Agrumes : Identification et vecteurs du Greening des agrumes

Agrumes : Identification et vecteurs du Greening des agrumes

Greening des agrumes

Aide à la reconnaissance et l’identification de la maladie et de ses vecteurs

 Dr. Rachid BOUHARROUD, Chercheur en Lutte intégrée des Culture (INRA-Agadir)

Le Maroc est l’un des producteurs mondiaux importants d’agrumes avec une production de 1, 468 millions de tonnes au cours de la campagne 2013 – 2014 et une exportation de 490 158 tonnes toutes variétés confondues au cours de la même campagne. Plus de 70% des agrumes a été exporté de la région du Souss. Le Plan Maroc Vert a prévu de produire 3,767 millions de tonnes en 2020. Pour atteindre cet objectif, nous devons améliorer les productions (amélioration variétales, irrigation, fertilisation et des pratiques culturelles) et réduire les risques liés aux agents pathogènes et ravageurs.

Le ravageur le plus important des vergers d’agrumes marocains est la mouche méditerranéenne des fruits: Ceratitis capitata. Pour contrôler ce ravageur, deux grandes méthodes ont été adoptées au Maroc (en particulier dans la vallée du Souss):

  • La lutte chimique conventionnelle (Traitement généralisé ou localisé) ;
  • Piégeage en masse (Attract and Kill) ;
  • Technique de l’insecte stérile (projet pilote).

Même si C. capitata est le ravageur le plus important dans la vallée du Souss, la reconnaissance d’autres maladies comme Huanglongbing (greening des agrumes) et ses vecteurs Diaphorina citri et Trioza erytreae est d’une utilité importante. La présence du psylle africain T. erytreae en Espagne (Iles Canaries) et en Portugal (Iles Madeira) rend la situation plus inquiétante de point de vue risque phytosanitaire pour le Maroc.

La maladie du Greening des agrumes ou Huanglongbing (HLB) est causée par la bactérie Candidatus liberibacter. C’est une bactérie Gram négatif qui a 2 souches Africaine (Heat sensitive form) et Asiatique (Heat tolerant form).

Sur le plan économique, le Greening des agrumes affecte directement la culture en causant la mortalité des arbres infectés, par réduction des rendements (quantité et qualité) et par augmentation des couts de production liés à la lutte contre les vecteurs.

= Présent, Pas de détails = Localisé
= Pathogène confirmé = Présence non confirmé
= Large distribution = Confiné et sujet à la quarantine
= Last reported = Occasionnel

 

Carte mondiale de distribution du Greening des agrumes (Source : CABI, 2015)

Symptômes de la maladie du Greening des agrumes :

Les symptômes de la maladie du Greening se manifestent sur les feuilles par un jaunissement des veines et une chlorose asymétrique. L’asymétrie est le caractère le plus sûr pour un diagnostic positif. Les taches en vert foncé au milieu des taches claires sur les feuilles d’un arbre infesté sont aussi à considérer. Les fruits sont de petites tailles avec une forme  asymétrique. Les veines carpellaires d’un fruit en coupe longitudinale sont teintées au niveau de l’extrémité pédonculaire en brun-rouge foncé ou brun-jaune en fonction des variétés. Les graines sont avortées. De point de vue gustatif, le jus a un gout amer et déprécie la qualité marchande pour l’industrie du jus.

            

Asymétrie des symptômes (gauche) et taches de vert-foncé (droite)

Déformation du fruit et teinture de l’extrémité pédonculaire

La bactérie est transmise par 2 vecteurs Diaphorina citri et Trioza erytreae. D. citri est un psylle qui a 5 stades de développement larvaire et 10 générations par an. L’œuf a une couleur jaune claire à orange et une forme d’amande mesurant entre 0.01 à 0.15 mm. La présence des nymphes de D. citri dans un verger d’agrumes ne peut pas passer inaperçue vue la sécrétion des exsudats cireux visibles à distance. L’adulte est ailé avec des tâches brunes et mesure en moyenne 2,5 mm de long et peut hiberner jusqu’à 6 mois. Il est très caractéristique par sa position à un angle de 45° sur la feuille.

Exsudats cireux des larves de D. citri

Trioza erytreae est un homoptère de la famille des Triozidae. L’adulte ailée d’une taille de 4 mm a des ailes transparentes avec des veines clairement définies. Le mâle a une taille plus petite que la femelle et un abdomen épointée à l’extrémité postérieure alors que celui de la femelle est pointu. Les œufs de T. erytreae d’une taille de 0,3 mm ont une forme cylindrique et une couleur orange et sont pondus sur la face inférieure des feuilles. Il a 5 stades larvaires d’une forme aplatie et une couleur jaune. Les larves portent des franges marginales de filaments blanc et cireux.  T. erytreae a 8 générations par an.

Dégâts d’attaque de T. erytreae

               

Larves (gauche) et adulte (droite) de T. arytreae

 

Détection et veille phytosanitaire :

La principale voie de propagation des vecteurs et l’agent causal de cette maladie est à travers le commerce international des plantes et éventuellement des fruits infestés à un degré moindre. Les vecteurs peuvent être transportés par le vent à des distance allant jusqu’à 1,5 km. Les plants d’agrumes provenant des zones de production infestées peuvent transporter les œufs et les nymphes. A noter que le dernier stade larvaire ainsi que les adultes issus de ce stade peuvent transmettre l’agent causal (souche asiatique et africaine).

D’une façon générale, la présence des 2 vecteurs ne pourra pas passer facilement inaperçue pour les raisons suivantes :

  • La forme frisée et tendue des filaments cireux sur un arbre infecté par citri est facile à voir à une distance loin de l’arbre.
  • La déformation sévère des feuilles suite à l’infestation par erytreae se voit aussi de loin.

Cependant, la détection de la maladie du Greening nécessite une observation de très près des feuilles et des fruits pour s’assurer des symptômes dans un premier temps et par des analyses biochimique et/ou moléculaires (RT-PCR) dans un 2ème temps pour confirmation.

Il faut signaler que les pièges jaunes peuvent être aussi utilisés pour la détection en plus du monitoring des 2 vecteurs pour suivre  la population et raisonner la lutte par la suite. La fluctuation des populations des vecteurs est étroitement liée à la phénologie de l’arbre puisque la ponte ne se fait que sur les jeunes pousses.

Piège jaune englué accroché à un arbre d’oranger pour le monitoring des psylles