Agrumes : Amélioration du calibre des fruits

Agrumes : Amélioration du calibre des fruits

Agrumes

Amélioration du calibre des fruits

Zaoui El Housseine et Germaine Brun, Bureau d’étude et conseil, Agro-challenge

Parmi les paramètres les plus importants qui déterminent la valeur des fruits des agrumes sur le marché : le calibre. Ce critère est fortement influencé par la conduite de la culture (fertilisation, irrigation, nombre de fruit par arbre, taille). De nombreux travaux de recherche ont démontré que le calibre final doit être préparé par l’intégration de plusieurs  interventions réparties sur tout le cycle phénologique depuis l’initiation florale jusqu’à la récolte. Ils ont aussi démontré qu’il existe des actions spécifiques favorables à l’amélioration du calibre pour chaque stade phénologique : initiation florale,  Préfloraison, Floraison-Nouaison, Grossissement du fruit, Maturation. 

Actions spécifiques à l’Initiation florale :

Le nombre de fleurs et la qualité des inflorescences sont définis à ce stade. Durant cette phase on vise un niveau convenable du nombre des fleurs et une grande proportion des inflorescences feuillues (rameaux mixte, feuille et fleur). Une bonne taille, une production moyenne l’année précédente et une récolte précoce sont favorables à une bonne initiation florale. Cependant, une faible récolte l’année précédente et le stress hydrique durant cette phase entrainent un nombre excessif de fleurs alors qu’une faible végétation l’année précédente entraine un nombre limité de fleurs. Les actions favorables à entreprendre à ce stade pour l’amélioration du calibre sont :

  • Dans le cas où les conditions sont favorables à une forte floraison, l’application des régulateurs de croissance (gibbérelline) permet de réduire le nombre de fleurs et d’augmenter la proportion des inflorescences feuillues (rameaux mixte, feuille et fleur) au dépens des rameaux génératifs (fleurs sans feuilles ou petites feuilles).
  • Dans le cas où les conditions sont favorables à une faible floraison, l’application en pulvérisation foliaire de l’urée permet l’amélioration le nombre de fleurs.
  • Bonne gestion de l’irrigation pour éviter le stress hydrique.

Actions spécifiques au stade préfloraison et floraison :

Le stade préfloraison et floraison est un stade critique pour le développement futur du fruit et de la végétation. A ce stade, le nombre de fleurs et la proportion des différentes inflorescences donnent des indications sur le potentiel de production et du calibre des fruits.

Une bonne proportion des inflorescences feuillues, un niveau optimal des nutriments, une bonne humidité du sol, un bon cumul des températures efficaces et des températures maximales inferieures à 25-30°C sont favorables au bon développement des fruits. Cependant, un nombre excessif de fleurs, une proportion élevée d’inflorescences sans feuilles, des températures faibles, un stress hydrique pendant cette période, des carences nutritionnelles et une faible température du sol vont avoir une mauvaise incidence sur la développement du fruit.

A ce stade,  les actions visant à assurer une bonne alimentation des fleurs et des fruits en formation sont :

– Une taille sélective des branches pour réduire le nombre de sites de floraison dans le cas où un nombre excessif de fleurs est prévisible.

– Apport de la plus grande partie des besoins en azote (50%), du potassium (30%) et du phosphore durant les phases de préfloraison et floraison.

– Pulvérisation foliaire de l’urée quand le sol reste encore froid à ce stade. 

–  Application foliaire du Magnésium, Zinc et Manganèse.

– Réalisation des analyses foliaires pour l’ajustement de la fertilisation.

– Pulvérisation des phosphites de potassium ou du MAP en mélange avec du potassium. En effet, plusieurs expériences ont montré que l’application en foliaire de ces éléments durant cette phase améliore significativement le calibre des fruits.

 Action spécifiques au stade croissance du fruit. Phase 1 :

Il s’agit d’une phase critique pour le rendement et le calibre du fruit, puisque 80 à 90% du potentiel du calibre est déterminé à ce stade. C’est le stade où la sensibilité aux conditions climatiques et ses conséquences sur le rendement et le calibre sont les plus importantes.

A ce stade les conditions climatiques modérées (température maximale < 30°C et température minimale acceptable) et une bonne pluviométrie sont favorables au rendement et au calibre. Cependant, un stress hydrique pendant cette période, une déficience alimentaire, de fortes températures (> 35 °C), même durant un temps court, et la compétition entre un nombre élevé de petits fruits sont défavorables au rendement et au calibre des fruits.   

A ce stade certaines actions peuvent aider à minimiser la compétition entre les fruits en favorisant la mobilisation des assimilats vers les fruits  et en réduisant, si nécessaire, leur nombre. Les interventions favorables au calibre à ce stade sont :

  • Une bonne gestion de l’irrigation. Il est primordial d’éviter le stress hydrique à ce stade surtout quand les températures sont élevées.
  • Eclaircissage chimique (application d’auxines) au stade 10 à 15 mm. Cette action est à réserver uniquement aux situations ou le nombre de fruits est excessif.
  • Apport d’une grande partie des besoins en potassium durant cette période (30 à 50% des besoins).
  • Modération des apports en azote pour ne pas stimuler la croissance végétative et créer la compétition entre les fruits et les jeunes pousses
  • Apport par pulvérisation foliaire d’un supplément de potassium sous forme de nitrate pour promouvoir les divisions cellulaires.
  • Apport par pulvérisation foliaire du calcium sous forme de nitrate.

Action spécifiques au stade croissance du fruit, phase 2 :

Le potentiel du calibre est défini durant la phase I du grossissement du fruit. Durant la phase II on vise à optimiser ce potentiel en favorisant l’allongement des cellules.

Durant cette phase des températures modérées (20 à 30°C) et une charge optimale en fruit (charge non excessive) sont favorables pour le calibre. Cependant, un stress hydrique à ce stade, des températures minimales et maximales excessives ainsi qu’une charge excessive auront une incidence négative sur le calibre du fruit.

A ce stade des actions sont à entreprendre quand la densité des fruits est élevée (8 à 10 fruits par 0,5 m² pour les oranges) et quand la proportion des petits fruits (< 40 mm pour les oranges) excède 50%.

Les actions favorables au calibre à stade sont :

  • Eclaircissage manuel des fruits. Supprimer les fruits mal formés et les petits fruits.
  • Bonne gestion de l’irrigation pour éviter le stress hydrique.
  • Apport du reste des besoins en potassium et en azote. Ces besoins sont à ajuster en fonction de la charge en fruits. Des analyses foliaires réalisées en début de cette période constituent un bon outil de prise de décision.
  • Apport d’un supplément de potassium sous forme de nitrate de potassium par pulvérisation foliaire.

 Usages des biostimulants pour l’amélioration du calibre des fruits :

Le stress  thermique et hydrique (manque d’eau, salinité, problèmes racinaires) et la mauvaise production des assimilât et leurs mobilisation vers les fleurs et les fruits en formation sont tous des facteurs qui ont une mauvaise incidence sur le calibre. Il est donc clair que l’usage des produits dits « biostimulants » pour stimuler la photosynthèse, favoriser la mobilisation des assimilats vers les fruits et lutter contre le stress peut contribuer à l’amélioration du calibre final.

Ces produits sont souvent appliqués en faible dose par voie foliaire pour avoir un effet immédiat. Leur application doit être positionnée aux stades critiques :

  • Préfloraison, floraison, initiation des fruits.
  • Croissance du fruit stade I jusqu’à fin de la chute physiologique.
  • Croissance du fruit stade II, dans le cas ou un blocage du calibre est suspecté.

Il existe une variété importante de ces produits sur le marché. Leurs efficacité est plus ou moins importante en fonction de la marque, de la composition et du stade d’application. Parmi les plus connus on trouve :

  • Les extraits d’algues : riches en acide et autres principe de croissance, ils sont importants pour activer la photosynthèse et les processus physiologique lors de la préfloraison, floraison et initiation des fruits.
  • Osmo-régulateurs : importants pour lutter contre le stress thermique et hydrique. A appliquer en stade floraison et avant la chute physiologique. Éventuellement pour l’allongement des fruits en phase 2 de croissance dans le cas de forte température. Les plus connus sont la proline et la glycine bétaine.
  • Acides aminés : importants pour activer différents processus physiologiques. Leur utilisation est à raisonner en fonction de la qualité et de la composition. Ceux qui ont un effet sur la végétation sont à éviter durant la phase 1 du grossissement.

Pour conclure, il faut noter que les interventions citées plus haut sont à raisonner en fonction de la nécessité. D’où l’intérêt d’une évaluation précoce de la charge en fruit et d’un suivi précoce de l’évolution du calibre des fruits pour pouvoir prédire le calibre final et prendre les décisions nécessaires pour son amélioration en cas de prévision de petit calibre. 

Cet article n’a apporté que des indications générales pour l’amélioration du calibre des fruits des agrumes. En effet, la problématique est plus complexe et les situations sont très variables.  Pour plus d’information ci-dessous quelques articles  susceptibles d’apporter plus de détails sur les différents aspects traités plus haut.