Irrigation : Conduite en verger

Pratique de l’irrigation des vergers

Partout à travers le monde, l’irrigation des arbres fruitiers prend une importance croissante. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène: premièrement, l’intensification des cultures qui nécessite des porte-greffe moins vigoureux que par le passé, deuxièmement, l’obligation de produire rapidement des rendements élevés, indispensables pour la rentabilité de la culture, troisièmement, l’exigence par le commerce d’une qualité des fruits irréprochable, sur le plan externe et interne, et enfin la menace de changements climatiques qui fait craindre l’apparition de sécheresses toujours plus graves.

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Les progrès technologiques ont permis aux fabricants de proposer des produits toujours plus performants à des prix intéressants, en particulier pour les appareils de mesure et de pilotage de l’irrigation. Toutefois, l’abondance de l’offre sur le marché rend le choix difficile et l’investissement dans un système bien adapté ne constitue pas à lui seul la garantie d’une bonne pratique. Quel système est le mieux adapté à nos cultures? Comment gérer l’irrigation en termes de quantité et de fréquence d’arrosage? Quelle méthode et quels appareils choisir?

 

Matériel

Sauf exception (nécessité d’effectuer des bassinages, lutte contre le gel par aspersion), l’irrigation localisée est une option qui convient à la grande majorité des vergers irrigués. Les systèmes peuvent être classés en deux catégories: les microjets et le goutte-à-goutte. Ils ont en commun la particularité de ne couvrir qu’une partie du sol (50–70 % de la surface totale dans le cas des microjets, moins de 5 % dans le cas du goutte-à-goutte). Tous deux permettent des économies d’eau non négligeables par rapport à l’aspersion, généralement de l’ordre de 20 à 50 %, pour autant que les apports soient conformes aux recommandations en vigueur. Les deux systèmes fonctionnent généralement avec des pressions relativement basses, mais la généralisation actuelle des émetteurs autocompensés (débit uniforme dans une plage de pression annoncée par le fabricant, 1,5–4,5 bars pour les microjets et 1–4 bars pour le goutte à goutte) permet une bonne souplesse d’utilisation.

 

Microjets

Ils ont en général une portée de 1 à 2 m, ce qui représente une surface de 3 à 13 m2 par émetteur. Selon la densité de plantation, il faut prévoir 1 microjet/arbre dans les cultures à densité inférieure à 1300 arbres/ha et 1 microjet/2 arbres pour les cultures plus denses. Le débit par émetteur varie le plus souvent entre 35 et 50 l/h et la pluviométrie fictive (quantité d’eau/m2 de surface cultivée/h) de 2 à 5 mm/h selon la conception du verger. Le tableau 1 donne quelques exemples adaptés aux principales espèces.

Par rapport au goutte-à-goutte, les microjets sont un système à débit élevé. Il faut donc veiller à ce que chaque secteur ne demande pas un débit supérieur à la quantité d’eau disponible sur le réseau d’adduction au moment le plus critique de la saison. Le dimensionnement des conduites principales ainsi que la répartition en secteurs d’irrigation doivent être conçus dans le meilleur compromis entre coût de réalisation et tournus correct des irrigations. Le découpage en petits secteurs permet d’abaisser les coûts, mais complique la gestion des irrigations. L’automatisation devient alors indispensable et la programmation des automates d’autant plus compliquée que l’on cherche à adapter doses et fréquences aux besoins de chaque parcelle.

L’irrigation par microjets est basée sur le renouvellement de la réserve en eau contenue dans 2/3 à 3/4 de la profondeur maximale atteinte par les racines de la culture (par exemple 50–60 cm pour un enracinement atteignant 80 cm). Cela implique la réalisation d’un profil d’enracinement. L’utilisation de sondes d’humidité est indispensable.

 

Goutte-à-goutte

Le goutte-à-goutte est basé sur la faculté de l’arbre à prélever la quantité d’eau dont il a besoin avec une petite partie de son système racinaire. Dans les vergers arrosés au goutte-à-goutte, les arbres développent, en plus de leur réseau de racines «naturel» qui exploite pratiquement toute la réserve en eau disponible dans le sol, un réseau plus restreint mais très ramifié, limité à la zone arrosée par les goutteurs. Lorsque la sécheresse augmente, ce second réseau prend progressivement le relais pour alimenter la plante.

Il existe deux types de goutteurs: ceux dits «en dérivation », insérés manuellement dans les tubes une fois le réseau de distribution installé et les gaines avec goutteurs intégrés. Ces dernières existent en différentes combinaisons d’intervalles (0,3 à 1,0 m entre goutteurs) et de débit (1,0 à 2,3 l/h). Les goutteurs en dérivation ont l’avantage de permettre une installation adaptée à la densité de plantation. Un goutteur situé au milieu de l’intervalle entre chaque arbre est suffisant pour les cultures denses. Les gaines avec goutteurs intégrés sont de plus en plus utilisées car elles permettent de limiter les frais de main d’œuvre (pose sur le sol, pas de structure de soutien comme pour les goutteurs suspendus). Les gaines peuvent également être enterrées.

Pour une gestion correcte de l’eau, il est important d’effectuer le calcul du débit de l’installation et d’en connaître la pluviométrie fictive. Les données du constructeur permettent de les calculer facilement.

Ici, le principe ne consiste pas à renouveler une réserve lorsque celle-ci est épuisée, mais à entretenir une humidité constante dans le petit volume de terre appelé «bulbe» situé sous le goutteur. Les sondes sont – également avec les microjets – indispensables à la gestion correcte de l’irrigation.

 

Automates et appareils de mesure

L’utilisation d’un programmeur est indispensable pour le goutte-à-goutte. La fréquence élevée des irrigations et les besoins différents de chaque parcelle de l’exploitation obligent à programmer des durées d’irrigation spécifiques à chaque secteur. De plus, la conception du réseau d’adduction empêche souvent d’enclencher l’arrosage de toutes les parcelles en même temps. Le départ et la durée de l’irrigation doivent donc être programmés selon les besoins de chaque secteur.

 

Irrigation déficitaire

Selon des études espagnoles et israéliennes, un rationnement de l’irrigation est possible depuis la fin de la division cellulaire jusqu’à 3–4 semaines avant la récolte. Durant cette période, des chercheurs proposent d’appliquer un stress hydrique modéré de la plante, sans conséquence pour le calibre des fruits. Un rationnement bien maîtrisé favorise généralement la qualité (sucres, fermeté).

 

Philippe MONNEY, Centre de recherche Conthey