation de variétés résistantes, l’emploi de barrières physiques (filets) est indispensable en période de fortes contaminations.