Agrumes : Améliorer la rentabilité du secteur

Agrumes : Améliorer la rentabilité du secteur

AGRUMES

 Améliorer la rentabilité du secteur

Article réalisé en collaboration avec l’ASCAM

 

De l’avis de beaucoup de professionnels du secteur des fruits et légumes, il est indéniable que le Plan Maroc Vert a apporté beaucoup d’avantages qui ont permis une mise à niveau et une importante hausse de la production nationale. Cependant, il ne s’est malheureusement pas suffisamment préoccupé de la question cruciale de la commercialisation et des chaines des valeurs. C’est le cas de la filière agrumicole qui a réussi à atteindre les objectifs de production tracés par le contrat programme avant terme (ce qui implique un grand volume à venir). Or, vu le rythme actuel d’absorption par nos marchés habituels à l’export (crise, concurrence acharnée), tous les producteurs se tournent vers le marché local qui n’arrive plus à jouer son rôle habituel de soupape de sécurité, vu l’importance des volumes à écouler. D’où l’urgence de trouver de nouveaux débouchés.

 

A la conquête du marché africain

L’une des principales opportunités identifiées par la profession ce sont les marchés d’Afrique subsaharienne. Notre pays dispose en effet de tous les atouts nécessaires pour prendre des places sur ces nouveaux marchés.

L’Afrique subsaharienne, avec une population de 910 millions de personnes et un taux de croissance moyen de 5,6% en 2013, constitue une région stratégique où le Maroc peut améliorer ses performances en matière d’exportation d’agrumes. A l’heure actuelle les principaux marchés destinataires sont la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Gabon et la Guinée.

Parmi les avantages du Maroc sur ces marchés, l’absence de concurrence et la disponibilité d’un réseau de banques marocaines. Cependant, l’export des agrumes vers l’Afrique doit faire face à certains handicaps, dont les principaux sont :

– L’absence de structure organisées de distributions de F&L dans ces pays alors que les groupes exportateurs marocains sont habitués à traiter avec ce genre de structure sur les marchés habituels. Il va donc falloir s’adapter au mode de commercialisation dominant sur place. Les professionnels marocains doivent faire appel à des distributeurs locaux avec un suivi permanent et améliorer l’aspect ‘’Assurance à l’exportation’’ car certains pays sont à risque,

– Malgré le renforcement des accords bilatéraux avec la plupart des pays précités, certains accords signés sont restés lettre morte ou se limitent à une courte liste de produits,

– Sur le plan logistique, le manque d’infrastructures de transports inter-état adéquates terrestre et maritime, génère des coûts supplémentaires et étire les délais de livraison des produits. Les professionnels suggèrent l’ouverture de lignes aériennes et maritimes régulières entre le Maroc et les principaux marchés subsahariens. Ils recommandent  d’étudier la possibilité d’une commercialisation groupée pour rattraper le manque d’un réseau de distribution sur ce marché,

– Blocage par le cadre financier : malgré la présence de banques marocaines, la législation de la plupart des pays n’autorise pas encore la possibilité de versement de fonds. Les opérateurs sont souvent obligés de transporter de grosses sommes en liquide. Aussi les opérateurs recommandent ils d’alléger la procédure financière et mettre en place des solutions efficaces pour la garantie des paiements des transactions commerciales. En ce qui concerne l’office de change, ils préconisent la mise en place d’une procédure spécifique à ce marché pour permettre une facilité de transfert d’argent,

– Les contraintes douanières  liées à la lourdeur des démarches, aux coûts  et à la lenteur des procédures (pas de souplesse vers l’Afrique). 

– Respecter les procédures d’exportation à la frontière avec la Mauritanie. En effet, tant qu’il y a cette brèche, les opérateurs du secteur de l’informel ne vont pas rechercher la structuration

– Sur le plan institutionnel, les acteurs restent conscients qu’il faut coordonner les stratégies aussi bien des pouvoirs publics que des opérateurs privés marocains au niveau de cette région.

 

Organiser le marché local pour booster les exportations

Les professionnels sont aujourd’hui unanimes à souligner l’importance de l’organisation du marché local (normalisation, certification, étiquetage, limitation les pertes pendant le transport et le stockage, réduction de la chaine des intermédiaires, organisation des marchés de gros…). Malheureusement, l’organisation actuelle du secteur  impacte négativement à la fois les citoyens, les agriculteurs et les conditions d’une concurrence loyale sur le marché.

Pour rappel, le marché local s’accapare 70% de la production globale nationale d’agrumes, par conséquent la majorité de la production n’est pas valorisée et se retrouve entre les mains de l’informel. Ainsi, avant d’arriver entre les mains du consommateur, les fruits sont exposés à un mauvais traitement : exposition à des températures ambiantes, emballages inadéquats, manque de traitement de conservation, commercialisation avec les feuilles, et surtout rupture de la chaîne du froid. Ceci génère des pertes de l’ordre de 40% et c’est le consommateur qui paye le prix. De plus, les fruits perdent rapidement de leur qualité et leur saveur.

Il est urgent à l’heure actuelle de faire bénéficier le marché local de l’expérience à l’export de manière à appliquer les mêmes process en matière de conditionnement des agrumes, insister sur la nécessité d’aller vers une stabilisation des prix sur le marché local à travers une organisation du circuit de distribution dominé par  les spéculateurs.

Pour cela, le Maroc dispose d’un arsenal de stations de conditionnement des plus performantes à même de garantir la traçabilité, la préservation de la qualité gustative et d’éviter les pertes de poids grâce à la chaîne de froid. Aujourd’hui, malgré les investissements réalisés par les producteur-exportateurs et conditionneurs en termes de traçabilité et certification, ils n’arrivent pas à tirer bénéfice du marché interne à cause de l’anarchie qui caractérise les circuits de commercialisation.

Dans notre pays, les stations de conditionnement souffrent d’un sérieux problème de rentabilité du fait que l’activité liée à l’export des agrumes est concentrée entre novembre et janvier. Les stations sont en sous capacité par rapport à la production actuelle et attendue du Maroc. En plus, cette concentration dans le temps agit négativement sur le retour sur investissement des stations ce qui a un impact sur les coûts de conditionnement et réduit la compétitivité des agrumes marocains sur les marchés internationaux. Ce n’est pas le cas de nos concurrents directs comme l’Espagne et la Turquie qui disposent, d’un avantage compétitif lié au coût de conditionnement à l’exportation, puisque disposant d’un marché local plus organisé. En Turquie par exemple, le marché local est tellement fort que les producteurs réussissent à obtenir un retour sur investissement rapide, puisque les stations traitent des volumes importants. Il en résulte que les coûts d’exportation et de conditionnement baissent, ce qui permet aux opérateurs turcs de commercialiser leurs agrumes à des prix imbattables. Le manque de compétitivité des agrumes marocains sur les marchés occidentaux pourrait donc être compensé à la condition de miser sur le marché intérieur.

 

Elargir le calendrier des exportations

Une autre voie est à explorer pour permettre aux stations de tourner à pleine capacité et d’élargir le calendrier des exportations. Il s’agit notamment d’arriver à exploiter les volumes expédiés de manière informelle vers les pays d’Afrique. Selon les estimations, il s’agit de 80.000 tonnes de produits non déclarés qui sont exportés chaque année vers des pays comme le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, alors que, selon les chiffres officiels, les exportations vers l’Afrique subsaharienne ne dépassent guère 3%. A noter que sur certains marchés que les exportateurs tentent d’approcher progressivement depuis des années, l’image du produit Maroc est en train de se dégrader à cause de la qualité médiocre  des écarts de triage qui y sont expédiés (théoriquement interdits à l’export).

En effet, ces fruits sont transportés dans des conditions qui ne sont pas aux normes des exportations (hygiène, salubrité) et ne subissent pas de pré-réfrigération alors que les distances parcourues par camion sont très importantes. Résultat : près de 50% des quantités transportées sont perdues. Mais les opérateurs de ce secteur continuent quand même leur petit busines. Preuve, s’il en fallait, que la marge dégagée est très importante. Si les choses étaient faites dans les normes (passage par les stations de conditionnement, pré-réfrigération, emballages spécifiques), il y aurait beaucoup moins de pertes et la marge serait beaucoup plus importante et profiterait en plus, à l’État, comme aux stations et à l’industrie de l’emballage.

 

 

 

Ce « marché noir » réduit l’offre commercialisable de 30 à 40%